COP21 : pourquoi l'accord ne suffira pas pour sauver la planète

Le texte de l'accord de Paris, adopté samedi par les 196 parties au Bourget, suscite de nombreux espoirs. Pourtant, certains spécialistes et ONG doutent de son efficacité. Francetv info vous explique pourquoi.

Des manifestants écologistes défilent devant la tour Eiffel, samedi 12 décembre 2015, à Paris. 
Des manifestants écologistes défilent devant la tour Eiffel, samedi 12 décembre 2015, à Paris.  (ANDRE LARSSON / NURPHOTO / AFP)

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Il n'est pas encore appliqué qu'il est déjà historique. Un accord (en PDF) sans précédent pour lutter contre le réchauffement climatique a été adopté à Paris par 195 pays (auxquels s'ajoute l'Union européenne), samedi 12 décembre. Mais la COP21 terminée, beaucoup reste à faire pour que les engagements plus ou moins ambitieux pris par les Etats se concrétisent.

>> COP21 : comprendre l'accord sur le climat en quatre étapes

L'ambition de maintenir la hausse de la température sous la barre des 2°C, avec un objectif de 1,5°C, d'ici à 2100 par rapport à l'ère pré-industrielle, ne pourra être accomplie si les engagements nationaux restent en l'état : les scientifiques estiment, en effet, qu'en les appliquant, la température augmenterait tout de même d'environ 3°C.

Francetv info se penche, lundi 14 décembre, sur les lacunes de ce texte. Autant de points qu'il faudra trancher pour faire de l'accord de Paris un succès. 

Il ne dit pas comment "décarboner" l'économie

Les ONG sont unanimes : pour atteindre les objectifs validés par l'accord, il faut entrer dans l'ère du 100% renouvelable, et donc renoncer immédiatement aux énergies fossiles. Or, les pays dont l'économie dépend du pétrole et du charbon ne l'entendent pas de cette oreille. L'Arabie saoudite, fer de lance de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), et le Venezuela sont ainsi parvenus à exclure toute référence à l'instauration d'un prix du carbone. Il est à peine évoqué en préambule, à l'alinéa 137, avec la formulation suivante : les Etats reconnaissent "combien il importe de fournir des incitations aux activités de réduction des émissions, s’agissant notamment d’outils tels que les politiques nationales et la tarification du carbone." "Une formulation vague, décevante pour le monde économique qui s’était fortement mobilisé sur la question," relève Challenges

De même, l’objectif de 100% d’énergies renouvelables, qui doit être atteint d'ici à 2050 (soit le recours au solaire, à l'éolien, à la biomasse, etc.) ne figure pas dans le texte de l'accord. Au grand dam des ONG. 

Il élude la question des transports 

Le texte ne fait, par ailleurs, pas mention de l'enjeu des transports aériens et maritimes, lesquels pourraient, selon les experts, représenter un tiers des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Au moment le plus critique des négociations, le 9 décembre, la question a été retirée du projet de texte. Le commissaire européen à l’Energie, Miguel Arias Cañete, a eu beau "se battre pour qu’[elle] soit réintégrée", le paragraphe qui la concernait a sauté. "De nombreux pays dépendent trop du transport de marchandises et de l’aviation pour tolérer la mention de ces deux secteurs, les Etats-Unis et la Chine en premier lieu", a expliqué 20 Minutes

L'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre des avions et des bateaux de marine marchande a longtemps été inscrit dans les projets d'accord. Certes, l'aérien contribue à 2,5% des émissions mondiales de CO2 et le maritime à 2,2%. Mais leurs rejets augmentent deux fois plus vite que ceux de la moyenne mondiale depuis 1980, rappelle la revue Nature Climate Change, citée par Le Figaro. Or, "selon les professionnels, le trafic aérien de passagers devrait doubler, le fret aérien tripler et le trafic maritime de conteneurs quadrupler d'ici à 2030", explique le quotidien. 

Il n'est pas intégralement contraignant

L'accord de Paris n'est pas véritablement contraignant, déplorent les ONG. Elles auraient notamment souhaité la création d'un "comité de contrôle du respect des dispositions [prises par chaque Etat]", ainsi que la mise en place d'un mécanisme de sanctions, capable de pénaliser les pays récalcitrants à tenir leurs promesses. 

Mais attention, cela ne signifie pas que l'accord n'a pas de force juridique. "Les contributions nationales livrées par les pays (...) n’ont pas de valeur contraignante, étant volontaires dans leur ambition et ne faisant pas partie de l’accord stricto sensu, explique Le Monde.fr. En revanche, chaque Etat a malgré tout l’obligation d’en établir une, de la mettre en œuvre, et surtout de la réviser à la hausse tous les cinq ans, selon les articles 3 et 4 de l’accord."

Le quotidien met par ailleurs en lumière l'article 13 du texte, lequel "prévoit un mécanisme de transparence, qui conduira un comité d’experts internationaux à vérifier, publiquement, les informations fournies par les pays en termes de suivi de leurs émissions et des progrès accomplis pour les réduire."

Il ne sécurise pas à long terme les pays les plus vulnérables 

Pendant quinze jours, les négociateurs ont débattu autour de l'épineuse question du financement de la transition et de l'adaptation dans les pays en voie de développement. Et pour cause, ils sont bien souvent les plus violemment impactés par les conséquences du réchauffement climatique (sécheresse, typhons, etc.). Un fonds vert de l’ONU, alimenté par les pays riches à hauteur de 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020, doit permettre aux pays pauvres de réaliser les investissements dont ils ont besoin. Problème : le texte indique que ce fonds doit être réévalué en 2025. A la hausse ? Pas forcément, s'inquiètent encore les ONG.