Deux intrusions en quelques heures dans des centrales nucléaires françaises

Après l'intrusion d'un militant de Greenpeace ce matin sur le site de la centrale du Bugey (Ain), un individu a réussi à pénétrer dans la centrale de Civaux, dans la Vienne. Voici ce que l'on sait de ces actions.

Un militant de Greenpeace survole la centrale du Bugey (Ain), le 2 mai 2012. 
Un militant de Greenpeace survole la centrale du Bugey (Ain), le 2 mai 2012.  (LAGAZETA / GREENPEACE)
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Nouvelle opération coup de poing de Greenpeace : un militant de l'organisation écologiste a survolé avec un parapente à moteur la centrale nucléaire du Bugey (Ain) puis s'est posé sur le site, mercredi 2 mai à 7h40. Quelques heures plus tard, c'est Hervé Couasnon, qui se présente comme un "poète-escaladeur", qui a réussi à pénétrer dans la centrale de Civaux, dans la Vienne.

FTVi revient sur ces événements.

• Que s'est-il passé au Bugey ?

Après avoir survolé la centrale avec son parapente à moteur, le militant d'origine allemande s'est posé dans le périmètre grillagé et interdit du site. Auparavant, il avait déposé deux fumigènes sur l’un des réacteurs puis un troisième sur le sol, a précisé Greenpeace. Le pilote a ensuite été interpellé.

Un second militant de l'ONG a été interpellé à l'extérieur du site. Selon la gendarmerie, il "pourrait avoir servi de guide au pilote de l'engin".

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• Que s'est-il passé à Civaux ?

Hervé Couasnon a pénétré mercredi dans l'enceinte de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne).Il "a été interpellé, saisi dans un buisson situé juste à côté de l'entrée" du site, a indiqué un porte-parole d'EDF, précisant qu'il s'était introduit dans la zone dite "surveillée", la plus éloignée des bâtiments de la centraleComment a-t-il réussi son coup ? "Il a profité de la présence d'un camion de livraison pour déjouer la surveillance des vigiles", explique la gendarmerie.  

Alors qu'Hervé Couasnon venait d'entrer dans la zone surveillée, "le garde de faction à la sortie des camions l'a vu et s'est mis à le poursuivre. Il lui a couru après mais il avait pris un peu d'avance, il s'est faufilé derrière un bâtiment et s'est caché" dans un fourré, a précisé EDF. Les procédures habituelles ont aussitôt été mises en place, à savoir la fermeture de tous les accès au site, l'évacuation des bâtiments de la zone surveillée, et l'intervention des gendarmes qui ont procédé à l'arrestation, a ajouté le porte-parole du groupe, en précisant que l'intrusion avait duré en tout environ une heure. Selon la gendarmerie, le "poète-escaladeur" n'a revendiqué "aucune action coordonnée avec Greenpeace".

Hervé Couasnon est célèbre pour avoir approché de près en 2002 l'ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin à la tribune de l'Assemblée nationale. Le "poète-escaladeur", qui s'était lancé dans la course à la présidentielle le 1er avril 2011 avant d'abandonner en février, a indiqué qu'il souhaitait ainsi demander aux "candidats qui débattront ce soir qu'ils tiennent leurs promesses (…) car les Français en ont marre de la société dans laquelle ils vivent". 

• Quel était l'objectif de l'opération de Greenpeace ? 

"Illustrer la vulnérabilité des installations à la menace aérienne" à quelques jours du second tour de la présidentielle, précise Greenpeace à FTVi. Il faut "que nos candidats prennent conscience que le nucléaire sûr n'existe pas", a ajouté l'ONG sur France Info.fr. Dans son communiqué, Greenpeace appelle les deux finalistes à s'engager "à lancer une analyse approfondie des risques d’agressions extérieures d’origine humaine sur les centrales nucléaires, dont la chute d’avion fait partie".

François Hollande, le candidat PS, a réagi sur RMC et BFMTV, déclarant "faire confiance à l'Autorité de sûreté nucléaire" qui a la responsabilité de "toutes les informations sur la protection de nos centrales".

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• Que répondent les autorités et EDF ? 

La sûreté des installations "n'a à aucun moment été remise en cause" au Bugey, a réagi EDF. Selon l'entreprise, "les mesures de sécurité qui ont été renforcées en fin d'année 2011 ont permis une détection et une appréhension immédiate de l'auteur de l'intrusion".

Le parapente à moteur était suivi "avant même qu'il ne survole la centrale", a déclaré pour sa part le porte-parole du ministère de l'Intérieur, précisant avoir eu connaissance "qu'il s'agissait d'un militant écologiste menant une action médiatique".

De son côté, le directeur de la centrale du Bugey, Alain Litaudon, a estimé que l'intrusion de Greenpeace avait montré que le "dispositif de protection [était] efficace". "L'interpellation a eu lieu en huit minutes" après la détection, a-t-il souligné.

• Y a-t-il des précédents ? 

Selon l'ONG, c'est la première fois qu'une opération de ce type est menée en France. En novembre 2011, un survol de l'usine de retraitement de La Hague (Manche) a été effectué par l'ONG, qui publie également mercredi des images aériennes du site filmées à cette occasion. "Une autre preuve, selon Greenpeace, que rien n’a été fait pour prendre sérieusement en compte la menace d’une attaque aérienne sur les installations nucléaires françaises". 

Il ne s'agit pas, en revanche, de la première intrusion de Greenpeace dans une centrale nucléaire. EDF a affirmé mercredi avoir déjoué il y a une dizaine de jours une opération préparée par l'ONG sur deux sites nucléaires dans le nord de la France. 
Début décembre 2011, plusieurs militants étaient parvenus à s'introduire dans les centrales de Nogent-sur-Seine (Aube) et de Cruas (Ardèche) en déjouant la surveillance. Le ministère de l'Intérieur avait annoncé début janvier une sécurisation des sites français, avec la mise en place d'un système de vidéosurveillance et d'alarmes.

• Comment le risque aérien est-il évalué ? 

"En France, le risque de chute d'avion ou d'attaque aérienne n'est pas pris en compte dans les audits ou les stress tests, contrairement à l'Allemagne", souligne un membre de Greenpeace joint par FTVi. L'organisation publie mercredi un rapport  (en PDF) commandé fin novembre à un expert britannique sur la vulnérabilité des centrales françaises face au risque de chute d'avion. Résultat, selon l'ONG : "Les confinements primaires des 58 réacteurs français seraient confrontés à un risque de défaillance".

De même, relève Greenpeace, "les bâtiments abritant les piscines de refroidissement des combustibles irradiés seraient soumis à un risque de perforation ou d’effondrement de leur structure. Ces piscines, qui contiennent souvent plus de combustibles radioactifs que les réacteurs eux-mêmes, peuvent être à l’origine d’un accident nucléaire majeur."