CARTES. Sécheresse : 81 départements touchés, dont 26 en "crise hydrique"

Parmi eux, 68 étaient concernés par des arrêtés préfectoraux limitant l'utilisation de l'eau.

Des chevaux sur une terre desséchée près de Bastelicaccia (Corse-du-Sud), le 27 juin 2017.
Des chevaux sur une terre desséchée près de Bastelicaccia (Corse-du-Sud), le 27 juin 2017. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)
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Vincent MatalonFrance Télévisions

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Se dirige-t-on vers une sécheresse comparable à celle de 1976 ? Cette année-là, la situation était si critique que l'armée avait dû intervenir pour venir en aide aux exploitants et qu'un impôt spécial avait été levé pour sauver les revenus des agriculteurs. Quarante-et-un ans plus tard, les signaux d'alerte sont en tout cas sérieux. 

Vendredi 21 juillet, pas moins de 81 départements étaient touchés au moins partiellement par la sécheresse. Parmi eux, 68 étaient concernés par des arrêtés préfectoraux limitant l'utilisation de l'eau et 26 se trouvaient même en situation de "crise hydrique", selon le site Propluvia, géré par le ministère de l'Environnement et celui de l'Agriculture.

Sur les cartes relayées par ce site, différents niveaux de restriction sont affichés : le gris correspond à une simple vigilance au cours de laquelle les particuliers et professionnels sont incités à faire des économies d'eau ; le jaune à une "alerte" : les prélèvements à des fins agricoles sont alors réduits de moins de 50% et des mesures d'interdiction sont prises pour concernant l'arrosage des jardins à certaines heures ou le lavage des voitures ; la couleur orange désigne une "alerte renforcée" et plus de la moitié des prélèvements agricoles sont arrêtés et l'arrosage des espaces verts est interdit ; le rouge, enfin, correspond au niveau "crise" : seuls les prélèvements prioritaires (santé, sécurité civile, eau potable, salubrité) sont autorisés.

Notre carte montre l'évolution de la situation depuis le début du printemps.

Le niveau des nappes phréatiques est très bas

Interrogé par franceinfo, Philippe Vigouroux, hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), confirme la gravité de la situation. "Le bilan que nous avons émis au 1er juillet est clair : les trois quarts (74%) des nappes phréatiques du pays affichent un niveau 'bas', ou 'très bas', détaille le spécialiste. Cela se traduit par le nombre d'arrêtés préfectoraux qui ont été pris, mais surtout par leur degré d'intensité."

En général, on émet à cette période une simple vigilance pour sensibiliser la population à une consommation d'eau responsable. La carte montre bien que les mesures qui sont prises vont au-delà de la simple pédagogie.

Philippe Vigouroux

à franceinfo

L'hydrogéologue relève également que 87% des 250 nappes analysées depuis quinze ans par ses services ont un niveau d'eau en baisse. "Ce n'est pas tout à fait anormal, tempère-t-il, car la période estivale correspond à celle des basses eaux." Mais l'ampleur du phénomène est d'autant plus importante que la phase traditionnelle de remplissage des nappes phréatiques, qui s'étend de septembre à mars, a été marquée par un niveau de pluie très faible.

La recharge hivernale a été très faible, et on en subit les répercussions aujourd'hui.

Philippe Vigouroux

à franceinfo

Notre deuxième carte, qui montre l'évolution des arrêtés préfectoraux pris au cœur de l'été depuis 2012, permet de réaliser que la sécheresse est particulièrement sévère cette année.

De quoi craindre une sécheresse record en 2017 ? "Ce n'est pas certain", estime Philippe Vigouroux. "La situation était sans doute plus difficile en 2003, et l'été 2011 était également très sec. Parfois, ces épisodes de grande sécheresse sont compensés par des périodes de fortes précipitations qui permettent de combler le retard des précédentes phases de recharge."

Pour éviter de subir les aléas du climat, les agences de l'eau situées sur l'ensemble du territoire tentent d'identifier des secteurs où mettre en place des recharges d'eau artificielles. "Il faut pour cela créer des zones d'infiltration qui permettent d'éviter les ruissellements trop forts lors des pluies de courte durée. Mais ce n'est pas simple : cela nécessite à la fois une géologie de surface adaptée, mais également la présence de réservoirs souterrains capables de recevoir une grande quantité d'eau", ajoute le chercheur.