Pourquoi le virus Ebola nous fait-il si peur ?

Alors qu'un nouveau foyer a été détecté en Guinée, faisant 69 victimes, francetv info a voulu savoir pourquoi ce virus provoquait une telle angoisse.

Deux membres de la Croix-Rouge en charge de la désinfection de l'hôpital de Kelle (République démocratique du Congo), le 9 mars 2003. 
Deux membres de la Croix-Rouge en charge de la désinfection de l'hôpital de Kelle (République démocratique du Congo), le 9 mars 2003.  (DESIREY MINKOH / AFP)
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Rien que son nom fait peur. La fièvre Ebola est l'un des pires virus au monde. Pourtant, depuis son apparition en 1976, il est à l'origine de la mort d'environ 1 500 personnes, bien loin des 660 000 Africains tués chaque année par le paludisme.

Alors qu'un nouveau foyer a été détecté en Guinée, faisant 69 victimes, selon un bilan au 26 mars, et que le Canada a bien cru durant quelques heures avoir diagnostiqué un cas sur son sol, francetv info a voulu savoir pourquoi ce virus faisait si peur.

Parce que son origine reste mystérieuse

Le virus tient son nom d'une rivière qui coule aux abords d'une petite localité du nord de l'actuelle République démocratique du Congo (RDC). C'est là qu'en 1976 est identifiée, pour la première fois, cette fièvre hémorragique. Elle fait alors 318 morts dans cette zone, et 284 autres au Soudan, où un autre foyer est découvert simultanément.

Pour les scientifiques, son origine reste encore un mystère. Le virus serait véhiculé par certaines espèces de chauves-souris frugivores vivant dans les forêts tropicales, comme le rapporte Jeune Afrique"Porteuses des virus, elles ne présentent pas de symptômes et semblent contaminer les grands singes et les humains par leurs fientes ou leurs morsures", explique Médecins sans frontières

Parce que les symptômes sont effrayants

Ils sont décrits en détail par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et se caractérisent, après une période d'incubation de 2 à 21 jours, le plus souvent par une brusque montée de fièvre, une faiblesse intense, des douleurs musculaires, des maux de tête et une irritation de la gorge. Mais rapidement, la condition du malade s'aggrave, avec une désagrégation des organes vitaux, provoquant des hémorragies internes et externes importantes. La mort survient peu de temps après, par choc cardiorespiratoire. Des souffrances terribles décrites dans ce reportage tourné en 1995 au Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo) et diffusé sur France 2. 

Les derniers stades de la maladie sont "tellement impressionnants qu’il est souvent arrivé que le personnel de santé s’enfuie en abandonnant les patients", rapporte le docteur Esther Sterk, spécialiste des maladies tropicales pour Médecins sans frontières.

Parce que son mode de transmission est angoissant

Etant donné le flou qui entoure son origine, et le faible nombre d'épidémies, les scientifiques n'ont pas de certitudes, explique le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), un organisme américain. Cependant, les chercheurs ont émis l'hypothèse que le premier malade contaminé l'est par une morsure ou au contact du sang d'un animal infecté.

Le virus se propage ensuite par contacts directs avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques de personnes infectées. Les rites funéraires au cours desquels les parents et amis du défunt sont en contact direct avec la dépouille peuvent également jouer un rôle dans la transmission du virus, car le corps sans vie reste tout de même contagieux. Il peut également y avoir une transmission par le sperme jusqu'à sept semaines après la guérison clinique, prévient l'OMS.

Parce qu'il est mortel dans 90% des cas

Ebola n'est pas un tueur de masse, mais il suffit de survoler la chronologie des principales flambées de cette fièvre tenue par l'OMS pour constater que les survivants sont rares. Le taux de létalité peut atteindre jusqu'à 90% dans certains cas. Mais paradoxalement, cette terrible efficacité est une chance. Puisqu'après une incubation de 2 à 21 jours, durant laquelle il n'est pas transmissible, il tue trop vite son hôte pour se propager rapidement et discrètement. Une caractéristique particulièrement importante quand on sait qu'aujourd'hui, il n'existe aucun vaccin, ni traitement.

Parce que le virus pourrait muter

La pandémie n'est pas pour demain et, malgré la fausse alerte provoquée par un Canadien convaincu d'avoir été contaminé, le virus devrait pour l'instant rester circonscrit au continent africain, seule zone où il a été jusqu'ici observé. Pour autant, le risque de le voir se répandre à une échelle mondiale est bien réel. Des contaminations isolées ont déjà été signalées dans des laboratoires de recherche travaillant sur les virus Ebola, du Sras, ou encore du Marburg dans différentes villes du monde. Des "évasions", c'est-à-dire des contaminations en série hors laboratoire, ont même été rapportées, expliquait Le Monde fin 2013. Or, dans ces lieux de recherche, la souche est manipulée, et risque potentiellement de muter pour devenir, scénario catastrophe, transmissible par voies respiratoires.

Parce qu'Hollywood ne s'est pas privé de nous faire peur

Une telle menace et un tel mystère autour de l'origine du virus n'ont pas échappé à Hollywood. L'épidémie, cette peur universelle, a ainsi inspiré récemment Steven Soderbergh pour Contagion, où toute notre société est mise en péril par un mystérieux virus. Dans les deux films 28 jours plus tard et 28 semaines plus tard, les spectateurs se retrouvent plongés dans un monde cette fois-ci complètement dévasté par une maladie qui a transformé toute la population en monstres sanguinaires.

Mais c'est dans Alerte ! que l'on retrouve tous les ingrédients de la peur provoquée par l'Ebola. Dustin Hoffman y joue un docteur américain courant après un singe pour endiguer une épidémie de "Motaba", la copie conforme du virus Ebola, version hollywoodienne.