Ceux qui en doutaient peuvent se rendre à l'évidence : oui, Nicolas Sarkozy pense à 2017 en se rasant. Depuis sa défaite à la présidentielle, l'ancien chef de l'Etat n'en finit pas de planer sur la vie politique, à coups d'interventions médiatiques plus ou moins assumées, plus ou moins orchestrées. Suffisamment ambiguës, en tout cas, pour susciter toutes sortes de commentaires et d'interprétations.

Dans ses bureaux parisiens de la rue de Miromesnil, Nicolas Sarkozy accueille un ballet de personnalités en tous genres : dirigeants étrangers, chefs d'entreprises, élus UMP, artistes, sportifs... "Et très peu de journalistes", assure l'un de ses proches. Les confidences de l'ancien chef de l'Etat quant à un éventuel retour en 2017, relatées dans un article à paraître jeudi 7 mars dans Valeurs actuelles, un magazine "ami", ne doivent donc rien au hasard. Décryptage.

Sarkozy "n'est pas un moine trappiste"

Pas question, pour Nicolas Sarkozy, d'apparaître comme l'égal d'un Jean-François Copé ou d'un François Fillon, qu'il n'a pas hésité à tacler discrètement – mais sévèrement – au plus fort de la crise interne à l'UMP. Pour s'élever au rang de sauveur éventuel de la droite, sa parole doit rester rare. "C'est le silence qui construit le mythe. Toute intervention publique parasiterait le message, il faut le laisser dans sa pureté cristalline", analysait l'un de ses proches cité par Le Figaro en octobre 2012.

Mais Nicolas Sarkozy a du mal à se tenir à cette ligne. Depuis un communiqué en août sur le conflit syrien (la seule intervention officielle, à ce jour, depuis sa défaite), le nom de l'ex-président revient régulièrement à la "une" des journaux. Qu'il le veuille ou non, ses faits et gestes sont scrutés à la loupe, ses confidences et ses pensées rapportées par des proches et distillées dans la presse. "Il n'a jamais fait vœu d'être moine trappiste", explique son amie Isabelle Balkany, qui ne voit dans la publication de l'article de Valeurs actuelles aucune stratégie politicienne.

Une opération impulsée par Patrick Buisson ?

Il n'empêche : en se confiant directement à un journaliste, Nicolas Sarkozy franchit une étape supplémentaire. L'opération de communication est trop importante pour ne pas apparaître comme savamment orchestrée. C'est d'ailleurs sur les conseils de "ses amis Patrick Buisson [son ancien conseiller officieux à l'Elysée, et ancien directeur de Valeurs actuelles] et Jean-Claude Dassier" qu'il se serait décidé à sortir de son silence, affirme France Info.

"Il se place en recours et exclusivement en recours, ce qui explique que cet entretien ne soit pas une interview classique. Il s'agit de propos rapportés entre guillemets. Il veut se garder d'intervenir comme si il était parmi d'autres personnalités politiques", explique sur France Info le président du comité éditorial de Valeurs actuelles, François d'Orcival.

Un message adressé à Fillon et Copé

Pourquoi ce changement de stratégie ? La publication de l'article de Valeurs actuelles intervient à un moment crucial à l'UMP dans la perspective de 2017. Elle coïncide avec la démonstration de force de François Fillon, la semaine dernière à la Mutualité. Là même où Nicolas Sarkozy avait prononcé, le 6 mai, son dernier discours. "Il n'y a plus ni préséance ni hiérarchie. La défaite présidentielle et législative nous remet tous à notre place", avait osé l'ex-Premier ministre. Une manière de vouloir tourner la page Sarkozy.

Tous les candidats potentiels pour 2017 sont-ils égaux devant Nicolas Sarkozy ? C'est en fait la question qui agite l'UMP en ce moment. Pour les proches de l'ancien chef de l'Etat, ce dernier devrait pouvoir, s'il le souhaite, solliciter le suffrage des Français sans passer par la case "primaires". Message transmis à la commission des statuts nouvellement mise en place au sein du parti, chargée notamment de rédiger les modalités de cette consultation. 

Avec cette intervention médiatique millimétrée, Nicolas Sarkozy administre une piqûre de rappel à ceux qui voudraient l'enterrer trop vite : il n'a pas l'envie de revenir, mais reviendra s'il s'y trouve obligé. De quoi, sans entrer complètement dans la bataille, affirmer un statut à part. Et entretenir la flamme auprès des sympathisants UMP, qui le plébiscitent pour être leur prochain candidat à la présidentielle. Selon un sondage Ifop pour Atlantico opportunément publié jeudi matin, Nicolas Sarkozy, préféré par 56% des personnes interrogées, écrase la concurrence. Qu'elle se nomme Fillon (17%), Juppé (9%), ou Copé (4%).