Ouragan Irma : "Une prise en charge psychologique précoce est essentielle"

Le psychiatre Didier Cremniter, référent national du réseau des cellules d'urgence médico-psychologique, détaille le stress post-traumatique consécutif à des catastrophes naturelles. 

Une membre de la Croix-Rouge réconforte une sinistrée de Saint-Martin, le 9 septembre 2017, à l\'aéroport de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.
Une membre de la Croix-Rouge réconforte une sinistrée de Saint-Martin, le 9 septembre 2017, à l'aéroport de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. (HELENE VALENZUELA / AFP)
avatar
Catherine FournierFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Ils ont été déployés à l'hôpital de Saint-Martin, de nouveau opérationnel après avoir été détruit à 70%. Cinq psychologues sont missionnés, depuis dimanche 10 septembre, pour prendre en charge les victimes de l'ouragan Irma, dans le cadre d'une cellule d'urgence médico-psychologique (CUMP).

>> Suivez en direct la situation après le passage de l'ouragan Irma

Didier Cremniter, psychiatre référent national du réseau des CUMP, est intervenu après le tsunami en Thaïlande, en 2004, et après le séisme de 2010 à Haïti. Il détaille pour franceinfo le stress post-traumatique consécutif à ce type de catastrophes naturelles.

Franceinfo : La prise en charge psychologique peut paraître secondaire au vu des besoins primaires des sinistrés, qui manquent de tout. Pourquoi est-elle malgré tout nécessaire ? 

Didier Cremniter : La souffrance psychique après ce genre d'événement est maximale les premiers jours. Il faut pouvoir être en présence des victimes rapidement pour éviter que certains troubles ne deviennent chroniques. C'est pourquoi une prise en charge psychologique précoce est essentielle.

Quels troubles doivent alerter et amener à consulter ? 

Le premier, c'est la reviviscence de l'événement, telle que la nuit de l'ouragan, avec la violence des bruits, du vent et le sentiment de mort imminente. Cela se manifeste par des flashs ou des manifestations corporelles. Après le tsunami, un homme est venu nous voir car il avait des mouvements incontrôlés de sa main. Celle-ci lui avait sauvé la vie car il s'était accroché à un mât. Le second symptôme caractéristique du stress post-traumatique est l'impossibilité de revenir sur les lieux. Dans le cas d'une catastrophe naturelle, ceux qui ne peuvent pas partir doivent subir au quotidien la vision de la désolation.

Justement, comment aider ces victimes qui vivent dans un paysage apocalyptique et ont tout perdu ? 

En repérant très vite ces signes de stress post-traumatique, qui peuvent aussi se manifester par des cauchemars, des états de sidération et de perte de repères. Une absence de parole, une impossibilité de bouger ou d'agir comme on le fait habituellement, une disparition des émotions doivent alerter. En verbalisant ce qui s'est passé, on peut aider les sinistrés à reprendre le cours de leur vie et à retrouver confiance dans les éléments mais aussi dans les autorités. Les réponses et les mesures gouvernementales sont essentielles pour que les habitants se sentent reconnus comme victimes. 

Au-delà de la prise en charge immédiate, un suivi sur le long terme est-il nécessaire ? 

Pour les cas les plus sérieux, il faut un suivi sur plusieurs semaines. Après, les personnes qui en ont besoin peuvent être orientées vers des consultations en libéral. C'est important pour la reconstruction individuelle mais aussi pour celle de l'île, qui va affronter des problématiques post-Irma. 

A-t-on progressé dans la prise en charge psychologique des sinistrés depuis le tsunami de 2004 ? 

On a surtout amélioré la prise en charge psychologique des sauveteurs eux-mêmes. On s'est rendu compte à Haïti que nombre d'entre eux étaient traumatisés par ce qu'ils avaient vu et entendu. Il ne faut pas les oublier.