Attaque à Ouagadougou : le Burkina Faso "est touché parce qu'il est en première ligne pour lutter contre le terrorisme"

Après l'attaque terroriste à Ouagadougou, le directeur de recherche à l’IRIS en charge de l'Afrique, Philippe Hugon, estime qu'il faut s'en prendre "au terreau du terrorisme et pas seulement à la sécurité et au renseignement".

Les forces de l\'ordre patrouillent dans les rues de Ouagadougou (Burkina Faso), le 13 août 2017 après l\'attaque d\'un restaurant. 
Les forces de l'ordre patrouillent dans les rues de Ouagadougou (Burkina Faso), le 13 août 2017 après l'attaque d'un restaurant.  (AHMED OUOBA / AFP)
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franceinfoRadio France

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L'attaque terroriste qui a visé lundi 14 août un restaurant, l'Istanbul, du centre de Ouagadougou, au Burkina Faso, a fait au moins 18 morts. Le Burkina Faso, qui fait partie du G5 Sahel et qui est un des sites de l'opération française Barkhane, se retrouve en "première ligne" contre le terrorisme, explique Philippe Hugon directeur de recherche à l'Institut de relations Internationales et stratégiques (IRIS), en charge de l’Afrique.

franceinfo : Cette attaque intervient un peu plus d'un an après celle du café Capuccino, qui avait été revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique. Est-ce que là aussi on peut y voir la signature d'Aqmi ?

Philippe Hugon : Il faut d'abord savoir qu'il y a une lutte très forte actuellement entre Al-Qaïda et l'Etat islamique dans les pays sahéliens et dans les pays touchés par le terrorisme et le jihadisme. D'autre part, il y a différentes mouvances selon les zones, les pays. Il est donc possible que l'attaque soit revendiquée par une mouvance qui fait alliance à Al-Qaïda. On est très proche, dans le mode opératoire, de ce qui s'est passé il y a un peu plus d'un an contre le Capuccino et l'hôtel Splendid qui se trouvent à côté du restaurant Istanbul.

Le Burkina, qui est un membre du G5 Sahel, consacré à la lutte anti-terroriste, est aussi un point d'appui important de l'opération française Barkhane au Mali ?

Absolument. C'est un pays qui a longtemps été très stable, avec un service de renseignement qui fonctionnait bien même si c'est un pays très pauvre. Et aujourd'hui c'est un pays touché par les actions qui viennent essentiellement du Nord comme l'a d'ailleurs été la Côte d'Ivoire, qui est un pays voisin.

Le Burkina est touché par ce qui se passe au Mali et au Niger.

Philippe Hugon directeur de recherche à l’IRIS

à franceinfo

Il fait effectivement partie du G5 qui permet de lutter contre les différentes actions jihadistes. Il reçoit effectivement l'opération Barkhane qui est l'opération française qui fait suite à l'opération Serval et qui s'étend à la zone dont fait partie de Burkina Faso.

C'est pour ça qu'il est une cible prioritaire ?

Il y a deux raisons. Le fait d'abord qu'Al-Qaïda étende son pouvoir et puis, parmi les facteurs internes propres au Burkina Faso, le fait que les services de renseignements aient été démantelés, qu'il y ait d'anciens membres proches de (Blaise) Compaoré ou de (Gilbert) Diendéré qui soient actuellement en liberté. Aujourd'hui, le Burkina Faso est effectivement touché parce qu'il est en première ligne pour lutter contre le terrorisme.

De quelle manière le Burkina peut-il enquêter sur ces attaques ? En a-t-il les moyens ?

Non, le pays n'en a pas les moyens, il faut être réaliste. On sait très bien qu'on peut endiguer des actions, on peut prévenir mais on ne peut pas gagner les batailles contre le terrorisme dans un pays qui est extrêmement pauvre, qui est enclavé, qui est entouré de pays qui sont eux-mêmes touchés par la violence armée. C'est une action de très longue haleine. Il faut s'en prendre effectivement au terreau du terrorisme et pas seulement à la sécurité et au renseignement qui sont indispensables mais pas suffisants.

Philippe Hugon : "Je dirai qu'à priori, c'est plutôt Al-Qaïda au Maghreb islamique qui se trouve derrière ces attentats."
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