Votre lieu de connexion, le nom de votre navigateur, votre sexe, votre âge et même la vitesse à laquelle vous lisez... Lorsque vous parcourez une page web, "Big Brother", alias Google, sait potentiellement tout de vous. Les dernières révélations  du site 01net, publiées vendredi 8 mai, ne devraient rien arranger. Non content de connaître vos moindres mouvements sur la toile, le géant de Mountain View est désormais capable d'estimer la légalité du contenu de vos mails. Bonne nouvelle : il est peut-être encore temps de disparaître des écrans radars.

Prenez la mesure du problème

Si vous possédez un compte Google, il existe un moyen simple de vérifier ce que la firme sait de vous. Il vous suffit d'accéder à la page paramètres des annonces : Google vous offre un récapitulatif de votre profil, tel qu'il est utilisé pour la publicité ciblée lors de votre navigation. Dans l'exemple suivant, nous avons entre 35 et 44 ans, nos centres d'intérêt sont la danse classique, les nouvelles technologies et l'actualité en général. Notre passion secrète pour la danse mise à part, jusqu'ici tout va bien. 

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)
 

En vous rendant sur votre tableau de bord Google, l'envie de rire devrait commencer à passer. Sur cette page, vous accédez à la liste des services Google que vous avez l'habitude d'utiliser et réalisez avec effroi qu'ils sont non seulement nombreux mais surtout très bien renseignés sur votre cas.

Si vous l'avez activé, votre profil Google + trahit votre date de naissance, le nom de vos contacts et la nature de vos relations avec eux. Votre compte Google Documents en dit certainement aussi long sur vos activités qu'un CV en bonne et due forme. Quant à votre compte Gmail, il y a fort à parier qu'il contienne toute votre vie, y compris ses aspects les plus intimes. Vos comptes YouTube et Picasa se chargeront de mettre l'ensemble en image. Cette fois, vous voyez clairement le tableau : vous menez, depuis longtemps déjà, votre existence toute entière sous l’œil aiguisé de "Big Brother". 

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)
 

Cette existence, vous pouvez même la consommer sur place ou "à emporter". En utilisant le service Google Take Out, vous avez la possibilité de télécharger toutes ces données. Dans mon cas, elles représentent un total de 53 fichiers et pèsent un peu plus de 20 mégas. On est donc bien loin des trois lignes laconiques officiellement utilisées pour la publicité ciblée. 

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)

En installant le plugin PrivacyFix sur votre navigateur, vous pourrez même estimer les revenus générés par l'exploitation de vos données personnelles sur l'année écoulée. Dans mon cas, cela fait un peu plus de 600 euros.

(CAPTURE D'ECRAN PRIVACY FIX)

C'est grave, docteur ?

Autant être conscient de la règle du jeu, qui tient en une phrase : si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit. En l’occurrence, la plupart des services proposés par Google sont non seulement non payants pour les utilisateurs finaux, mais d'excellente qualité. Ce qui explique leur popularité. Le prix à payer, ce sont nos données personnelles. Et la gravité de la situation dépend de l'usage qui en est fait.

Eric Schmidt, le patron de Google, interrogé sur le sujet lors d'une conférence à l'université de New York, se défend de tout abus : "Laissez- moi être très clair sur le fait que Google ne vous traque pas. (…) Les gens ne seraient pas contents. Les gouvernements ne l'autoriseraient pas et ce serait mauvais pour les affaires. En fin de compte, en situation de concurrence, les entreprises souhaitent que leurs clients soient heureux."

Pas convaincu ? Sachez qu'il existe des solutions, qui vont de la plus basique - limiter vos traces - à la plus radicale - vous passer purement et simplement de Google. 

Limitez vos traces

Pour limiter vos traces, vous pouvez utiliser contre Google ses propres armes.

Supprimez votre historique de recherche. On ne parle pas ici de l'historique de votre navigateur web, même si vous auriez tout intérêt à le faire disparaître, mais de celui qui est stocké sur les serveurs de Google. En haut à droite de la page, cliquez sur la roue, puis sélectionnez l'option "paramètres". 

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)

Il vous suffit ensuite de cliquer sur le bouton "Désactiver". Désormais, Google ne conservera plus la liste des sites que vous aurez visités.

Débarrassez-vous des publicités ciblées. Cela nous est arrivé à tous. Après avoir envoyé quelques e-mails pour organiser une partie de tennis, vous êtes assailli de publicités pour des articles de sport. Il en va de même tandis que vous surfez à la recherche de la recette du tiramisu ultime. Les chaussettes blanches sont simplement remplacées par des batteries de casseroles. En trois clics, vous pouvez faire cesser cette nuisance. Retournez à la page de paramètres des annonces et faites défiler votre écran jusqu'à voir apparaître les lignes suivantes : 

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)

Dans les deux cas, cliquez sur "Désactiver la diffusion".

Méfiez-vous de Google Analytics. Analytics est un service Google destiné aux éditeurs de site web pour leur permettre de mesurer et d'analyser leur audience. A chaque fois que vous visitez un site utilisant ce service (soit environ 100% des pages), votre adresse IP, les caractéristiques techniques de votre ordinateur, ou encore votre lieu de connexion sont enregistrés. Beau joueur, Google met à votre disposition un plugin compatible avec les principaux navigateurs internet, qui a pour effet de désactiver ce service. Téléchargez Analytics Opt Out. L'installation est automatique et son effet immédiat. 

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)
 

Passez à la navigation privée. La plupart des navigateurs vous proposent des solutions de "navigations privées". En utilisant cette option, les pages que vous visitez ne sont plus indexées dans votre historique de navigation, et les cookies ne sont plus acceptés. Si vous utilisez Chrome (le navigateur de Google), il vous suffit d'utiliser le raccourci "Ctrl+Maj+N". Avec Firefox, contentez-vous de taper "Ctrl+N". 

(CAPTURE D'ECRAN CHROME)

Déconnectez-vous. L'erreur majeur commise avec les services de Google consiste à être connecté en permanence, par exemple sur votre compte de messagerie Gmail. Une fois que vous êtes connecté à un service, vous êtes reconnu sur tous les autres. C'est le cas, par exemple, sur YouTube.

Pourtant, nul besoin d'être connecté, si ce n'est pour lire vos mails ou partager un lien sur Google+. En veillant à vous déconnecter correctement, vos recherches Google ne seront plus associées à votre compte, même dans le cas où vous n'auriez pas suivi nos conseils précédents. Pour couper le cordon, il ne suffit pas de fermer votre page Gmail. Cliquez sur votre photo en haut à droite de la page et enfoncez le bouton "Déconnexion". 

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)
 

Si vous avez besoin de rester connecté en permanence, vous pouvez encore utiliser deux navigateurs simultanément. Par exemple Chrome pour votre compte Gmail et Firefox en mode de navigation privé pour vos indicibles recherches. 

En dernier recours, changez de crémerie

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Google est prêt à vous aider à quitter le navire. Avec pas mal d'humour, la compagnie dirigée pas Eric Schmidt a été jusqu'à créer le Data Liberation Front (en anglais), un site internet dont le but est de "faciliter le déplacement des données des utilisateurs hors des services de Google".

Si sa position est souvent dominante, Google n'a le monopole de rien. En 2012, le chercheur américain Tom Henderson expliquait comment il avait divorcé de Google, en remplaçant ses services un par un. Vous pouvez par exemple vous passer de son moteur de recherche en utilisant DuckDuckGo, qui promet un respect absolu de la vie privée de ses utilisateurs et qui pousse la publicité comparative à l'extrême sur son site donttrack.us.

(CAPTURE D'ECRAN GOOGLE)
 

Dans le même registre, Microsoft aimerait beaucoup vous convaincre d'utiliser Bing, ou encore de remplacer Gmail par Outlook. C'est tout l'objet du site scroogled.com (en anglais).

Et si vous voulez en finir avec YouTube, profitez-en : il semblerait que son principal concurrent, DailyMotion, demeure français encore quelques temps.