Salles de shoot : que font nos voisins européens ?

La ministre de la Santé a indiqué dimanche qu'elle espérait lancer en France, d'ici la fin de l'année, l'expérimentation des salles de consommation de drogue, déjà présentes dans plusieurs pays d'Europe.

En Europe, plus de 80 salles de consommation de drogue ont ouvert depuis 1986.
En Europe, plus de 80 salles de consommation de drogue ont ouvert depuis 1986. (CASTELLO FERBOS / PHOTONONSTOP / AFP)

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La première salle de shoot française devrait ouvrir à Paris au printemps  pour une expérimentation. Alors que les riverains s'inquiètent et que l'UMP s'insurge contre les "dangers" de ces lieux de consommations encadrées de drogues, francetv info s'est penché sur le fonctionnement de celles déjà existants. 

Ils sont environ 90 centres de ce type dans le monde, dont plus de 80 en Europe et s'inscrivent dans les politiques de "réduction des risques" pour les consommateurs, et de lutte contre les troubles à l'ordre public, précise l'Observatoire européen des drogues et addictions (lien en anglais). Et non dans une logique de lutte contre la toxicomanie.

Dans les villes concernées, l'objectif est atteint. Le nombre de morts par overdose a diminué et la transmission de virus comme le sida ou les hépatites ralentit, selon le dernier rapport (PDF en anglais) de l'ONG International drug policy consortium (IDPC), publié en juin 2012.

La Suisse, pionnière

C'est à Berne que la première salle de consommation à moindre risque a ouvert, en 1986. Depuis, douze autres centres ont ouvert et la Suisse fait office de modèle. Matériel stérilisé et personnel médical accompagnent les usagers de drogues dures. Dès le départ, le principe est simple : la consommation est autorisée, pas le trafic.

Contrairement aux affirmations de Bernard Debré, une seule salle de shoot a fermé, en 2011, à Bienne, dans le canton de Berne. Le Cactus, adossé à une "brasserie sociale", a cessé d'accueillir les toxicomanes. "La fermeture est due à une évolution dans les usages de la drogue", a expliqué Eric Moser, initiateur du projet, à la Tribune de Genève. Les cocaïnomanes ont peu à peu remplacé les héroïnomanes et la structure n'était plus adaptée.

C'est efficace ? Le résultat est spectaculaire. "Les décès par overdose ont été divisés par deux entre 1991 et 2009. Sur cette même période, on observe un recul de 80% de la mortalité due au sida chez les toxicomanes", écrit L'Express, qui cite des évaluations annuelles. Ce qui n'empêche pas le dispositif de faire l'objet de violentes critiques, concernant le trafic susceptible d'être organisé aux alentours des salles. Mais ces lieux, connus de tous, sont facilement surveillés par la police et le trafic rapidement stoppé.

L'Espagne, volontariste malgré la crise

Il y a sept centres de consommation de drogues en Espagne, dans quatre villes, dont Madrid et Barcelone. Ici, ce sont les restrictions budgétaires qui ont poussé, fin 2011, à la fermeture du Dispositif espagnol d'assistance à l'injection (Dave), ouvert depuis onze ans dans la banlieue de Madrid. Le Dave accueillait une centaine de drogués par jour. "Ce ne sont ni des doutes sur le service rendu, ni d'éventuelles altercations aux alentours qui sont en cause, mais bien la crise économique", analyse le quotidien économique La Vanguardia (article en espagnol). Le gouvernement local a amputé de 35% les aides de l'Etat destinées à la prise en charge des toxicomanes.

Ailleurs dans le pays, les adeptes de drogues dures, à condition d'être majeurs, peuvent toujours se rendre dans des salles de shoot, dont certaines sont mobiles, après avoir signé un contrat.

C'est efficace ? Grâce à ces centres spécialisés, le nombre de morts par overdose est passé de 1 833 en 1991 à 773 en 2008, selon l'IDPC.

L'Allemagne, stricte et efficace

Outre-Rhin, les premières salles de shoot ont ouvert en 1994, mais n'ont été légalement autorisées qu'en 2000. Le pays en compte désormais 26 dans 17 villes, avec une répartition très inégale sur son territoire. En effet, les politiques en matière de santé dépendent très largement des gouvernements des Länder. Berlin ne compte par exemple que deux centres mobiles, tandis que Francfort en a quatre et Hambourg cinq. 

La loi allemande est progressiste, mais plus stricte par exemple qu'aux Pays-Bas. Les salles de shoot sont toutes intégrées à des centres de réduction des risques, qui distribuaient déjà du matériel stérilisé. Les toxicomanes suivant un traitement de substitution, sous l'emprise de l'alcool où d'autres substances n'ont pas le droit d'entrer et l'âge minimum est de 16 ans.

C'est efficace ? Alors que les centres accueillent 80% d'accros à l'héroïne, dont la surconsommation peut être fatale, aucune mort par overdose n'a été enregistrée depuis 1994, d'après l'IDPC.

Les Pays-Bas, laxistes ?

Le pays des coffee-shops compte 37 salles de shoot, dans 25 villes. Chacune reçoit environ 24 usagers par jour, nettement moins que la moyenne européenne, établie autour de 90 toxicomanes. Les Pays-Bas sont l'un des rares Etats où ces centres sont ouverts aux fumeurs de cannabis, la plupart des pays les réservant aux usagers d'héroïne, de crack et de cocaïne. De même, un quart des centres autorisent la consommation d'alcool, prohibée dans la plupart des structures européennes.

Parfois considérée comme la plus laxiste d'Europe, la loi néerlandaise est fondée sur deux principes : la consommation de drogue relève du domaine de la santé publique, non de la criminalité, et les drogues sont divisées en deux catégories, dures et douces. 

C'est efficace ? Là aussi, malgré un apparent laxisme, l'objectif des centres est atteint. Le virus du sida, détecté chez 8,6% des consommateurs de drogues injectables en 1986, avait totalement disparu en 2000. Et seulement 94 décès liés à la drogue ont été enregistrés en 2010.

Le Danemark donne son feu vert

C'est le prochain sur la liste. Le parlement danois a autorisé, le 25 juin 2012, l'ouverture de centres de consommation de drogue, selon le Groupement romand d'étude des addictions. Après avoir envisagé d'obliger le personnel des salles de shoot à informer les autorités de l'identité des consommateurs, les parlementaires ont finalement fait marche arrière. Comme ailleurs, la police n'aura pas le droit de contrôler, ni de fouiller les personnes aux abords des centres.