Tempête Harvey : quatre questions sur les explosions à l'usine chimique Arkema, au Texas

Deux explosions et des émanations de fumée noire ont été signalées sur le site de l'usine chimique d'Arkema à Crosby, au Texas (Etats-Unis). Les inondations dues à la tempête Harvey empêchaient la réfrigération des produits inflammables.

Le siège de la société Arkema, à Colombes (Hauts-de-Seine), le 15 décembre 2008.
Le siège de la société Arkema, à Colombes (Hauts-de-Seine), le 15 décembre 2008. (BERTRAND GUAY / AFP)
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Licia MeysenqFrance Télévisions

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"Nous nous préparons à Crosby à ce que nous estimons être un scénario du pire." Le PDG de l'usine chimique du groupe français Arkema, située à Crosby, à quelques kilomètres de Houston (Texas), l'avait anticipé. Deux explosions et de la fumée noire ont été signalées, jeudi 31 août, sur le site de l'usine qui fabrique des peroxydes organiques. Il s'agit des conséquences du passage de la tempête Harvey. Franceinfo répond à quatre questions sur la situation.

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Pourquoi y a-t-il eu des explosions ?

L'usine Arkema fabrique des peroxydes organiques, des substances chimiques inflammables qui entrent dans la fabrication du plastique ou de produits pharmaceutiques. Le site de 20 minutes explique qu'ils doivent être conservés dans des endroits réfrigérés : "A température ambiante, une réaction en chaîne de décomposition accélérée entraîne une libération intense d’énergie sous forme de chaleur." Or, les inondations ayant entraîné des pannes d'électricité, ces produits ne sont plus réfrigérés : c'est ce qui a entraîné les explosions.

Dans un communiqué publié mercredi, Kenneth Rowe, le PDG de l'usine Arkema, expliquait avoir pourtant mis en place une procédure d'urgence. Mais la puissance des inondations et des pluies ont mis hors service les infrastructures de secours. "Actuellement, nous avons 1,80 m d'eau dans l'usine. Nous avons perdu l'alimentation électrique d'urgence et deux sources d'alimentation de secours, détaillait-il dans un communiqué. En conséquence, nous avons perdu les capacités indispensables de réfrigération des matériaux sur le site qui pourraient donc maintenant exploser et causer un incendie intense."

Pourquoi ces explosions étaient-elles inévitables ?  

Les produits ont été déplacés dans des conteneurs réfrigérés par des moteurs diesel – sauf que, de l'aveu d'Arkema, "la réfrigération de quelques-uns de ces containers est également interrompue, du fait de la montée des eaux qui a coupé les moteurs".

"La hauteur des eaux et le manque d'électricité ne nous donnent aucun moyen d'empêcher" l'explosion, a alerté Kenneth Rowe. Le même jour, la porte-parole de la société, Janet Smith, avait prévenu l'Associated Press : "Un feu se produira." Jeudi 31 août, vers 2 heures du matin (heure locale), le Centre d'opérations d'urgence du comté de Harris a signalé deux explosions et des fumées noires. Arkema a indiqué que le risque d'explosions supplémentaires demeurait.  

Quelles mesures ont été prises ?

Dans un communiqué précédent, Arkema signalait que les autorités avaient demandé l'évacuation du site, le 28 août, "pour la protection des employés". Elles avaient également procédé à l'évacuation des résidents du comté de Harris dans un rayon de 2,4 km autour de l'usine chimique. "Il s'agit uniquement d'une mesure de précaution", avait souligné le chef des pompiers de ce comté, qui comprend aussi la ville de Houston.

Le New York Times (en anglais) a rapporté que dans sa plus récente version d'évaluation des risques, Arkema estimait que dans le pire des cas, plus de 1,1 million de résidents pourraient être touchés dans un rayon de 37 km. Le groupe chimique français avait cependant précisé que "plusieurs mesures de prévention et de réduction" des risques avaient été prises, notamment pour réduire la quantité de substances libérées, rendant ce scénario catastrophe "très peu probable".

L'entreprise a indiqué jeudi qu'il valait mieux laisser le feu s'éteindre de lui même. 

Y a-t-il des victimes ?

Les autorités du comté de Harris ont indiqué que dix membres des forces de l'ordre avaient inhalé des émanations chimiques. L'un d'eux a été conduit à l'hôpital, et les neuf autres s'y sont rendus par précaution, a expliqué la police locale sur Twitter. Le groupe Arkema avait averti que, sans être fatales, les fumées provoquées par un éventuel incendie pourraient être irritantes pour les yeux, la peau et les poumons.