Paris : des habitants du 16e arrondissement se déchaînent contre un centre d'hébergement pour SDF

Des habitants de cet arrondissement huppé s'opposent à un projet de centre d'hébergement d'urgence en bordure du bois de Boulogne. Entre invectives et huées, une réunion publique a tourné au vinaigre lundi soir.

Des opposants à un projet de centre d'hébergement manifestent en marge d'une réunion publique à l'université Paris Dauphine, dans le 16e arrondissement de la capitale, le 14 mars 2016.
Des opposants à un projet de centre d'hébergement manifestent en marge d'une réunion publique à l'université Paris Dauphine, dans le 16e arrondissement de la capitale, le 14 mars 2016. (MAXPPP)

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L'idée ne plaît pas à tous les habitants du très chic 16e arrondissement de Paris. La présentation d'un projet de centre d'hébergement d'urgence en bordure du bois de Boulogne a tourné court, lundi 14 mars, à l'université Paris Dauphine, face à la vive hostilité des riverains venus en masse manifester leur opposition à sa construction.

Invectives et huées se sont multipliées dès les premières minutes de la réunion publique. L'architecte du centre d'hébergement, Guillaume Hannoun, s'est ainsi fait traiter de "menteur", et Sophie Brocas, la secrétaire générale de la préfecture d'Ile-de-France, de "salope".

Un projet du "diktat" socialiste

Porté par la mairie de Paris, le projet prévoit l'installation de six bâtiments modulaires. Il devrait permettre de loger, à partir de cet été et pour trois ans, jusqu'à 200 personnes, individus "isolés" ou "familles qui rencontrent des difficultés sociales importantes". Mais plus de 40 000 riverains ont déjà signé une pétition pour s'y opposer.

Le premier adversaire du projet n'est autre que le maire du 16e arrondissement. Sous les vivats de la salle, Claude Goasguen, élu des Républicains, a dénoncé le "diktat" de la mairie de Paris, qui ne l'aurait pas averti avant d'initier le projet. "Il y aura des manifestations, des recours devant les tribunaux", prévient-il.

Les gens du 16e sont réputés rester le cul dans leur fauteuil, à regarder la télé et manger du caviar, mais il défendent leurs intérêts comme les autres.

Claude Goasguen, maire du 16e arrondissement

Des habitants contre un "nouveau Sangatte"

Au bout de vingt minutes survoltées, des manifestants restés à l'extérieur ont envahi l'amphithéâtre au cri de "Hidalgo démission". Indigné, le président de l'université, Laurent Batsch, a alors ordonné d'évacuer la salle. "Je présente le débat, je me fais insulter, vous sortez maintenant !" a-t-il lancé, en se faisant au passage traiter de "collabo".

On a peur pour nos enfants.

Une opposante au projet

Les opposants évoquent fréquemment les conséquences environnementales du projet, mais beaucoup pensent que ce projet de centre d'accueil de SDF est un moyen déguisé d'héberger des migrants dans le bois de Boulogne. Et ce malgré les dénégations de la ville de Paris. Les pétitionnaires qualifient d'ailleurs le projet de "nouveau Sangatte", en référence au centre de la Croix-Rouge qui avait rassemblé jusqu'à 800 migrants à Calais, avant d'être fermé en 2002.

"C'est à nous, les riches, d'aider les pauvres"

Plusieurs habitants de l'arrondissement ont néanmoins fait le déplacement pour soutenir l'accueil des sans-abri. "C'est à nous, les riches, d'aider les pauvres, s'est offusqué un homme d'une cinquantaine d'années. Même ma femme dit qu'ils vont égorger nos enfants, c'est la même réaction chaque fois qu'on essaie de mettre en place des logements sociaux dans le 16e." Selon la mairie de Paris, le 16e arrondissement ne compte que huit places en hébergement d'urgence, sur un total de 9 700 dans la capitale.