Le taux de participation a été "historique". Après quarante ans passés sous le régime de Mouammar Kadhafi, 60% des Libyens se sont rendus aux urnes samedi 7 juillet pour les premières élections législatives libres.

Selon les résultats provisoires, la coalition libérale de Mahmoud Jibril a devancé ses concurrents islamistes. La Libye se démarque donc de ses voisines du "printemps arabe", l'Egypte et la Tunisie, dirigées par des islamistes. Mohamed Abdel-Azim, auteur de l'article "Le printemps arabe : évolution vers la révolution" paru dans la revue EurOrient (avril 2012, éd. L'Harmattan) et journaliste à Euronews, analyse cette accession au pouvoir des libéraux. 

FTVi : Pourquoi les Libyens ont-ils donné leur vote à la coalition libérale ?

Mohamed Abdel-Azim : En arabe, il y a un proverbe qui dit : "Choisis la personne que tu connais au lieu de te tourner vers l'inconnu". Mahmoud Jibril, le dirigeant de la coalition libérale, était "la" personne connue. Il a dirigé le Conseil national de transition (CNT) lors de la révolution, et il s'est imposé comme le principal interlocuteur des forces occidentales. Cela lui a donné une légitimité vis-à-vis de l'opinion publique. Il est le symbole de la révolution.

D'un autre côté, il a aussi bénéficié de la faiblesse de ses concurrents, les islamistes. La campagne a été très courte et ces derniers, malgré leurs énormes moyens économiques, n'ont pas réussi à s'organiser correctement.

Avec une campagne plus longue, les islamistes auraient-ils pu l'emporter ?

Ça ne dépend pas que de la durée de la campagne, mais aussi et surtout de la culture du peuple libyen. En Libye, la population pratique un islam traditionnel, pas fondamentaliste. Dans cette culture tribale, les problèmes sont résolus à travers la médiation et l'arbitrage, tout en évitant la confrontation directe. Les islamistes n'ont pas encore trouvé leur place à Tripoli et Benghazi.

L'histoire du pays explique aussi leur défaite. Alors qu'en Egypte et en Tunisie, les mouvances islamistes ont commencé par endoctriner les enfants et les femmes pour accéder au pouvoir, en Libye, les islamistes se sont tout de suite attaqués aux hautes sphères. Et ce fut un échec total. Kadhafi a éliminé toute tendance islamiste du pays pendant ses quarante ans de pouvoir. 

Les Libyens sont-ils plus près de la démocratie après cette élection ?

C'est trop tôt pour y arriver, c'est un peuple qui n'a pas goûté au pluralisme politique depuis très longtemps. Et il ne faut pas griller les étapes. La révolution s'est achevée il y a juste huit mois. Ils sont encore en train de récupérer.

En tout cas, je pense qu'ils ne s'engageront pas plus vite dans la voie démocratique après ces premières élections législatives. Le pays a besoin de traiter avec urgence la hausse du chômage, prendre en charge l'éducation des femmes et favoriser l'égalité pour instaurer un système démocratique stable. Ce sont des mesures urgentes qui vont influencer la suite des évènements.