La scène se passe le 31 janvier à l'Elysée. Face à l'inquiétude croissante des députés et des sénateurs de la majorité, Nicolas Sarkozy tient à les rassurer : "Vous allez voir ce que vous allez voir !" Le chef de l'Etat et son entourage en sont persuadés : une tonitruante entrée en campagne va changer la donne dans les sondages. Et la courbe des intentions de vote au premier tour pour Nicolas Sarkozy va dépasser celle de François Hollande.

Déclaration de candidature, grands meetings, déplacements, interventions télévisées, premières grandes propositions... Un mois plus tard, le président est devenu candidat et tente jour après jour de regagner du terrain sur son principal adversaire. "Si, dans les deux semaines qui viennent, il n'a pas pris trois points, cela deviendra difficile", confiait dans Le Figaro du 13 février l'un de ses proches. 

"Pas d'évolution manifeste"

Deux semaines plus tard, justement, les sondeurs constatent bien un "frémissement" mais la "dynamique" reste faible. Si l'écart avec le candidat socialiste s'est légèrement resserré au premier tour, les courbes ne se sont pas encore croisées, et l'avance reste considérable pour François Hollande au second tour. Entre les enquêtes TNS-Sofres du 31 janvier et du 27 février, Nicolas Sarkozy n'a gagné que deux points au premier tour, et un seul au second. Evolution parfaitement identique entre l'enquête Ipsos du 6 février et celle du 28 février

"Il y a certes une progression en faveur de Nicolas Sarkozy, mais avec le booster médiatique et les différents ralliements qui sont intervenus, ce n'est pas une évolution manifeste", analyse le sondeur Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive. Autre signal inquiétant : selon un sondage BVA publié jeudi 1er mars, l'écart de crédibilité économique s'est légèrement accentué en faveur du candidat socialiste : en un mois, Nicolas Sarkozy perd trois points (à 35%), quand François Hollande n'en perd qu'un (à 54%).

Député du Nord et secrétaire national de l'UMP, Sébastien Huyghe a une tout autre vision des choses : "Oui, il y a une véritable dynamique, une vraie montée en puissance. L'écart s'est considérablement resserré. La campagne de Nicolas Sarkozy va crescendo alors que celle de François Hollande va decrescendo." Quant aux intentions de vote pour le second tour, largement défavorables au président sortant, Sébastien Huyghe préfère ne pas les regarder : "Elles n'ont pas de valeur tant que le premier tour n'a pas eu lieu." 

Un numéro d'équilibriste en vue

Jean-Daniel Lévy confirme d'ailleurs que "les chances de victoire de Nicolas Sarkozy ne sont pas compromises". Notamment parce qu'une importante partie des électeurs de François Bayrou et Marine Le Pen au premier tour ne savent pas encore pour qui ils voteront au second, comme le montre la dernière enquête Ipsos pour France Télévisions :

Dans les jours à venir, c'est donc un numéro d'équilibriste qui attend Nicolas Sarkozy. Pas de quoi faire peur à Sébastien Huyghe : pour lui, interpeller l'électorat centriste et l'électorat lepéniste n'est "absolument pas contradictoire". "A Montpellier mardi, Nicolas Sarkozy a parlé de l'importance de la famille dans l'éducation, de la morale à l'école... Des valeurs qui parlent aux électeurs centristes. Et samedi à Bordeaux, il parlera de la nation, des valeurs de la République, de ce que signifie être français..." Un discours patriotique qui résonne peut-être davantage aux oreilles des électeurs tentés par le vote FN.

Sébastien Huyghe en est en tout cas persuadé, "les courbes du premier tour vont se croiser d'ici à la semaine prochaine. On sera alors dans un tout autre univers !" Mercredi soir pourtant, dans le sondage quotidien mené par l'institut Ifop (format PDF), les intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy étaient en léger recul, au premier comme au second tour.