Séisme à Taïwan : "On n'arrivait même pas à courir droit pour sortir de la maison"

Cédric Jaeg vit à Taïwan depuis vingt ans. Il raconte à francetv info ce qu'il a vécu lors du tremblement de terre qui a endeuillé la ville de Tainan, samedi.

Les secours arrosent le sol pour contenir la poussière, le 9 février 2016, devant un immeuble qui s'est effondré, à Tainan, après un séisme de magnitude 6,4 sur l'échelle ouverte de Richter.
Les secours arrosent le sol pour contenir la poussière, le 9 février 2016, devant un immeuble qui s'est effondré, à Tainan, après un séisme de magnitude 6,4 sur l'échelle ouverte de Richter. (ANTHONY WALLACE / AFP)

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Plus de 72 heures après le séisme, les secouristes poursuivent les recherches. A Tainan (Taïwan), ville la plus touchée, samedi, par le tremblement de terre de magnitude 6,4 sur l'échelle ouverte de Richter, les chances de retrouver des survivants s'amenuisent. Par ailleurs, l'enquête sur l'effondrement de la résidence Weiguan Jinlong, où l'on dénombre le plus de victimes et qui est soupçonnée de malfaçons, est ouverte : un promoteur immobilier et deux employés ont été interpellés.

Cédric Jaeg, Français expatrié à Taiwan depuis vingt ans, vit dans le district de Sinhua, dans la banlieue de Tainan, "à dix minutes de l'immeuble que l'on voit partout en photo". Il raconte à francetv info comment il a vécu le tremblement de terre qui a endeuillé l'île et les célébrations du Nouvel An chinois.

Francetv info : Pouvez-vous nous raconter ce que vous avez vécu quand le séisme a touché Tainan, ce week-end ?

Cédric Jaeg : La terre a tremblé autour de 4 heures, samedi. Evidemment, nous dormions, mon épouse, ma fille et moi. Le séisme nous a réveillés et nous sommes tout de suite sortis de la maison, mais on n'arrivait même pas à courir droit. Cela a duré dix secondes. C'est très long, dix secondes. Nous vivons à une vingtaine de kilomètres de l'épicentre et Tainan a été la ville la plus durement touchée.

Chaque année, il y a des dizaines, voire des centaines de séismes à Taïwan, mais la plupart, on ne les ressent même pas car ils sont classés en dessous de 3 sur l'échelle ouverte de Richter. Celui-ci était vraiment puissant et très localisé. A Tainan, cela a fait comme une vague, mais à Taipei (la capitale, dans le nord de l'île), la plupart des gens n'ont rien senti.

Vous êtes-vous rendu dans le quartier de Yongkang, où une grande résidence s'est écroulée ?

Oui, comme beaucoup de voisins. Et il y a eu un vrai élan de solidarité. Comme le séisme s'est produit durant la nuit, ceux qui ont pu sortir d'eux-mêmes des immeubles étaient en short ou en pyjama. Il faisait 10°C, alors il a fallu leur prêter des couvertures. Ensuite, tout le week-end, avec une association locale, nous avons soutenu les secouristes en leur apportant de l'eau et de quoi manger. Et des collectes sont organisées pour fournir des vêtements aux sinistrés.

En plus des immeubles qui se sont effondrés, faisant plus de 40 morts, quels autres dégâts avez-vous pu constater ?

Il y a eu des coupures d'électricité, mais le problème principal, c'est l'eau. Les canalisations ont sauté et des milliers de logements sont toujours privés d'eau courante. La ville a dû mettre à disposition des camions-citernes.

Et puis, les transports ont été très perturbés. Il faut savoir que samedi était le premier jour des vacances. Beaucoup de Taïwanais devaient rejoindre leurs familles pour les fêtes du Nouvel An lunaire, mais tous les trains entre Taichung et Zuoying, qui desservent Tainan, ont été annulés, jusqu'à dimanche soir, alors les gens sont restés chez eux. 

Les célébrations du Nouvel An chinois ont-elles été maintenues ?

Beaucoup de fêtes prévues en extérieur ont été annulées. Les temples étaient ouverts et tout le monde a pu aller se recueillir. Mais ce n'était pas la fête. D'habitude, il ne se passe pas un Nouvel An sans que l'on entende des pétards toute la nuit, mais cette fois, ils ont été interdits et les gens ont vraiment respecté ça.