A la rencontre des Indiens "isolés" découverts au Brésil

Nus et armés d'arcs et de flèches, des Indiens isolés, vivant à l'écart du monde extérieur, ont émergé de la forêt amazonienne pour entrer en contact avec des Indiens Ashaninkas du nord du Brésil.

Des photos révélées par la Funai montrant des Indiens isolés filmés le 30 juin 2014, au bord de la rivière Envira, dans l'Etat de l'Acre, au Brésil.
Des photos révélées par la Funai montrant des Indiens isolés filmés le 30 juin 2014, au bord de la rivière Envira, dans l'Etat de l'Acre, au Brésil. (HO / FUNAI / AFP)
avatar
France Télévisions

Mis à jour le
publié le

L'humanité n'a pas livré tous ses secrets. L'étonnante rencontre entre des Indiens appartenant au peuple Ashaninka et un autre groupe jusqu'alors inconnu en témoigne. Une vidéo partagée jeudi 31 juillet montre un contact établi sur les berges du fleuve Envira, dans l'Etat brésilien de l'Acre, frontalier avec le Pérou, entre ces membres de peuples indigènes différents : les premiers en short, les seconds, nus et armés d'arcs et de flèches. 

Francetv info dresse le portrait de ces hommes et de ces femmes qui vivent sans contact avec le monde extérieur au fond de la forêt amazonienne.

Où vivent-ils ? 

Par définition, nous savons peu de choses sur ces Indiens isolés. Ils sont néanmoins identifiés comme le peuple du Rio Xinane, un affluent de la rivière Envira, qui s'écoule dans l'état de l'Acre, au Brésil, une zone frontalière avec le Pérou. 

En pointillés rouges, les frontières de l'Etat de l'Acre, au Brésil, frontalier du Pérou. 
En pointillés rouges, les frontières de l'Etat de l'Acre, au Brésil, frontalier du Pérou.  (GOOGLEMAPS / FRANCETV INFO)

L'Amazonie brésilienne abrite le plus grand nombre de tribus isolées au monde. La Funai, la Fondation des Affaires indigènes du Brésil, estime leur nombre à 77, des groupes allant de cinq à une centaine d'individus.

Quelle langue parlent-ils ?

Ils appartiennent à un groupe linguistique appelé "pano". Selon une étude de 2010 publiée par le Journal de la société des Américanistes, "l'administration régionale de la Funai estime que de 600 à 1 000 Indiens isolés vivent dans l’État d’Acre". Cette population, notamment observée depuis les airs au cours de plusieurs expéditions, "serait constituée de groupes pano et de nomades mashco-piro. Trois groupes pano habiteraient des malocas [de grandes maisons communautaires]  situées dans des hameaux le long de la rivière Envira et de ses affluents, le Riozinho et le Xinane".

Que sait-on de leur mode de vie ? 

Ce texte rappelle en outre que les responsables de la Funai de l’État d’Acre "connaissent l’existence et reconnaissent la présence de ces Indiens isolés depuis au moins vingt ans".

Les membres de ces tribus vivent en effet dans des maisons communes. Selon The Telegraph (en anglais), "ils se nourrissent de ce qu'ils chassent et ramassent, y compris d'oiseaux de la forêt, d'animaux, de poissons, de fruits et de noix".

Le personnel de la Funai sur place a notamment trouvé "un petit sac dans lequel les Indiens isolés transportant des pipes, des vêtements [des chemises], une boîte d'allumettes venant du Pérou, un emballage de savon péruvien, un portefeuille enroulé de fils de couleur et un pot contenant un liquide, probablement un anticoagulant appliquée à la pointe des flèches", rapporte le site Terra Magazine (en portugais). Mais ils ont également retrouvé des armes loin d'être artisanales : "Il y avait aussi 32 cartouches de calibre, de la poudre noire, une amorce, un paquet de sel vide, du caoutchouc, trois ampoules, des vis et des écrous", poursuit l'article, qui décrit ensuite du matériel lié à l'utilisation d'un fusil de chasse.

Comment s'est passé le premier contact ? 

C'est le 26 juin qu'a eu lieu la première approche des Indiens isolés. Alors qu'ils traversaient la rivière Envira, ils ont été aperçus par des habitants d'un village donnant sur les berges, Simpatia, où sont installés des Ashaninkas. "Ils sifflaient et faisaient des bruits d'animaux", a rapporté Carlos Travassos, directeur du département des Indiens isolés à la Funai, cité par le site G1 de Globo. Selon cet expert, plusieurs approches ont eu lieu les jours suivant. Elles étaient alors assez rapides, sans contact direct, les Indiens retournant vite dans la forêt. 

L'arrivée dans le village de deux interprètes indigènes qui parlent la langue pano a accéléré la rencontre : ils ont pu établir une relation de confiance avec eux, permettant cet échange, capturé par une caméra, vraisemblablement de la Funai, sur place, aux côtés des Ashaninkas. 

"La vidéo est une des scènes enregistrées au moment où les Indiens isolés entrent en contact avec l'équipe de la Funai et les Ashaninkas. C'était au second jour du contact direct, le 30 juin", a expliqué Carlos Travassos. On voit notamment le moment où un Ashaninka en short remet un régime de bananes à deux Indiens. En échange, poursuit le site de Terra Magazine, une femme de la tribu a donné à l'Ashaninka un œuf de tortue. Selon les agents de la Funai cités, l'un des habitants de Simpatia, l'indigène Fernando Kampa leur aurait donné des vêtements, collectés dans le village. Des vêtements sales et susceptibles de propager des maladies, souligne l'article. 

Pourquoi avoir rompu leur isolement ? 

Leur volonté de ne pas établir de contact (des groupes ont déjà été vus en train de viser avec des arcs et des flèches les avions s'approchant) avec les autres sociétés, y compris les autres tribus, résulte très certainement de rapports antérieurs désastreux entretenus avec le monde extérieur : invasion continue de leurs territoires et destruction de leur environnement forestier en tête, selon l'ONG Survival, qui œuvre à la protection des tribus isolées. C'est en se cachant dans la forêt qu'ils ont pu échapper aux "patrons du caoutchouc, les 'seringueiros' et [aux] autres colonisateurs qui arrivèrent dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il est probable que leurs ancêtres n’avaient jamais eu de contacts avec ces envahisseurs. Plusieurs groupes disparurent à cette époque", poursuit le Journal de la société des Américanistes

Selon l'anthropologue Terri Aquino, l'approche a probablement été motivée par le besoin d'acquérir des haches, des coutelas et des casseroles. "Ce peuple est en quête de technologie. C'est important pour leur vie parce qu'il y a une 'guerre' interne entre eux et en raison du contact avec des groupes non indigènes", a-t-il dit à la chaîne G1. Des propos confirmés par José Correia Jaminawa, 70 ans, l'un des Indiens qui leur a parlé, lequel assure qu'ils sont venus en quête d'armes et d'alliés. "Ils ont raconté avoir été attaqués par des non indigènes et beaucoup sont morts après avoir attrapé la grippe et la diphtérie", a-t-il souligné, cité par G1.

Sont-ils menacés ? 

Selon Survival (en anglais), ils ont probablement fui en raison de la progression d'exploitations forestières illégales et de la présence de trafiquants de drogue. Ils ont en outre refusé de s'identifier, par crainte d'être retrouvé par "d'autres groupes indigènes isolés", explique le site Terra Magazine. 

Mais ils sont également menacés par les maladies, s'alarme Survival, rappelant que "les contacts avec le monde extérieur peuvent être désastreux, les Indiens isolés n'étant pas immunisés contre les maladies communes portées par les gens de l'extérieur." D'ailleurs, sept Indiens appartenant à ce groupe isolé a contracté la grippe, ce qui les a contraint à s'installer provisoirement à Simpatia, le temps d'être soigné. Une mesure indispensable afin d'éviter la contamination de la tribu qui compterait une cinquantaine de personnes. Le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes rappelle par ailleurs que des épidémies de grippe ont déjà anéanti des tribus entières par le passé.