L'écrivain Mehdi Meklat accusé de racisme et d'antisémitisme : la polémique en 5 actes

Le jeune auteur de 24 ans est au cœur d'une tempête médiatique depuis que plusieurs de ses tweets injurieux ont été déterrés par des internautes. Il prétend qu'il s'agissait d'une "provocation d'un personnage fictif".

Mehdi Meklat dans l\'émission \"La Grande Librairie\", sur France 5, le 16 février 2017.
Mehdi Meklat dans l'émission "La Grande Librairie", sur France 5, le 16 février 2017. (FRANCE 5)
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Jusque-là, Mehdi Meklat avait toujours été salué par la critique. Que ce soit pour ses livres ou pour ses chroniques sur Arte, France Inter ou Le Bondy Blog. Mais depuis le week-end dernier, c'est sur un autre ton, beaucoup moins dithyrambique, que le jeune auteur de bientôt 25 ans fait parler de lui. En cause : des tweets à caractère raciste, homophobe, antisémite ou mysogine, qu'il avait pris l'habitude de poster pendant des mois. Et que des internautes ont déterrés. Franceinfo vous résume l'affaire en cinq actes.

1Des internautes ressortent d'anciens tweets

C'est son passage, jeudi 16 février, dans l'émission "La Grande Librairie" sur France 5 qui semble être le point de départ de la polémique. Ce soir-là, Mehdi Meklat est en plateau pour la promotion de son dernier livre, Minute, qu'il publie aux éditions du Seuil.

Au même moment, chez eux, des internautes se précipitent sur leur ordinateur pour aller voir de plus près le compte Twitter de l'auteur. En remontant son fil, ils vont tomber sur des dizaines de tweets injurieux envers les homosexuels, les juifs, les femmes ou faisant l'apologie du terrorisme, que Mehdi Meklat publiait sous un pseudo, "Marcelin Deschamps". Des messages que l'intéressé a pris soin d'effacer depuis. Mais des captures d'écran circulent sur internet. 

2Mehdi Meklat s'excuse 

Mehdi Meklat est sommé de s’expliquer sur ce double jeu. Samedi 18 février, il publie quatre tweets sous forme de communiqué. Il s'excuse et invoque un "personnage honteux" qu'il incarnait virtuellement.

3Christiane Taubira dénonce des pensées "hideuses"

Pas de quoi éteindre l'incendie. Tour à tour, les personnes qui ont côtoyé de près ou de loin Mehdi Meklat vont se désolidariser. C'est le cas de Christiane Taubira, qui avait été longuement interviewée par ce dernier dans les colonnes des Inrocks au début du mois de février, et avec qui elle pose en une du magazine. L'ancienne Garde des Sceaux a publié un communiqué sur sa page Facebook, dans lequel elle dénonce des pensées "hideuses". Avant de poursuivre : "Il y a quelque chose à purger. Il ne peut résider dans un même esprit la beauté et la profondeur d’une telle littérature et la hideur de telles pensées. Il faut purger, curer, cureter".

Dans la foulée, c'est le directeur de la rédaction des Inrocks, Pierre Siankowski, qui y est allé d'un édito, publié sur le site du magazine. "N’y allons pas par quatre chemins, écrit-il. Ne cherchons pas d’excuses : dans leur lecture pure et dure, et qu’ils aient été publiés sous un autre nom que le sien, ces tweets sont abominables, abjects, et certains pris comme tels sont tout simplement antisémites, racistes et homophobes. Rien à dire là-dessus. C’est extrêmement grave et choquant et on ne peut que condamner ces propos."

Même réaction dans les rangs du Bondy Blog, auquel Mehdi Meklat a collaboré à partir de 2008.

François Busnel, animateur de "La Grande Librairie", a également tenu à réagir, lui qui a reçu, jeudi 16 février, Mehdi Meklat dans son émission.

Sur Facebook, les éditions du Seuil, qui publient le jeune auteur, ont aussi condamné ses propos "avec la plus grande fermeté"

4Mehdi Meklat s'excuse de nouveau

Cette fois, c'est sur sa page Facebook que l'auteur a décidé de s'expliquer. Un long texte d'une cinquantaine de lignes, publié lundi après-midi, dans lequel il renouvelle ses excuses, avant de raconter l’origine de son personnage. "En 2011, j’avais 19 ans. J’ai rejoint Facebook et Twitter. Twitter était alors un Far West numérique. Un nouvel objet, presque confidentiel, où aucune règle n’était édictée, aucune modération exercée", écrit-il. Son pseudo "Marcelin Deschamps" n’était "pas dans la vie réelle, il était sur Twitter", "il se permettait tous les excès, les insultes les plus sauvages. Par là, il testait la notion de provocation. Jusqu’où pouvait-il aller ? Quelles seraient ses limites ? Aucune".

En fin de journée lundi, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a réagi dans un communiqué, expliquant souhaiter "que toute la lumière soit faite sur cette affaire". 

5Mehdi Meklat quitte temporairement la France

Fatigué par la polémique et les insultes qu'il a reçues ces derniers jours, Mehdi Meklat a choisi de partir quelques jours, "loin de la France et de la tourmente", écrit Télérama, qui s'est entretenu avec le jeune auteur, mardi 21 février. A la question "qu’allez-vous faire maintenant ?", il répond qu'il va "penser", "réfléchir à moi-même". Il espère que l'amour le "sauvera". "Sans doute vais-je me taire pour me recentrer." Avant de conclure : "Je vais me détourner de ceux qui me veulent du mal et aller vers ceux qui me veulent du bien."