Affaire Trayvon Martin : comment expliquer l'acquittement de George Zimmerman ?

George Zimmerman a été acquitté samedi. Il avait pourtant reconnu avoir tiré, en février 2012, sur Trayvon Martin, un jeune Afro-Américain de 17 ans mort de ses blessures. L'analyse d'un avocat aux barreaux de Paris et de New York.

George Zimmerman après l'annonce de son acquittement du meurtre du jeune Trayvon Martin, le 13 juillet 2013 à Sanford, en Floride (Etats-Unis).
George Zimmerman après l'annonce de son acquittement du meurtre du jeune Trayvon Martin, le 13 juillet 2013 à Sanford, en Floride (Etats-Unis). (GETTY IMAGES NORTH AMERICA)
Propos recueillis parFrance Télévisions

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George Zimmerman est ressorti libre du tribunal de Floride (Etats-Unis), samedi 13 juillet, acquitté par le jury. Il avait pourtant avoué aux enquêteurs avoir tiré, en février 2012, sur Trayvon Martin, un Afro-Américain de 17 ans mort de ses blessures, tout en invoquant la légitime défense. Cette décision a suscité un certain émoi en Amérique, obligeant Barack Obama à appeler au calme. Francetv info a demandé un éclairage juridique à Frederick Davis, ancien procureur fédéral à New York et avocat aux barreaux de Paris et de New York.

Francetv info : Comment un homme qui a avoué avoir tiré sur un autre peut-il ressortir libre d’un tribunal ?

Frederick Davis : Ce ne sont pas les juges qui ont pris la décision de l’acquitter mais le jury populaire convoqué pour ce procès. Le président du tribunal ne participe pas aux délibérations, contrairement à ce qu'il se passe en France. De mon point de vue, mais les juges français ne sont pas d’accord avec moi, la présence d’un magistrat permet de limiter le facteur émotionnel dans la décision finale.

Le fait est que les six jurés ont estimé que les preuves n’étaient pas suffisantes pour condamner George Zimmerman pour "homicide volontaire". Dans un second temps, ils ont eu à se prononcer sur la question de l'"homicide involontaire". Et là, le principe de légitime défense a permis de l’acquitter, même s’il a déclaré avoir tiré sur Trayvon Martin.

La notion de légitime défense était-elle au cœur de ce procès ?

Pas directement, car aucune des deux parties n’avait intérêt à invoquer ce principe. Pour l'accusation, parler de légitime défense risquait de faire acquitter George Zimmerman. Quant à la défense, mettre en avant cette loi obligeait Zimmerman à s’exprimer sur les conditions de la mort de Trayvon Martin. Pour éviter de se mettre en danger, l'accusé a au contraire gardé le silence pendant tout son procès. Ses avocats ont fait un autre choix, qui s'est révélé payant : mettre en doute les preuves du procureur contre leur client.

En maintenant le flou sur les circonstances du drame, George Zimmerman a profité de la loi "Stand your ground" ("Défendre son territoire") sur la légitime défense. Pour condamner quelqu'un pour "homicide involontaire", il faut exclure, toujours au-delà du doute raisonnable, la possibilité de cette légitime défense. Or, le jury a dû estimer que les blessures que présentait l’accusé étaient une preuve suffisante du danger qu’il croyait courir.

Si en France il faut être dans l’impossibilité de fuir pour avoir le droit de répondre à la violence par la violence, ce n’est pas le cas en Floride, où l’on a le droit, justement, de "défendre son territoire". Se sentir menacé est suffisant pour avoir recours à la force, quitte à tuer, et cela sans être poursuivi pour "homicide involontaire".

Se taire pendant son procès peut donc être une stratégie payante aux Etats-Unis ?

Les cultures juridiques de nos deux pays sont très différentes. En France, le but d’un procès est de faire entendre la vérité sur ce qu’il s’est passé. Lorsqu’un accusé garde le silence, le jury a le droit d’en tenir compte et estime souvent que ce dernier a quelque chose à cacher. Aux Etats-Unis, il n'en est rien. Ne pas s'exprimer est un droit sacré et les jurés n’ont pas à tirer de conclusions du mutisme d'un accusé.