Trois questions pour comprendre pourquoi la mairie de Paris va livrer une guerre contre Amazon

L'entreprise de commerce électronique américaine a lancé, jeudi, un nouveau service de livraison en deux heures maximum dans la capitale. Mais pour la mairie de Paris, il s'agit d'une "concurrence déloyale" vis-à-vis des petits commerçants.

Le 18ème arrondissement de Paris accueille un nouvel entrepôt dédié au service Prime Now d'Amazon, le 10 juin 2016.
Le 18ème arrondissement de Paris accueille un nouvel entrepôt dédié au service Prime Now d'Amazon, le 10 juin 2016. (MAXPPP)
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Se faire livrer ses commandes, y compris des denrées alimentaires, en deux heures maximum à Paris et dans la petite couronne, c'est possible depuis jeudi 16 juin, grâce à Amazon. Pratique pour recevoir un cadeau à la dernière minute ou une bonne bouteille quand on n'a pas le courage de sortir. Mais la mairie de Paris ne voit pas cette nouvelle activité d'un très bon œil.

Dans un communiqué, publié le 17 juin, la ville a tiré la sonnette d'alarme et s'est inquiété face à ce nouveau service de livraison à domicile, baptisé "Prime Now", "susceptible de déstabiliser gravement les équilibres commerciaux parisiens". Francetv info revient sur ce bras de fer économique en trois questions.

1Le service "Prime Now" d'Amazon, c'est quoi ?

Après Londres, Milan et Berlin, le géant du commerce en ligne a lancé son nouveau service de livraison ultra rapide à Paris et dans 21 communes de la petite couronne. Depuis un entrepôt de 4 000 m2 installé dans le 18e arrondissement, Amazon promet de livrer ses clients premium (ceux qui ont payé un abonnement de 49 euros par an) en deux heures maximum), voire même en seulement une heure moyennant un supplément de 5,90 euros. Le service classique propose une livraison en une heure uniquement pour les commandes passées avant 14 heures.

Sept jours sur sept, de 8 heures à 22 heures, l'entreprise américaine propose la livraison de produits du quotidien, allant de la cartouche d'encre à la brosse à dents électrique en passant par le régime de bananes. Amazon se targue de proposer 18 000 références dont 4 000 produits alimentaires frais ou surgelés (notamment des fruits et légumes en provenance de Rungis). Et c'est cette dernière offre qui provoque le courroux de la mairie de Paris. 

2Pourquoi la mairie s'oppose-t-elle à ce service ?

Dès le lendemain de l'officialisation de ce nouveau service, la mairie a publié un communiqué dans lequel elle reproche à la multinationale de l'avoir informée tardivement de cette offre, "quelques jours avant son lancement". Elle craint aussi qu'Amazon ne vienne concurrencer les réseaux de distributions traditionnels comme les supérettes ou les épiceries et appelle Amazon à tenir "compte de la nécessité absolue de préserver [la] diversité" du commerce parisien.

Dernier reproche, la pollution supplémentaire et les nuisances occasionnées par les véhicules de livraison. D'après Libération, Amazon ferait appel à des prestataires extérieurs équipés de scooters pour les livraisons en une heure et de vans pour celles qui prennent deux heures. La ville de Paris a déclaré qu'elle "suivra donc avec attention le respect par Amazon de ce qui relève de sa responsabilité sociale d'entreprise en matière de ville durable".

3Comment compte-t-elle riposter face à Amazon ?

La mairie ne va pas se contenter de recommandations pour éviter une "concurrence déloyale à l'égard des commerçants et des artisans." Toujours dans son communiqué de presse, elle assure qu'elle compte s'appuyer sur le législateur pour lui rappeler "la nécessité de définir, par la loi, des garde-fous". Objectif : éviter que des services similaires à "Prime Now" ne puissent mettre à mal le commerce de proximité. 

La ville de Paris souhaite que les procédures d'autorisation des maires concernant l'installation de surfaces commerciales et de supermarchés puissent s'appliquer à des centres comme celui qu'Amazon vient d'ouvrir. Le bras de fer entre le géant du commerce en ligne et la mairie parisienne risque de se poursuivre dans les prochains mois.