Comment s'opposer au gouvernement tout en approuvant l'un de ses textes phares ? C'est le jeu d'équilibriste auquel l'UMP est contraint de se livrer après la présentation par Michel Sapin, mercredi 6 mars, du projet de loi sur la sécurisation de l'emploi. Difficile, en effet, de critiquer un texte applaudi des deux mains et par le Medef et par la CFDT. Explications.

De nombreux élus UMP soutiennent le texte

Depuis la signature, le 11 janvier, de l'accord national interprofessionnel entre le patronat et trois syndicats, peu de voix critiques se sont élevées à l'UMP. Pour une bonne raison : la plupart des élus de droite approuvent le texte sur le fond. "Sur le papier, ce texte est assez équilibré", reconnaît l'ancien ministre du Travail Eric Woerth, interrogé par francetv info. Avant lui, son collègue député Benoist Apparu avait prévenu sur Public Sénat qu'il "le voterai[t] très probablement" lors de son examen à l'Assemblée nationale, début avril.

Le texte s'est même attiré les grâces de l'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie. "Il vaut mieux un accord, même s'il n'est pas parfait, qu'une absence d'accord ou une loi déséquilibrée", a-t-il déclaré au cours d'un débat organisé par Les Echos.

Ce ne sera pas la première fois que des élus UMP mêleront leurs voix à celles de la gauche depuis l'élection de François Hollande. Quinze députés UMP avaient voté en février pour la loi séparant les activités des banques. Une poignée d'entre eux avaient fait de même lors du vote de la loi sur les emplois d'avenir, en octobre, et des contrats de génération, en janvier. Mais cette fois, l'élan pourrait être massif. Benoist Apparu dit ainsi avoir "le sentiment qu'une bonne partie des parlementaires du groupe UMP va voter ce texte".

L'argument : "Ce texte ne doit pas grand-chose au gouvernement"

Dans un communiqué transmis mercredi, le président de l'UMP, Jean-François Copé, estime lui aussi que "cet accord est plutôt positif". Mais, comme la plupart de ses collègues, il met un bémol, estimant que le projet "ne va pas assez loin et n’est pas à la hauteur des enjeux économiques et sociaux auxquels est confronté notre pays".

Mais surtout, pour ne pas offrir une victoire symbolique à François Hollande, les élus UMP favorables contestent au gouvernement la paternité du texte. "Ce n'est pas un texte présenté par la gauche, mais un accord issu du dialogue social, souligne Eric Woerth. Et contrairement à ce qu'il veut faire croire, le gouvernement n'a pas réinventé le dialogue social."

Pour justifier son soutien (mesuré), Jean-François Copé cite la reprise, dans le projet de loi, du "bon principe des accords compétitivité-emploi, porté par Nicolas Sarkozy et la précédente majorité, avant d’être contesté par François Hollande et d’être remis à l’ordre du jour par les partenaires sociaux". En résumé : "Ce texte ne doit pas grand-chose au gouvernement." Plus facile, après avoir dit cela, de justifier son vote.

Le joker : "On ne votera pas si la gauche le dénature"

Autre élément de langage développé par les élus UMP pour ne pas apparaître comme des soutiens de la politique gouvernementale en matière d'emploi : la droite n'acceptera pas que les députés de gauche adoptent des amendements qui déséquilibrent le texte. "L'UMP sera extrêmement vigilante quant à la transposition fidèle de ce texte dans la loi. Le risque est réel que les parlementaires de gauche ne le dénaturent par idéologie", prévient ainsi Jean-François Copé.

La menace est surtout une manière de mettre la gauche face à ses contradictions. Les communistes, opposés au projet à l'instar des syndicats CGT et FO, voteront contre, tandis que l'aile gauche du PS promet de déposer des amendements durcissant le texte vis-à-vis des entreprises. "Cette aile gauche est assez puissante à l'Assemblée", appuie Eric Woerth.

Un vote à une très forte majorité à l'Assemblée nationale sur ce projet emblématique représenterait une victoire symbolique pour François Hollande sur le front du chômage. Mais pour l'heure, le gouvernement, davantage soucieux de préserver la cohésion de sa majorité, se garde bien de faire les yeux doux à l'UMP. Signe que l'embarras qui règne dans l'opposition peut vite changer de camp.