"Tout cela est futile, pour parler avec modération. Nous menons une politique de non-interférence en Afghanistan et attendons des autres pays qu'ils adhèrent strictement à ce principe." Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères pakistanais a rejeté mercredi 1er février les conclusions d'un rapport secret de l'Otan. Ce document accuserait les services secrets pakistanais d'aider les rebelles talibans afghans. Dévoilé par la presse britannique, le rapport affirmerait que les talibans seraient prêts, avec l'aide d'Islamabad, à reprendre le contrôle de l'Afghanistan qu'ils ont gouverné de 1996 à 2001.

• Pourquoi l'Otan envisage-t-il une reprise du pouvoir par les talibans ?

"De nombreux Afghans se préparent déjà à un retour des talibans", écrit mercredi le quotidien londonien The Times (article payant, en anglais) sur la foi de ce rapport secret qui aurait été remis le mois dernier à des hauts gradés de l'Otan. "Les talibans considèrent que leur victoire sera inévitable" après le départ des forces de l'organisation en 2014 (fin 2013 concernant les forces françaises).

Rédigé à partir de 27 000 interrogatoires de plus de 4 000 talibans et combattants d'Al-Qaïda en détention, le document de l'Otan remettrait en cause les déclarations des dirigeants occidentaux dépeignant des rebelles durement touchés par l'action de la coalition. "Même si les talibans ont sévèrement souffert en 2011, leurs force, motivation, financement et compétences tactiques demeurent intacts", affirmerait le rapport.

• En quoi le Pakistan serait-il impliqué ?

Le rapport assurerait que les services secrets de l'armée pakistanaise apportent une assistance aux rebelles dans la conduite d'attaques contre les forces étrangères présentes sur le sol afghan. Selon The Times, le Pakistan jouerait un "double jeu" en Afghanistan, même si les témoignages recueillis ne permettraient pas de démontrer une fourniture d'armes ou de fonds par Islamabad. L'aide transiterait par des groupes implantés dans les régions du Waziristan du Nord et du Balouchistan, frontalières avec l'Afghanistan.

The Times avance que "de hauts responsables talibans rencontrent régulièrement des agents de l'ISI [les services secrets de l'armée pakistanaise], qui les conseillent sur la stratégie et relaient les inquiétudes du gouvernement du Pakistan". Ainsi, l'ISI "reste 'fondamentalement opposée' au gouvernement d'Hamid Karzai [le président afghan] en raison de son apparent soutien à l'ennemi numéro 1 d'Islamabad, l'Inde". Selon certains détenus interrogés, les insurgés peuvent se réfugier au Pakistan en échange de leur implication dans des attaques contre la coalition et les autorités afghanes.

Tentant de nuancer l'impact de ces informations, un porte-parole de l'Otan a réagi mercredi en affirmant que le document n'est qu'une "compilation de commentaires" de détenus, à partir de laquelle il ne faut "pas tirer de conclusion"