Cinq questions sur l'élection présidentielle au Kenya, dont les résultats sont contestés

Les Kényans ont voté massivement pour élire leur chef d'Etat, mardi 8 août. Le président sortant, Uhuru Kenyatta, est crédité de près de 55% des voix. L'opposition, menée par le candidat Raila Odinga, rejette ces premiers résultats. 

Des Kenyans commencent à compter les voix dans un bureau de vote à Nairobi (Kenya), lors de l\'élection générale du 8 août 2017. 
Des Kenyans commencent à compter les voix dans un bureau de vote à Nairobi (Kenya), lors de l'élection générale du 8 août 2017.  (CESAR DEZFULI / CITIZENSIDE / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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C'était une élection particulièrement attendue. Plus de 19 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes au Kenya, mardi 8 août, afin de désigner leur futur président. Quelque 14 millions d'entre eux se sont déplacés, selon les votes comptabilisés par la commission électorale du pays. Qui étaient les candidats ?Quels sont les résultats de ce scrutin ? Pourquoi sont-ils contestés ? Eléments de réponse.

Comment s'est déroulée l'élection ?

Les Kényans ont voté massivement, rapporte Le Monde. Les files d'attente à l'entrée des bureaux de vote étaient particulièrement longues : certains électeurs ont attendu sept à huit heures pour voter, selon le quotidien. Le scrutin s'est globalement déroulé dans le calme à travers le pays. Les médias nationaux ont néanmoins rapporté plusieurs cas d'intimidation et de fraude, et environ 300 bureaux de vote (sur 41 000) ont fermé plus tard que prévu. Malgré quelques problèmes d'identification des électeurs, le système de vote électronique a fonctionné sans encombre. L'opposition, pourtant très critique à l'égard de la commission électorale, s'est dite "largement impressionnée" par cette organisation, avant d'en contester les résultats.

Qui sont les principaux candidats ?

Ce scrutin opposait Uhuru Kenyatta, élu président en 2013, et son adversaire historique Raila Odinga, candidat pour la quatrième (et dernière) fois. 

Uhuru Kenyatta, 55 ans, briguait un second mandat de cinq ans. Multi-millionnaire et candidat de l'élite kényane, selon Jeune Afrique, il est le fils de Jomo Kenyatta, le premier dirigeant du Kenya après son indépendance en 1963. Ce dernier a mené le pays pendant 14 ans. Uhuru Kenyatta, héritier de l'une des familles les plus riches du continent africain, était le représentant de la communauté ethnique kikuyu lors de cette élection. Pendant la campagne, il a mis en avant les plus de 5% de croissance annuelle obtenus lors de son mandat, et le développement d'infrastructures à travers le pays. Mais le Kenya a connu d'importantes attaques terroristes au cours des dernières années, ainsi qu'une augmentation de la dette publique.

Raila Odinga, 72 ans, est une figure historique de la politique kényane. Le candidat socialiste, d'origine luo, a déjà contesté les résultats des élections présidentielles de 2007 et 2013, rapporte Le Monde. Ce leader politique est le fils d'Oginga Odinga, vice-président du Kenya de 1964 à 1966, alors que Jomo Kenyatta dirigeait le pays. Oginga Odinga fut longtemps un représentant du peuple Luo. Après plus de huit ans en prison pour avoir soutenu un coup d'Etat en 1982, Raila Odinga est élu député de Nairobi en 1992. Il est candidat à l'élection présidentielle pour la première fois en 1997, avant de retenter sa chance en 2007 et 2013.

Pourquoi cette élection est-elle importante ?

Lors de la dernière élection présidentielle, Raila Odinga était Premier ministre et Uhuru Kenyatta vice-Premier ministre. Ce scrutin a donc opposé les mêmes adversaires, près de cinq ans après leur premier affrontement électoral. L'élection est aussi symbolique, car elle oppose l'héritier du premier président du Kenya souverain, et le fils du premier vice-président du pays après l'indépendance.  

Cette élection présidentielle intervient surtout dix ans après une vague de violences électorales d'une ampleur inédite. En 2007, des affrontements ethniques à la suite du scrutin présidentiel avaient fait 1 200 morts et plus de 600 000 déplacés. Plusieurs observateurs, kényans comme internationaux, craignaient un regain de violences après l'annonce des résultats. Plus de 150 000 agents de sécurité ont été déployés à travers le pays en prévention.

Qui est donné gagnant ?

Selon les votes comptabilisés par la commission électorale du Kenya, après le dépouillement de 93,5% des bureaux de vote, le chef de l'Etat sortant, Uhuru Kenyatta, a obtenu 54,4% des voix lors de ce scrutin présidentiel. Son adversaire principal, Raila Odinga, est crédité de 44,7% des voix, soit près de 1,3 million de voix en moins. Six autres candidats ont quant à eux obtenu moins de 1% des votes, selon ces premiers résultats.

Pourquoi l'opposition proteste-t-elle ?

Raila Odinga, leader de l'opposition kényane, a déjà contesté ces résultats. "Ils sont fictifs, ils sont faux", a déclaré le candidat donné perdant lors d'une conférence de presse, selon Le Monde. "Le système a échoué. Nous rejetons les résultats publiés jusqu'à présent", a-t-il poursuivi. Comme l'explique le quotidien, le candidat de l'opposition a affirmé que ces chiffres étaient largement différents de ceux collectés par son parti. "Nous avons des projections de nos agents qui montrent que nous sommes loin devant", a-t-il assuré.

La coalition qu'il mène a également reproché à la commission électorale de ne pas lui avoir transmis les procès-verbaux qui confirmaient les résultats, qui doivent être envoyés par voie électronique et diffusés sur le site de la commission. Plusieurs membres de la coalition n'auraient pas pu scanner ces procès-verbaux dans certains bureaux de vote, selon l'opposition.