Transition écologique: si Nicolas Hulot ne réussit pas "c'est vraiment désespéré pour la cause de l'écologie"

Philippe Martin, ex-ministre de l’Écologie, dans le gouvernement Ayrault, espère que "Nicolas Hulot pourra faire comprendre à tous ses collègues, y compris le ministre des Finances, que la transition écologique est aussi une source d’emploi".

Philippe Martin, ex-ministre de l’Écologie, dans le gouvernement Ayrault.
Philippe Martin, ex-ministre de l’Écologie, dans le gouvernement Ayrault. (REMY GABALDA / AFP)
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Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, a confirmé mercredi 30 août sur franceinfo la fermeture de plusieurs centrales nucléaires dont celle de Fessenheim (Haut-Rhin). La hausse du budget du ministère de la Transition écologique et solidaire, l'une des priorités affichées par le gouvernement, sera d'environ 3% en 2018, a également annoncé Nicolas Hulot.

"S’il ne réussit pas lui, c’est vraiment désespéré pour la cause de l’écologie et pour qu’elle puisse l’emporter un jour dans le pays", a estimé mercredi sur franceinfo Philippe Martin, ex-ministre de l’Écologie, dans le gouvernement Ayrault. "Quand on s’occupe d’écologie, il faut se dire qu’on va décider des choses qui donneront des résultats quand on ne sera peut-être même plus soi-même aux responsabilités", a-t-il ajouté. 

franceinfo : Trouvez-vous que, pour l’instant, Nicolas Hulot a trouvé le bon tempo dans les annonces et dans les projets qui sont présentés ?

Philippe Martin : S’il ne réussit pas lui, c’est vraiment désespéré pour la cause de l’écologie et pour qu’elle puisse l’emporter un jour dans le pays. C’est indéniablement une très bonne nouvelle qu’il ait décidé de s’engager aujourd’hui après avoir refusé à plusieurs reprises et donc qu’il mette tout son poids dans ce gouvernement pour parler de transition écologique. Je continue de croire à ses convictions, de penser que parfois quand il se tait, cela ne veut pas dire qu’il ne réfléchit pas, qu’il ne travaille pas pour préparer l’avenir. Le problème de l’écologie, on le connaît depuis longtemps : il concerne souvent des sujets de temps long alors que le contexte gouvernemental fait que les ministres ont des objectifs à court ou moyen terme qui peuvent parfois contrarier les orientations, l’ambition et la volonté du ministre de l’Ecologie quel qu’il soit.

Nicolas Hulot peut-il résister à cette pression d’un ministère, d’un gouvernement aussi convaincu soit-il, aussi déterminé soit-il ?

Pour le président de la République, Emmanuel Macron, le fait d’avoir proposé, et qu’il l’ait accepté, à Nicolas Hulot de devenir ce numéro deux, un quasi vice-Premier ministre chargé de la Transition écologique, ça a de la valeur, ça a du poids. Nicolas Hulot n’aura pas besoin d’avoir un commentateur pour savoir si la mission qu’il s’était fixée, il l’a accomplie ou pas. Il est capable et il sera capable de s’en rendre compte.

Les attentes ne sont-elles pas plus fortes avec lui ?

Il a annoncé des choses, quand il parle des 17 réacteurs nucléaires à fermer, de la fin du diesel, quand il prononce les paroles fortes lors des Etats généraux de l’alimentation. On sait bien qu’on dit qu’il a été mis de côté par rapport au ministre de l’Agriculture, mais il a dit devant des représentants agricoles des choses très importantes sur le modèle agricole. C’est la concrétisation de ces annonces qui fera que son bilan sera positif ou négatif. Mais les annonces, telles qu’il les a faites et qui n’ont pas été ensuite démenties par le Premier ministre ou le président de la République, sont des annonces qui vont dans le sens à mon avis d’une vraie transition écologique dans le pays.

Quand on s’occupe d’écologie, il faut faire preuve d’altruisme, il faut se dire qu’on va décider des choses qui donneront des résultats quand on ne sera peut-être même plus soi-même aux responsabilités. C’est donc toujours très dur en politique parce que les hommes politiques veulent toujours voir les résultats des décisions qu’ils ont prises. En écologie, c’est toujours plus compliqué. J’espère que Nicolas Hulot pourra faire comprendre à tous ses collègues, y compris le ministre des Finances que la transition écologique est aussi une source d’emploi et de prospérité pour notre pays.