MONDE – Le président géorgien, Mikheïl Saakachvili, a reconnu mardi 2 octobre la défaite de son parti aux législatives, remportées contre toute attente par le Rêve géorgien, la coalition d'opposition du milliardaire Bidzina Ivanichvili. Bien que le président reste le chef de l'Etat, la défaite de son Mouvement national unifié aux élections met fin à la domination de son parti depuis son arrivée au pouvoir en 2003 après la "Révolution de la rose". Jean Radvanyi*, professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et spécialiste du Caucase, nous donne son éclairage.

FTVi : Pourquoi ces élections sont-elles si importantes pour la Géorgie ?

Jean Radvanyi : A partir de 2013, le régime géorgien va devenir parlementaire. C'est donc le futur dirigeant du pays pour les années à venir qui a été désigné. Ne pouvant cumuler plus de deux mandats, Mikheïl Saakachvili doit laisser sa place. Il est au pouvoir depuis 2004, à l'issue de la "Révolution de la rose" qui a chassé l'ancien président pro-russe Edouard Chevardnadze. Cette élection intervient également à un moment où la Géorgie va mal. Le chômage est au plus haut et, depuis la guerre qui l'a opposé à la Russie en 2008, le pays est amputé d'une partie de son territoire, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

On craignait des dérapages, mais le président a reconnu sa défaite sans la contester…

Les élections se sont en effet déroulées dans le calme, et de ce point de vue-là, elles ont été un exemple de démocratie. Mais les conséquences sont difficiles à mesurer. Le président a encore une année de mandat et devra cohabiter avec son adversaire Bidzina Ivanichvili.

Que sait-on de Bidzina Ivanichvili, le vainqueur de ces élections législatives ?

On sait que c'est un milliardaire qui a bâti sa fortune en Russie, mais nous ne sommes pas sûrs qu'il soit pro-russe pour autant. Tout ce qu'il a déclaré jusqu'à présent et durant sa campagne, c'est qu'il souhaitait rétablir des relations normales avec Moscou et qu'il voulait rejoindre l'Otan. 

On peut raisonnablement penser que l'administration russe et Vladimir Poutine doivent être satisfaits de ce résultat. Le président russe nourrissait une animosité personnelle envers Mikheïl Saakachvili.

Les Etats-Unis ont soutenu Saakachvili. Quelle est aujourd'hui leur position ?

Les relations se sont passablement dégradées ces dernières années, notamment en raison de la dérive autoritaire du président Saakachvili, avec notamment le quasi-monopole politique de son parti, le Mouvement national uni. Lors de la campagne électorale, des vidéos ont également fait scandale. Elles révélaient des actes de torture dans les prisons. Tout cela faisait tache.

* Auteur de Caucase : le grand jeu des influences (Editions du Cygne, 2011) et de l'Atlas géopolitique du Caucase (Autrement, 2010).