Les curieux bombardements de l'aviation de Kadhafi

Depuis Brega, à 800 km à l'est de Tripoli, on se demande à quoi joue l’aviation de Kadhafi. Depuis quatre jours, chaque matin, très tôt, elle bombarde les alentours de la ville. Une ou deux bombes, pas plus. Qui tombent dans le sable. Une fois à proximité de l’université, une autre pas loin d’un dépôt de munitions.

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Deux bâtiments énormes. Si les bombardiers les visent, ils sont très maladroits. Ou alors, il s’agit d’avertissements pour prouver aux rebelles qu’ils peuvent venir jusqu’ici. Des tirs de semonce en quelque sorte ; peut être pour les décourager d’essayer de progresser vers Tripoli qui se trouve quand même à 800km de là.

Une autre théorie est avancée dans les rangs des révolutionnaires, par des militaires de métier qui ont rejoint la rébellion. Les pilotes feraient exprès de rater leurs cibles.

Ils sont des atouts précieux pour Kadhafi. Alors pour éviter toute défection, le régime menacerait leurs familles, les obligeant ainsi à partir en mission. Mais comme ils ne veulent pas s’en prendre à la population, ils laissent tomber leurs bombes dans le désert, créant des cratères de 10m de diamètre.

Quelque soit la bonne explication, ces bombardements sont pour l’heure, inoffensifs.

Pour ce qui est des combats au sol à Brega, il y en a eu avant-hier, ils ont duré toute la journée. Une quarantaine de véhicules pro Kadhafi face à des rebelles d’abord pris au dépourvu puis épaulé par des hommes venus des villes proches. Quelques heures d’échanges de tirs. Avec des mitraillettes et des lance roquettes. Il y aurait eu 12 morts. Depuis, les révolutionnaires ont repris le contrôle et les pro kadhafi ont été repoussés.

Braiga pourquoi est-ce important ?

A la sortie de la ville, il y a un carrefour. Deux routes perpendiculaires. Et 4 directions vers les points cardinaux. Vers le Sud, c’est le désert, c’est par là que les troupes pro Kadhafi ont surgi avant-hier. Vers l’Ouest, c’est la route de Tripoli, vers l’Est celle de Benghazi. La capitale historique détenue par Kadhafi et la 2e ville du pays, fief de la contestation. Et puis vers le Nord, un grand portail. Derrière se trouve le terminal pétrolier en bord de mer. C’est un complexe immense. A l’intérieur duquel ont trouve un aéroport. Selon les révolutionnaires, c’est ce que visaient les troupes loyalistes lors de leur attaque. D’ailleurs ils en ont pris possession pendant quelques heures. Les rebelles l’ont annexé à nouveau.

L’endroit est gardé par des hommes en armes. Ils ont obstrué la piste avec toutes sortes de choses, des bidons, une passerelle, tout ce qu’ils avaient sous la main. Pour qu’aucun avion ne puisse se poser ici. Ils sont dirigés par un ancien militaire du régime qui a décidé de rejoindre la révolution. Soldat professionnel, il sait l’importance du lieu.

“Ici c’est un point stratégique. L’ennemi pourrait l’utiliser comme base pour lancer des offensives sur la ville d’Ajdabiya à 70 km d’ici ou sur Benghazi à 250 km au Nord. Ce serait un endroit précieux pour nous attaquer ou pour défendre ses positions dans l’Ouest.

Si Kadhafi réussissait à reprendre cet aéroport, il n’empêcherait pas la révolution. Mais il causerait des pertes encore plus grandes. Il tuerait des centaines, peut être des milliers de personnes. Il pourrait envoyer ses avions dans tout l’Est du pays. Alors je me bats pour sauver ces gens, pour sauver la Libye.”

Brega se tient sur ses gardes et à 250 km de là, quelle est l'ambiance à Benghazi ?

On ne sent pas d’inquiétude ici, plutôt même l’envie d’en découdre. Lorsque les troupes pro Kadhafi sont arrivées à Brega des centaines d’hommes sont partis d’ici pour renforcer les rebelles. Cette victoire a semble t il renforcé la conviction des hommes qui mènent la rébellion. Ils se sentent encore plus forts, presque invincibles. Et ils ne croient pas à des bombardements de la ville. Toujours ce nationalisme. Ils disent que les pilotes Libyens ne pourraient jamais lâcher des bombes sur leurs frères, ils en sont persuadés.

Les rebelles disposent de matériel, ils ont pris possession de chars d’assaut, de batteries anti aériennes, de mitraillettes, de lances roquettes… Ce n’est pas une armée d’opérette. La preuve, ils ont réussi à mettre en déroute leurs adversaires à Brega. Mais leur principal atout, c’est leur motivation. Parce qu’en terme d’organisation, on est loin du compte. Et lors des combats de ces derniers jours, ils ont visiblement pêché par naïveté.

D’ailleurs, actuellement, à Benghazi, on recrute et l’on offre des formations express pour intégrer les troupes rebelles. Des hommes jeunes qui viennent écouter les conseils de militaires professionnels qui ont quitté Kadhafi. Sans doute efficace pour défendre leurs positions mais une armée qui parait légère pour partir à l’assaut. Même si ces hommes, jeunes pour la très grande majorité, se disent prêts à marcher sur Tripoli. Une telle offensive parait, pour l’heure, très compliquée à mettre en place et extrêmement risquée. Elle pourrait causer de très nombreuses victimes.

Richard Place, envoyé spécial de France Info en Libye