A en croire les classements des meilleures ventes de livres, c'est l'essai du moment. A 28 ans, le journaliste Laurent Obertone se fait peu à peu un nom avec La France Orange mécanique, un ouvrage de 350 pages paru à la mi-janvier, dans lequel il mène une enquête à charge contre "l'ensauvagement" de la France. Le tout en liant insécurité et immigration, en s'appuyant sur des dizaines de faits divers, et de nombreux chiffres effrayants qui seraient tenus secrets par les autorités : toutes les vingt-quatre heures, il y aurait selon lui "13 000 vols, 2 000 agressions et 200 viols"

Le succès du livre est impressionnant. Selon le site MyBoox, 35 000 exemplaires ont déjà été vendus, et l'éditeur en réimprimerait 40 000. Chaque semaine, La France Orange mécanique gagne des places dans le classement Ipsos-Livres Hebdo. Trente-quatrième essai le plus vendu en première semaine, il pointe désormais à la 5e place du classement. Toutes catégories confondues, il est aussi le deuxième livre le plus demandé par les internautes sur Amazon, entre les romanciers Guillaume Musso et Marc Levy. Le coup de pub que Marine Le Pen lui a fait durant son passage dans l'émission "Des paroles et des actes", le 21 février, n'y est sans doute pas pour rien.

Mais quelles thèses Laurent Obertone défend-il, et qui se cache vraiment derrière ce pseudonyme ? Alors que sa légitimité est questionnée, francetv info a listé trois choses à savoir avant d'ouvrir son livre.

1Il se défend d'être raciste, mais…

Puisque l'accusation circule sur internet, posons la question : Laurent Obertone est-il raciste ? Lui s'en défend fermement. "La qualification de raciste est la chose la plus grave" qui soit, assure-t-il sur le plateau de Laurent Ruquier. Il n'en demeure pas moins que, tout au long de son livre, le journaliste met en opposition les crimes et délits commis par des "autochtones", et ceux perpétrés par des personnes issues de l'immigration. Et de montrer, graphique approximatif à l'appui, que plus le taux d'immigration est élevé dans un département, plus la délinquance le serait aussi. "Statistiquement, il y a deux tiers des crimes et délits qui sont commis par des personnes issues de l'immigration", se défend-il. Avant d'accuser la gauche et la droite, sur cette question de l'immigration, "d'incohérence et d'irresponsabilité"

Sa thèse : "certaines communautés" – comprenez "communautés africaines" – ne sont pas "adaptées", par "leur culture et leur histoire""au mode de vie occidental".Laurent  Obertone déteste d'ailleurs le principe de "diversité" et envie la Norvège, la Finlande ou le Japon, des pays "homogènes" qui "se caractérisent par un chômage bas, un taux de pauvreté bas (…) et surtout une criminalité très basse"

Sans surprise, Laurent Obertone abhorre aussi le multiculturalisme, le droit-de-l'hommisme et l'antiracisme. Et déplore le fait qu'à ses yeux, la France attache plus d'importance aux agressions commises à l'encontre des musulmans ou des juifs qu'aux actes de violence contre des "Français de souche".

De quoi s'attirer le soutien des frontistes Marine Le Pen et Bruno Gollnisch, de sites d'extrême droite comme FdesoucheNovopress ou Riposte Laïque, ou des polémistes Eric Zemmour et Robert Ménard. Quant à la préface du livre, elle est signée par Xavier Raufer : cité à de multiples reprises dans l'ouvrage, ce criminologue a milité dans les mouvements d'extrême droite Occident et Ordre nouveau.

2Il n'a pas sa carte au FN, mais…

Comme Marine Le Pen, Laurent Obertone considère qu'en matière de sécurité, l'UMP et le PS appliquent peu ou prou les mêmes méthodes, et obtiennent les mêmes résultats. Nicolas Sarkozy ? Son bilan "est absolument désastreux. Il a très peu agi". Le PS ? "Il est aussi à l'aise avec la sécurité qu'un homard dans l'eau bouillante."

"Ni droite, ni gauche, je suis national !", explique-t-il sous pseudonyme en mai 2008, sur un blog repéré par Mediapart (article payant). Dans cette "lettre ouverte aux détracteurs invétérés de Jean-Marie Le Pen", il dénonce "la dénationalisation du pays""l'avilissement du peuple de France""l'immigration sauvage"

Est-il proche du Front national ? "Je n'ai pas d'engagement politique, associatif ou quel qu'il soit", assure-t-il sur France 2. Ce qui ne l'empêche pas de louer les qualités de Jean-Marie Le Pen, "un homme intelligent et cultivé quand on prend le temps de l'écouter", dit-il sur Rue89. En revanche, le FN version Marine ne lui plaît guère. "Le Front national de Marine Le Pen ne propose rien qui permette de sortir de la spirale à emmerdements, précise-t-il dans son livre. Hormis un discours cohérent sur la sécurité, l'immigration et l'espace Schengen, son programme relève du gauchisme social, l'origine de beaucoup de nos maux." 

3Il s'en prend aux journalistes, mais…

Alors, qui est Laurent Obertone ? Ce pseudonyme, il a commencé à l'utiliser en 2010, pour signer des articles sur le webmagazine Ring, dirigé par David Kersan. Un jeune éditeur que Le Nouvel Obs présentait récemment comme un "sulfureux Rastignac, sympathisant d'une extrême-droite farfelue".

Dans son premier sujet publié sur ce site, Laurent Obertone démonte le principe d'"égalité" entre les hommes et regrette que "la République" soit "une burqa idéale pour enfermer les dernières velléités nationalistes". Depuis, il a conservé cet alias et met en garde celles et ceux qui dévoileraient son véritable patronyme, disant redouter des menaces de mort contre lui et contre ses proches.

Sondages à l'appui, il déplore avec force le fait que "les journalistes sont quasiment tous de gauche" – y compris au Figaro. Et d'accuser ses confrères de "distiller une idéologie, suffisamment pour que plus personne n'ose s'y opposer". Conclusion : "Le journaliste français, c'est typiquement celui qui prétend en remontrer à la terre entière, oscillant toujours quelque part entre l'arrogance et la malhonnêteté." 

La couverture du livre "La France Orange mécanique", de Laurent Obertone.
La couverture du livre "La France Orange mécanique", de Laurent Obertone. (BASTIEN HUGUES / FRANCETV INFO)

Comme Marine Le Pen, Laurent Obertone considère que le journalisme est avant tout une caste, engluée dans la pensée unique et la bien-pensance, qui cache ou déforme la réalité. "Je milite pour une vérité que j'ai ressentie, et qui n'a pas du tout l'exposition médiatique qu'elle mérite", justifie-t-il sur France 2.

Laurent Obertone est pourtant sorti diplômé de l'Ecole de journalisme de Lille en 2009, une institution dans la profession. Fils d'agriculteur et originaire d'un petit village du Jura,  il passe par La Sambre, L'Observatoire du Valenciennois, Le Bonhomme Picard, La Semaine des Ardennes… Autant de titres au sein desquels il est abasourdi par les nombreux faits divers dont il a à traiter. Et qui le convainquent de démissionner pour se consacrer à un plus grand ouvrage : la rédaction de La France Orange mécanique