Interdire les parachutes dorés et les retraites-chapeaux, encadrer plus strictement les rémunérations des hauts dirigeants... Autant de mesures qui figurent parmi les propositions avancées par Nicolas Sarkozy, mercredi 22 février sur le plateau de France 2. Et presque autant de mesures que le candidat de 2007, devenu chef de l'Etat, n'a cessé de marteler sans jamais les appliquer.

(FTVi / FRANCE 2)

• Parachutes dorés : toujours décriés, jamais interdits

"Si je suis élu président de la République, je ferai voter dès l'été 2007 une loi qui interdira la pratique détestable des golden parachutes ["parachutes dorés", indemnités de départ très élevées,], parce que c'est contraire aux valeurs qui sont les miennes." Voilà ce que déclarait Nicolas Sarkozy, le 19 avril 2007, lors d'une réunion publique à Marseille, trois jours avant le premier tour de l'élection présidentielle.



Non seulement la loi n'a pas été votée en 2007, mais elle ne l'a jamais été. En septembre 2008, en pleine crise financière mondiale, Nicolas Sarkozy est revenu sur le sujet à l'occasion de son grand discours de Toulon. La rémunération des dirigeants "doit être indexée sur les performances économiques réelles de l'entreprise. Ils ne doivent pas pouvoir prétendre à un parachute doré lorsqu'ils ont commis des fautes ou mis leur entreprise en difficulté", avait-il lancé. Mais, là non plus, aucune décision n'a été prise.

Si bien qu'en mars 2009, Thierry Morin, remercié de son poste de PDG de l'équipementier automobile français Valeo, a obtenu des indemnités de départ de 3,2 millions d'euros, malgré la mauvaise santé financière de son entreprise. Devant le scandale suscité par ce "parachute doré", le chef de l'Etat a une nouvelle fois réagi, en déplacement à Saint-Quentin (Aisne), comme le notait à l'époque Rue89 : "Il ne doit plus y avoir de parachutes dorés, il ne doit plus y avoir de bonus, de distribution d'actions gratuites ou de stock-options dans une entreprise qui reçoit une aide de l'Etat, qui met en œuvre un plan social d'ampleur ou qui recourt massivement au chômage partiel." Trois ans plus tard, les parachutes dorés ne sont toujours pas réglementés. Mais Nicolas Sarkozy propose une nouvelle fois de les interdire.

• Retraites-chapeaux : de la taxation à l'interdiction ?

Les retraites dites "chapeaux" sont des retraites complémentaires, d’un montant élevé, allouées à certains dirigeants d’entreprise en récompense de leurs services éminents et financées intégralement par l'entreprise, exonérée de cotisations sociales et de contribution sociale généralisée. Nicolas Sarkozy ne s'était pas explicitement prononcé, par le passé, pour leur interdiction. Mais il en a régulièrement critiqué les abus. En avril 2009, le gouvernement a publié un décret les interdisant pour les dirigeants d'entreprises aidées par l'Etat, en raison de la crise. Mais cette mesure n'était que temporaire : elle a pris fin le 31 décembre 2010. Depuis, les retraites-chapeaux sont redevenues légales.

Durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, leur fiscalité a toutefois été alourdie, comme l'a rappelé le candidat sur France 2. Depuis le 1er janvier 2012, elles sont taxées à 7%, 14% ou 21% selon leur montant, en plus d'être comptabilisées dans le calcul de l'impôt sur le revenu. Elles n'étaient taxées que de 6% ou 12% avant son arrivée au pouvoir.

• Rémunération des hauts dirigeants : Sarkozy se répète

Sur ce point, Nicolas Sarkozy a fait mercredi soir des propositions déjà formulées avant son accession à l'Elysée. "Dorénavant, les rémunérations des plus hauts dirigeants devront être votées non pas par le conseil d'administration, où en général il y a beaucoup d'amis, mais par l'assemblée générale des actionnaires. (Elles) devront être publiées dans les documents légaux que doit publier l'entreprise", a-t-il dit sur France 2. Il propose aussi qu'un représentant des salariés siège au sein du comité fixant ces rémunérations.

Or, le 22 juin 2006, lors d'un discours à Agen, le futur président avait déclaré : "La moindre des choses, c’est que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent, la rémunération de chaque dirigeant ne soit pas secrètement fixée dans le huis-clos du conseil d’administration mais publiquement approuvée pour chacun d’entre eux par l’assemblée générale des actionnaires, et, bien sûr, publiée nominativement dans le rapport annuel."

Avec ces propositions, Nicolas Sarkozy tente de chasser les électorats de François Bayrou et de Marine Le Pen, deux candidats qui critiquent régulièrement retraites-chapeaux et autres parachutes dorés. Deux candidats auprès desquels le président sortant peut encore espérer récupérer des voix à son profit.