La Belgique piège deux chefs pirates somaliens grâce à un faux film

Les unités spéciales belges leur ont fait croire qu'ils allaient participer à un film sur la piraterie.

Le pirate somalien Mohamed Abdi Hassan, alias "Afweyne", le 9 janvier 2013 en Somalie.
Le pirate somalien Mohamed Abdi Hassan, alias "Afweyne", le 9 janvier 2013 en Somalie. (ABDI HUSSEIN / AFP)
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Ils se sont jetés dans la gueule du loup. Deux importants pirates somaliens ont été cueillis samedi par la police belge à l'aéroport de Bruxelles, où ils venaient d'atterrir, croyant se rendre en Belgique pour participer à la réalisation d'un film sur la piraterie, a révélé lundi 14 octobre le procureur fédéral belge, Johan Delmulle.

Pourquoi les deux pirates somaliens ont-ils été arrêtés ?

Les deux hommes étaient à bord d'un avion en provenance de Nairobi, au Kenya. Mohamed Abdi Hassan, alias Afweyne ("Grande Gueule" en somali), a été interpellé, de même que son homme de confiance et compagnon de voyage, Mohammed M. Aden, surnommé "Tiiceey", ancien gouverneur de la province somalienne de l'Himan et Heeb (centre). Ils ont tous deux été inculpés de "détournement" et "prise d'otages" du navire belge Pompéi et participation à une "organisation criminelle", avant d'être incarcérés.

Ces arrestations sont le fruit d'une longue instruction menée depuis Bruges à la suite du détournement, en 2009, du navire belge Le Pompéi, pendant plus de 70 jours au large de la Somalie. Deux pirates somaliens ayant participé à l'arraisonnement du navire, libéré contre une rançon estimée à 2 millions d'euros par la presse belge, ont déjà été condamnés à Bruxelles à des peines de neuf et dix ans de prison.

Mais le parquet fédéral entendait ne pas se limiter aux "sous-fifres". Il a décidé de se lancer à la poursuite des dirigeants, qui commanditent ou organisent ces opérations de piraterie et empochent la majeure partie des rançons, a souligné le haut magistrat belge.

Comment la justice belge les a-t-elle piégés ?

L'arrestation d'Afweyne a été difficile à réaliser. L'homme, résidant en Somalie, se montrait "très méfiant" et "voyageait peu", a détaillé le procureur. Les "unités spéciales" de la police belge ont donc "élaboré une opération d'infiltration" pour le faire sortir du pays et l'interpeller. "Le plan consistait à approcher Afweyne par l'intermédiaire de son complice Tiiceey, à qui il faisait confiance". L'ancien chef pirate "a été sollicité via Tiiceey pour collaborer en tant que conseiller et expert à un projet de film sur la piraterie maritime". "Ce film devait soi-disant refléter sa vie de pirate", a expliqué le procureur.

Après "plusieurs mois" de patientes tractations, les deux hommes ont finalement mordu à l'hameçon. "Afweyne et Tiiceey sont arrivés pour signer le contrat en Belgique. Ils y étaient attendus", s'est félicité le magistrat.

Que sait-on des deux hommes ?

"Afweyne", qui avait annoncé en janvier sa retraite, est considéré par le Groupe de contrôle de l'ONU sur la Somalie et l'Erythrée comme "l'un des dirigeants les plus notoires et les plus influents du réseau de piraterie Hobyo-Harardheere", l'une des deux principales organisations pirates somaliennes. Il était dès lors dans le viseur des enquêteurs belges. "Certains éléments de l'enquête permettent de supposer qu'il a joué un rôle central" lors de la prise du Pompéi, "entre autres en tant qu'organisateur et financier", selon le magistrat.

Mohamed Abdi Hassan est considéré comme l'un des cerveaux qui sont responsables du détournement de "dizaines de navires marchands de 2008 à 2013", a également souligné le procureur. "Tiiceey" est soupçonné d'avoir "activement soutenu" ses activités.

Deux autres des captures les plus spectaculaires de la piraterie moderne somalienne sont attribuées à Afweyne. Celle, en septembre 2008, du Faina, un cargo ukrainien chargé d'armes, notamment de chars d'assaut, systèmes de défense anti-aérienne, lance-roquettes et munitions. Et surtout, deux mois plus tard, celle du superpétrolier saoudien Sirius Star, mastodonte long de 330 mètres et transportant deux millions de barils de brut, une cargaison évaluée à 100 millions de dollars.