COP21 : trois raisons de voir la Chine comme un (étonnant) leader de la lutte contre les gaz à effet de serre

La Chine tire toujours quelque 70% de son électricité du charbon, produisant environ 24% des émissions mondiales de CO2. Cependant, ses efforts sont sans commune mesure avec ceux que réalisent les autres grandes puissances. 

Deux ouvriers au milieu de panneaux solaires, à Jimo City, dans la province de Shandong, le 21 avril 2016. 
Deux ouvriers au milieu de panneaux solaires, à Jimo City, dans la province de Shandong, le 21 avril 2016.  (LIANG XIAOPENG / IMAGINECHINA / AFP)
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En marge d'une réunion du G20 qu'elle accueille à Hangzhou, la Chine a ratifié samedi 3 septembre l'accord mondial sur le climat conclu en décembre à Paris à l'issue de la COP21. L'Empire du milieu, principal pollueur de la planète, a entraîné dans son sillage les Etats-Unis. Car Pékin, longtemps (très) mauvais élève en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, veut s'imposer comme un leader de la lutte contre le réchauffement climatique.

Une ambition qui demande des efforts colossaux pour le géant asiatique, qui tire toujours quelque 70% de son électricité du charbon, produisant environ 24% des émissions mondiales de CO2. Alors, si elle part de loin, est-elle vraiment une bonne élève ? 

Elle est première en matière d'investissement dans les énergies renouvelables

Selon un rapport publié jeudi par WWF, les investissements dans les carburants renouvelables ont atteint un nouveau record en 2015, s'établissant à 285,9 milliards de dollars à travers le monde (+5 % par rapport à 2014). La Chine arrive en tête des pays investisseurs, suivie des États-Unis, du Japon, du Royaume-Uni et de l’Inde. Les investissements dans les renouvelables en Chine ont augmenté de 17 % en un an pour atteindre 103 milliards, poursuit ce rapport. 

"Notre évaluation montre que la Chine agit plus que de nombreux pays. Son leadership au sommet du G20 pourrait contribuer à mettre le monde sur le bon chemin", espérait jeudi Peter Eigen, coprésident de Climate Transparency. 

Mais Pékin est loin d'être irréprochable : si la Chine est le premier pays en termes d'investissements dans le solaire, Pékin a approuvé en 2015 la construction d'au moins 150 nouvelles centrales à charbon. La consommation chinoise de charbon a même doublé sur la décennie 2004-2014, alimentant une pollution atmosphérique endémique. A tel point que les autorités ont fait fermer ces deux dernières semaines des usines jusqu'à 300 km autour de Hangzhou pour garantir un ciel bleu au G20. "Parler de 'triomphe' après Paris, et continuer de couvrir de généreuses subventions les industries des énergies fossiles n'est simplement pas compatible" voire "hypocrite", a relevé samedi Li Shuo, conseiller climat pour Greenpeace.

Et première des créations d'emplois dans le renouvelable

C'est aussi en Chine que le secteur des énergies renouvelables embauche le plus. Elle figure en tête du top 5 avec plus de 3,5 millions d'emplois "verts" en 2015, contre 8,1 sur l'ensemble de la planète, relève encore le rapport de WWF, citant les chiffres de l'Agence internationale des énergies renouvelables (Irena). A titre de comparaison, l'Union européenne compte moins d'1,2 million d'emplois dans ce secteur. 

Par ailleurs, ces entreprises chinoises sont très présentes sur le continent africain, où elles "construisent actuellement 30% des nouvelles capacités électriques en Afrique subsaharienne, soit plus de deux cents projets entre 2010 et 2020", dont de nombreux barrages, relevait Le Monde.fr, en juillet. Là encore, il existe un revers de la médaille : "l’ONG International Rivers met en garde contre 'les catastrophes pour l’environnement' que représentent certains de ces projets", poursuit le quotidien.

Pékin est devenu le premier émetteur d'obligations vertes 

"Mi-2016, le marché a atteint 118 milliards de dollars d’obligations labellisées vertes. La Chine a donné une impulsion supplémentaire à cette tendance globale", a encore relevé WWF. La moitié des nouvelles obligations émises dans le monde sont désormais chinoises, a expliqué l'ONG. Or, ces obligations vertes doivent servir à financer des projets environnementaux de développement des énergies renouvelables ou d'amélioration de l'efficacité énergétique. 

"Il s’agit d’un marché à fort potentiel dans les années à venir et d’un grand soutien pour l’accélération de la transition énergétique. Il est cependant nécessaire de mettre en place des standards pour qu’ils puissent respecter des garanties et répondre à tous les principaux défis de la durabilité", a toutefois prévenu WWF. 

Au sommet du G20, qui s'ouvre à Hangzhou, Pékin compte d'ailleurs faire sortir cette branche de la finance de sa niche, expliquait le journal suisse Le Temps.ch, lundi.