Des lits connectés dans une cité universitaire à Rennes : "Une collecte de données qui ne dit pas son nom"

Des capteurs ont été installés dans des lits d'une résidence universitaire de Rennes afin d'en surveiller la dégradation. Le Crous de Bretagne a finalement renoncé à cette initiative, qui pose le problème de la collecte de données et du respect de la vie privée.

Une chambre dans une résidence universitaire au Havre (Seine-Maritime), le 30 août 2010.
Une chambre dans une résidence universitaire au Havre (Seine-Maritime), le 30 août 2010. (DUPUY FLORENT / SIPA)
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"Etudiants à Rennes. Dormez, vous êtes surveillés..." Le titre de l'article de Ouest France, publié mercredi 6 septembre, fait froid dans le dos. De quoi s'agit-il ? Des capteurs ont été installés sur certains lits de la résidence universitaire Maine 1 de Rennes (Ille-et-Vilaine) : "Lorsqu’un étudiant prend son lit pour une barre de tractions ou quand le matelas se transforme en canapé pour dix personnes, nous sommes au courant", détaille le créateur de cette invention destinée à des lits escamotables.

Des données récoltées transmises au Centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris (Crous). "En cas d’urgence, un SMS est envoyé automatiquement à un agent technique qui peut intervenir dans la chambre." L'objectif de ce dispositif "témoin d'usure" est d'empêcher la dégradation des lits. Mais la question de la vie privée des étudiants se pose : "C’est vraiment limite. On dirait de l’espionnage", proteste l'un d'entre eux, interrogé par Ouest France. D'autant que les résidents affirment ne pas avoir été prévenus de l'installation de ces lits connectés.

"Un lit correspondra à un numéro et donc à un locataire"

Pour Olivier Iteanu, avocat et enseignant, cette initiative "relève de la collecte de données sous un prétexte de maintenance". Contacté par franceinfo, ce spécialiste du droit du numérique estime que "ces données peuvent aider à la construction d'un profil et c'est évidemment très intrusif". Autrement dit, les lits connectés pourraient être utilisés "à d'autres finalités que la maintenance mais qui ne sont pas avouables". L'avocat rappelle qu'une "donnée anonyme ne peut pas remonter". 

Cela ressemble à du pseudonyme. Un lit pourra correspondre à un numéro par exemple, mais évidemment que l'on peut remonter au locataire.

Olivier Iteanu, avocat

à franceinfo

Par ailleurs, le juriste explique qu'un dispositif de collecte de données doit faire l'objet d'un encadrement strict et contrôlé par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). Enfin, les étudiants concernés doivent avoir été prévenus à l'avance de l'introduction de ces lits connectés dans leur résidence. 

Le Crous de Bretagne demande le retrait des capteurs

Face à l'émoi suscité par la publication de l'article par Ouest France, le créateur du dispositif de capteurs dans les lits escamotables tente de relativiser, évoquant un "programme pilote" auprès d'étudiants volontaires. "Le produit a été mal compris, nous ne collectons aucune donnée personnelle, il s’agit seulement de limiter les coûts pour les organismes publics", se défend Paul Malignac, directeur général d’Espace Loggia, interrogé par Next Inpact. "On est très loin de l’espionnage dont il est question dans Ouest France", dénonçant une lecture "sensationnaliste". 

"Nous avons simplement accepté que des témoins d’usure soient installés pour optimiser les interventions préventives sur les lits escamotables", se défend aussi le Crous de Bretagne, auprès de Next Inpact. "En total désaccord avec ce qu’on a découvert dans Ouest France", le Crous de Bretagne annonce toutefois qu'il "annule l'expérimentation" et demandera le retrait des capteurs "dans la semaine".