Voter ou s'abstenir, à chacun ses arguments

Participera, participera pas au premier tour de la présidentielle, dimanche ? Dans les deux camps, les convaincus brandissent diverses raisons pour justifier leur position. FTVi en a listé quatre de chaque.

Dans un bureau de vote lyonnais, le 9 mars 2008, lors du premier tour des élections municipales.
Dans un bureau de vote lyonnais, le 9 mars 2008, lors du premier tour des élections municipales. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)
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Ilan CaroFrance Télévisions

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Irez-vous voter dimanche 22 avril, pour le premier tour de la présidentielle, ou serez-vous de ceux qui boycotteront les urnes ? Dans chaque camp, les uns et les autres brandissent diverses raisons pour justifier leur position. FTVi en a listé quatre de chaque, histoire d'aider ceux qui seraient encore indécis, qui chercheraient une bonne excuse, qui seraient en quête d'une motivation... 

• Pourquoi ne pas voter

1) Exprimer sa déception

Dans une enquête pour Libération en avril, l'institut de sondages ViaVoice a soumis aux personnes interrogées une liste de qualificatifs et leur a demandé s'ils s'appliquaient bien à cette campagne présidentielle. Le résultat est sans appel : "décevante" (61%), "ennuyeuse" (57%) et "agressive" (51%) arrivent dans le peloton de tête, tandis que "constructive" (32%), "proche des vrais problèmes" (30%) et "proche de vous" (28%) ferment la marche. Par ailleurs, 19% des sondés estiment qu'il existe de bonnes raisons de s'abstenir particulièrement à cette élection. Ils pensent que ce scrutin "ne changera rien", que les candidats "ne sont pas à la hauteur" ou que la campagne "n'a pas été convaincante"... Cruel tableau.

2) Se détourner d'une "bataille d'ego"

On peut penser, comme Michel Onfray l'affirme dans une tribune au Monde, qu'"il est possible de s'abstenir ou de voter blanc""Foire aux vanités", "exhibitionnisme des ego"... le philosophe n'a pas de mots assez durs pour dénoncer la tournure qu'a prise la campagne, marquée selon lui par "l'ironie, le cynisme, le sarcasme, la raillerie, le quolibet, la dérision" plutôt que par l'humour ; par "l'insulte, le mépris, la stigmatisation, l'offense, l'affront, l'outrage" plutôt que par le débat ; par "la petitesse, la mesquinerie, la médiocrité" plutôt que par la grandeur ; par "le déni, la mauvaise foi, la dénégation" plutôt que par les arguments. Pour Michel Onfray, "les passions joyeuses, celles qui augmentent la puissance d'exister, qui créent, assemblent et rassemblent, fédèrent (...) ne se trouvent pas dans la politique politicienne, mais dans la politique citoyenne".

3) Contester le principe même de l'élection présidentielle

La critique ne date pas d'aujourd'hui. Depuis qu'a été instituée l'élection du président de la République au suffrage universel direct, en 1962, ce mode de scrutin ne fait pas l'unanimité. Dans un long réquisitoire, les professeurs de droit public Pierre Brunet et Arnaud Le Pillouer, dénoncent, sans toutefois appeler à ne pas voter, un système qui génère autant de désillusion qu'il suscite de l'espoir. Un système qui pousserait les électeurs à se prononcer autant sur le programme des candidats que sur leur personnalité. Un système qui, enfin, serait source de déséquilibres entre les pouvoirs.

4) Protester contre la non-prise en compte du vote blanc

Comment marquer son refus de voter pour tel ou tel des dix candidats, ou pire, sa désapprobation vis-à-vis du système en tant que tel ? Il y a toujours le vote blanc, répondront certains. Oui mais voilà, il n'est pas pris en compte au moment de la publication des résultats exprimés. Si vous votez blanc, non seulement votre choix n'aura aucun impact mais, en plus de cela, vous légitimerez le système que vous dénoncez en faisant baisser le chiffre de l'abstention.

• Pourquoi voter

1) Exercer son devoir civique

Le vote est le fondement même de notre régime politique. Les philosophes n'ont jamais vraiment réussi à donner une définition unique de la démocratie mais la Constitution définit ainsi la République : "Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple." Ce qui se concrétise nécessairement par la souveraineté populaire. Contrairement à la Belgique ou encore à certains pays d'Amérique du Sud, la France n'oblige pas ses citoyens à aller voter. Mais se rendre aux urnes n'en reste pas moins une obligation morale : "Voter est un droit, c'est aussi un devoir civique", est-il inscrit sur toutes les cartes d'électeur.

2) Ne pas insulter l'histoire et les peuples qui luttent

Combien de défenseurs de la liberté et de la démocratie ont été emprisonnés, torturés, tués en France, et le sont encore ailleurs, pour leur combat contre la monarchie absolue et les régimes autoritaires ? Penseurs, révolutionnaires, militants ou simples anonymes... ils sont nombreux à avoir risqué leur vie pour obtenir le droit de vote. A l'heure des révolutions arabes et des massacres quotidiens en Syrie, l'abstention dans nos contrées paraît bien peu justifiable.

3) Ne pas revivre un "21 avril"

21 avril 2002 : 28,4% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Un record absolu pour un premier tour d'élection présidentielle. Au vu du résultat - Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour -, nombre d'abstentionnistes s'en sont mordus les doigts. Le taux d'abstention fut d'ailleurs beaucoup moins élevé au second tour (20,3%), alors qu'il y avait cette fois moins de suspense. Une leçon qui rappelle que rien n'est joué d'avance et que chaque citoyen est muni de la même part de pouvoir que son voisin. Dommage de s'en priver.

4) Gagner le droit de se plaindre du futur président

Qui n'a jamais entendu l'un de ses proches revendiquer son attitude abstentionniste puis se plaindre, quelque temps plus tard, parce que le candidat élu ou sa politique ne convient pas ? La critique est toujours bienvenue dans une démocratie. Encore faut-il qu'elle soit constructive. Dénoncer oui, mais pourquoi alors ne pas avoir tenté de changer les choses avec un bulletin de vote ? Bref, votez ou taisez-vous à jamais.