"Les algorithmes sont partout, ils font partie de nos vie, mais ce sont des boîtes noires" pour la Cnil

Alors que 72% des Français estiment que les algorithmes représentent un enjeu de société, la Cnil lance ce 23 janvier un cycle de débats publics sur ce thème, conformément à sa nouvelle mission de réflexion sur l’éthique et le numérique. La présidente de la commission est venue présenter cette initiative sur franceinfo.

Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil.
Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil. (ERIC PIERMONT / AFP)
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Les algorithmes dictent-ils le comportement des internautes ? Une formule mathématique peut-elle influencer l'issue d'un scrutin, par exemple ? L'algorithme permet notamment à Facebook de proposer des contenus similaires à ceux déjà aimés par l'utilisateur. Le même procédé est utilisé par Netflix qui oriente les choix de séries selon les derniers films, documentaires ou contenus visionnés. Les algorithmes ont ainsi une réelle influence sur nos vies, sauf que l'utilisateur n'en a pas forcément conscience. La Cnil, la commission nationale de l'informatique et des libertés, a donc décidé de lancer un débat public sur le sujet, comme l'explique à franceinfo sa présidente, Isabelle Falque-Pierrotin.

Franceinfo : La Cnil lance une série de débats et de consultations sur le sujet. Quelle place occupe aujourd'hui l'algorithme dans notre quotidien ?

Isabelle Falque-Pierrotin : On a commandé un sondage à l'Ifop qui montre que les Français sont conscients de l'importance des algorithmes dans leur vie, mais plus de la moitié ne sait pas ce que c'est. Aujourd'hui, les algorithmes sont partout, ils sont dans les moteurs de recherche, dans les critères d'affectation des étudiants après le bac... Les algorithmes font parties de nos vies. Ce sont les nouvelles machines du XXIe siècle, mais ce sont des boîtes noires. Le but de la Cnil est de lever ce voile [...] et de répondre aux questions de société que les gens identifient derrière ces algorithmes : est-ce qu'ils sont aussi transparents que cela ? Est-ce qu'ils honorent les promesses qu'ils nous font ? Est-ce que nous ne sommes pas manipulés par ces algorithmes ? Ces questions vont faire l'objet du débat public que lance la Cnil ce lundi 23 janvier.

Selon le sondage Ifop que vous avez commandé, comment l'algorithme est-il perçu par l'utilisateur ? Est-ce qu'il est vu comme une menace ou comme une avancée ?

Les Français ont repéré l'importance de ces algorithmes, ils ont repéré le fait qu'ils sont très présents dans leur vie et le seront très certainement encore plus demain. Mais en même temps, ils s'en méfient. Une grande partie des Français considère que les algorithmes sont plutôt une source de confusion, peuvent diminuer leur choix, peuvent conduire à une collecte de données excessive. Il peut y avoir des contrôles des individus par les algorithmes. [...] C'est pour cette raison que le débat public que nous organisons est intéressant. [...] Il s'agit de voir quelles sont les fonctions des algorithmes et quelles sont les questions éthiques qui sont liées.

Est-ce qu'à terme l'idée est de mieux les contrôler et de mieux les encadrer ?

L'idée est de dire que les algorithmes sont au service des humains. Il faut donc en garder le contrôle. Il faut peut-être définir une charte d'utilisation des algorithmes. Le débat existe en France, mais il existe aussi au niveau international. [...]

Est-ce qu'il y a une différence de perception selon les générations ?

Les plus jeunes sont évidemment plus avides, plus friands, mais en même temps ce ne sont pas les plus critiques. Ils voient cela comme une avancée en terme de confort d'usage, mais ils n'ont pas forcément les outils d'analyse critique pour dire si c'est bien ou si ce n'est pas bien. Par ailleurs, on sent que les algorithmes sont quelque chose d'assez sophistiqué. Les catégories les plus éduquées de la population française les comprennent bien, mais moins on est éduqué, moins il est facile de comprendre le rôle de ces algorithmes. Il pourrait donc y avoir une fracture non seulement générationnelle, mais aussi socio-économique concernant les algorithmes. Le débat public doit donc remettre tout le monde à égalité de compréhension et de choix.

Isabelle Falque-Pierrotin était l'invitée de franceinfo

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