Inondations : est-ce la Seine ou l'Yonne qui déborde à Paris ?

Indice : c'est l'Yonne (mais c'est quand même la Seine).

La Seine en crue, sous le Pont Neuf, à Paris, le 3 juin 2016.
La Seine en crue, sous le Pont Neuf, à Paris, le 3 juin 2016. (DAVID BERTHO / CITIZENSIDE / AFP)
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"Sous le pont Mirabeau coule la Seine, Vienne la nuit sonne l'heure. Les jours s'en vont, je demeure." Le poète Guillaume Apollinaire aurait pu ne jamais écrire ces lignes, car sous le pont Mirabeau coule en fait l'Yonne. Et c'est donc l'Yonne qui inonde l'Ile-de-France. Explications.

Est-ce que l'Yonne se jette dans la Seine ou bien est-ce la Seine qui se jette dans l'Yonne ?

En règle générale, quand deux cours d'eau se rencontrent à un point de confluence, celui qui a le débit le plus faible est considéré comme un affluent de l'autre. Qu'en est-il à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), où se rejoignent l'Yonne et la Seine ? Sur cette image capturée par Google Earth, la Seine (qui arrive de l'Est) apparaît nettement moins large que l'Yonne (qui arrive par le Sud), dont la couleur plus foncée peut laisser croire à un débit plus puissant.

A Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), point de confluence entre l'Yonne et la Seine.
A Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), point de confluence entre l'Yonne et la Seine. (GOOGLE MAPS)

Les données hydrométriques confirment cette impression. Un peu en amont du point de confluence, l'Yonne présente un débit moyen d'environ 92 m3 par seconde, avec un bassin versant de 10 700 km2. Plus modeste, la Seine atteint 79 m3 par seconde pour un bassin versant de 10 100 km2.

C'est donc bien la Seine qui se jette dans l'Yonne. Et selon les règles de toponymie, le fleuve qui traverse Paris devrait donc s'appeler l'Yonne. Mais attention, cela se corse. Le cours d'eau qui se jette dans l'Yonne devrait même s'appeler l'Aube (et pas la Seine). Car là aussi, le débit et le bassin versant de l'Aube sont plus importants que ceux de la Seine à leur point de confluence (à Marcilly-sur-Seine, dans la Marne).

Mais alors, pourquoi la Seine s'appelle-t-elle la Seine ?

"Contrairement à ce que l’on a inculqué à des générations de potaches, c’est l’Yonne, et elle seule, qui traverse Paris et baigne Rouen avant de se précipiter dans la Manche", écrit l'Yonne républicaine, qui dénonce une "imposture". Mais les règles de toponymie ne pèsent pas lourd face aux légendes et à l'histoire, et les protestations des Iconnais n'y changent rien.

Comment expliquer cette injustice ? Il faut remonter au premier siècle avant notre ère. Selon les versions de l'histoire, c'est la faute des Romains ou des Gaulois, ou des deux. La rivière Sequana, la Seine, a tantôt été élevée au rang de divinité par les Romains, tantôt considérée comme sacrée et donc décrétée supérieure aux autres par des druides gaulois.

Ce qui n'empêche pas certains plaisantins de réécrire l'histoire, comme ce blogueur bourguignon qui affirme que l'Yonne est un "grand fleuve français", qui "donne son nom à plusieurs départements qu'elle traverse : Yonne-Maritime, Yonne-et-Marne, Hauts-d'Yonne, Yonne-Saint-Denis".

C'est une exception ?

Que les Bourguignons se rassurent : l'Yonne n'est pas le seul cours d'eau à avoir perdu som nom au profit de son affluent. La Garonne devrait être le Tarn, le Rhin devrait être l'Aare et, plus loin de nos rivières, le célèbre Mississippi, aux Etats-Unis, devrait s'appeler Ohio, et le Gange, en Inde, devrait être la Yamuna.