Pas le temps de souffler pour les candidats à l'investiture républicaine américaine. Après le "Super Tuesday" mardi 6 mars, direction le Sud. Un petit tour par le Kansas samedi 10 mars, puis l'Alabama et le Mississippi mardi 13 mars. Ce qui devait être un sprint a pris des allures de marathon. En cause : l'indécision des électeurs mais aussi de nouvelles règles du jeu, qui ont étiré le calendrier.

Alors qu'en 2008 John McCain avait la nomination en poche dès la mi-février, cette année, quatre candidats restent en lice mi-mars pour prétendre affronter Barack Obama à la présidentielle de novembre. Mitt Romney, pourtant beaucoup mieux préparé que ses adversaires, n'a pu obtenir la victoire par K.O. que beaucoup lui prédisaient. Les analystes politiques pensent désormais que l'affaire ne pourra être conclue avant fin avril, voire fin mai.

Une course partie pour durer

Certains spéculent même sur un scénario inédit depuis 1976 : la possibilité d'une bataille finale lors de la convention nationale du parti républicain fin août en Floride, qui doit officiellement désigner le vainqueur, en Floride, au cas où aucun candidat ne parviendrait à réunir sur son nom les 1 144 délégués nécessaires à l'issue des primaires. A l'heure actuelle, Miit Romney, en tête, en totalise 421.

Le stratège républicain Karl Rove a beau juger cette issue peu probable dans le Wall Street Journal (article en anglais), la presse américaine s'amuse de cette perspective. Politico (article en anglais) va jusqu'à évoquer l'arrivée possible de nouveaux candidats.

Cette longue bataille était en partie prévisible. Elle découle en premier lieu d'un calendrier des primaires beaucoup plus étiré qu'en 2008. Lors de la dernière campagne, le seuil de délégués nécessaires pouvait techniquement être atteint dès début février, contre fin mars cette année, comme le montre une infographie du New York Times

De nouvelles règles qui allongent le calendrier

Le Comité national républicain a imposé une nouvelle règle destinée à ne pas donner un poids démesuré aux premiers scrutins. Désormais, les Etats qui tiennent leur primaire avant avril doivent attribuer leurs délégués à la proportionnelle, et non selon la règle du "winner-take-all" (littéralement, "le gagnant prend tout"). 

"C'était l'idée la plus bête que quiconque ait jamais eu", a réagi Chris Christie, le gouverneur du New Jersey, sur la chaîne Fox News. "Vous faites campagne contre le président sortant, qui n'a pas à passer par une primaire et donc votre idée, c'est : 'Allongeons la nôtre pour que nous puissions nous entre-déchirer plus longtemps' ?" 

Dans les faits, l'impact réel de cette nouvelle mesure est contesté, notamment par le spécialiste de la question Josh Putnam, qui y a consacré une note de blog (post en anglais)

Un manque d'enthousiasme pour le favori 

Il y aussi bien sûr, l'éternel problème de Mitt Romney, favori sur le papier mais qui peine à déchaîner les passions. L'aile droite du parti le juge trop modéré pour incarner l'opposition radicale à Barack Obama qu'elle appelle de ses vœux. Elle se jette sur toute alternative jugée plus forte, comprenez plus radicale. Rick Santorum, mais aussi dans une moindre mesure Newt Gingrich, ont tous deux bénéficié de cet effet.

Newt Gingrich et sa femme, Callista, le soir du "Super Tuesday", à Atlanta, en Géorgie (Etats-Unis), le 6 mars 2012.
Newt Gingrich et sa femme, Callista, le soir du "Super Tuesday", à Atlanta, en Géorgie (Etats-Unis), le 6 mars 2012. (ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA )

Le plus étonnant est qu'aucun des deux ne soit parvenu à se débarrasser du second. A ce stade, un facteur crucial permet généralement d'éliminer les plus faibles : l'argent. Mais là aussi, la donne a changé. En 2010, une décision de la Cour suprême a fait sauter deux verrous qui limitaient les ressources des candidats. Les contributions ne sont plus plafonnées et les entreprises peuvent désormais aussi faire des dons aux Comités d'action politiques (PAC). Les "super PAC" sont nés.

L'argent des "super PAC" comme carburant 

Ces fonds sont en pratique pilotés par des proches des candidats et les soutiennent à grand renfort d'investissement publicitaire. C'est en partie grâce à cela que Newt Gingrich, à qui les observateurs ne donnent plus beaucoup de chances, peut continuer le combat : Sheldon Adelson, richissime patron d'une chaîne de casinos, a donné avec sa femme plus de 10 millions de dollars (7,5 millions d'euros) à Winning our Future, le "super PAC" qui soutient Newt Gingrich.

Le New York Times (article en anglais) note d'ailleurs qu'à mesure que la campagne avance, les candidats, dont les réserves commencent à s'épuiser, deviennent de plus en plus dépendants de ces structures. 

Atout ou handicap pour le parti républicain ?

Est-il temps d'arrêter les frais ? "Je voudrais que cela s'arrête d'un point de vue purement pratique, celui des ressources financières", explique Leonard Curry, patron du parti républicain de Floride. "Nous dépensons de l'argent, le camp Obama non". Or, après la nomination républicaine, une autre manche va s'ouvrir : celle, cette fois, de la campagne contre Barack Obama.

Certains craignent également que cette longue joute affaiblisse le parti en exposant ses divisions et ses faiblesses. Le stratège républicain Gentry Collins, dans l'équipe de campagne de John McCain en 2008, n'est pas de cet avis. "Il y a quatre ans, Barack Obama n'a gagné sa nomination [démocrate] qu'en juin", note-t-il. "Et par beaucoup d'aspects, il a connu une campagne [des primaires] beaucoup plus dure" face à Hillary Clinton. Ce qui ne l'a pas empêché de gagner la présidentielle.

Ces primaires très disputées avaient même joué en faveur des démocrates en suscitant une couverture médiatique importante, y compris dans des Etats où leurs idées ne trouvent pas toujours beaucoup d'écho. Le Huffington Post (article en anglais) notait à l'époque que le duel des primaires démocrates avait permis au parti d'enregistrer de nouveaux adeptes. Mais comme le note le site TPM (article en anglais), pour l'instant, cet effet ne semble pas jouer pour le parti républicain.