Attaque jihadiste en Côte d'Ivoire : "C'est trop cruel pour qu'on puisse vivre un lundi normal"

Au lendemain de l'attaque meurtrière perpétrée dans la station balnéaire de Grand-Bassam, une professeure au lycée français d'Abidjan témoigne auprès de francetv info.

Les unes de la presse ivoirienne, dans les rues d'Abidjan (Côte d'Ivoire), le 14 mars 2016, au lendemain de l'attaque de Grand-Bassam. 
Les unes de la presse ivoirienne, dans les rues d'Abidjan (Côte d'Ivoire), le 14 mars 2016, au lendemain de l'attaque de Grand-Bassam.  (SIA-KAMBOU / AFP)
Propos recueillis parFrance Télévisions

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Aller au travail, malgré la stupeur et l'effroi. C'est qu'a choisi Yvonne Trah Bi , professeure au lycée français Blaise-Pascal d'Abidjan, au lendemain de l'attaque jihadiste sur une plage de Grand-Bassam, dimanche 13 mars, qui a fait au moins 18 morts. C'est le premier attentat de ce type en Côte d'Ivoire.

Située à une vingtaine de kilomètres de la capitale ivoirienne, Grand-Bassam est une station balnéaire très populaire. La ville abrite plusieurs hôtels fréquentés par une clientèle d'expatriés le long d'une plage où afflue la population abidjanaise en fin de semaine. Interrogée par francetv info, Yvonne Trah Bi explique ce que cette attaque change dans la vie des Français, présents en nombre en Côte d'Ivoire.

Francetv info : Comment avez-vous appris l'attaque jihadiste de Grand-Bassam ?

Yvonne Trah Bi : J'étais chez moi pendant l'attaque, je suivais la situation grâce à Facebook et toutes les sources d'information possibles. On se téléphonait entre amis également. On s'attendait  à des attaques terroristes, mais on est quand même pris au dépourvu par cette situation. On en parlait, chacun se disait qu'à Abidjan, il y avait des risques. On savait que les terrasses d'hôtels pouvaient être ciblées, les centres commerciaux également. Mais on continuait à faire ses courses et à vivre. 

Mais à Grand-Bassam, on ne s'y attendait pas forcément, donc ça a été l'étonnement le plus complet et l'incrédulité... Petit à petit, on découvre toute l'horreur de la situation.

Avez-vous hésité à aller travailler au lycée aujourd'hui ?

Non, venir travailler est une bonne thérapie. Pratiquement tous les élèves sont présents. Pour eux et pour nous, c'était important de se réunir. Tout le monde est un peu sous le choc. C'est trop cruel pour qu'on puisse vivre une journée normale. Avec les élèves, on échange un petit peu en début de chaque cours. On essaye de travailler également, à un rythme un petit peu plus lent, pour évacuer le stress et ne pas ressasser. 

J'insiste auprès de mes élèves sur la qualité de l'information, il ne faut pas se laisser entraîner par des rumeurs ou les informations incomplètes dont on est abreuvés.

En tant que Française, avez-vous le sentiment que vous êtes davantage ciblée par ce type d'attaques ?

Personnellement, non. Tout le monde était ciblé. Grand-Bassam, c'est vraiment toutes les nationalités qui s'y retrouvent le dimanche, c'est un endroit touristique et populaire. Il y a beaucoup d'Ivoiriens. D'ailleurs, je suis sûre que lorsqu'on aura le décompte définitif des victimes, on verra qu'ils ont été les plus touchés par les terroristes. C'est vraiment la volonté d'abattre le maximum de personnes, sans distinction de nationalité. 

Donc on va continuer à travailler en menant plus ou moins la même vie, tout en faisant davantage attention. Beaucoup vont hésiter à retourner à Grand-Bassam le week-end prochain et pendant quelque temps... La vie reprendra ses droits avec le temps.