Un Calaisien dégaine un fusil face à des migrants : "J'ai voulu les faire reculer"

Francetv info est allé à la rencontre d'une famille de Calaisiens pris au cœur d'une altercation lors de la manifestation pro-migrants, samedi, à Calais.

Le père de famille de dos, lundi 25 janvier, dans sa cour devant sa maison, lieu de l'altercation avec les manifestant pro-migrants.
Le père de famille de dos, lundi 25 janvier, dans sa cour devant sa maison, lieu de l'altercation avec les manifestant pro-migrants. (CLEMENT PARROT / FRANCETV INFO)

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Depuis deux jours, la petite cour de la famille Lambert* s'est transformée en agora de village où voisins, amis et journalistes viennent évoquer les événements du samedi 23 janvier. Ce jour-là, alors qu'une manifestation en faveur des migrants anime les rues de Calais, la famille Lambert se retrouve au cœur d'une violente altercation avec les manifestants. Lors de cette bataille rangée, filmée par des journalistes, le fils de la famille sort une arme – factice – de sa maison. Francetv info a voulu interroger cette famille calaisienne.

"On a eu peur qu'ils cassent tout"

Au mot interview, le père de famille se raidit. Depuis deux jours, il se répète en boucle. Il vient d'ailleurs de terminer une conversation téléphonique avec un journaliste. "J'aurais préféré éviter tout ça, j'aurais préféré que les migrants passent leur chemin", commence-t-il avec lassitude. Mais la nervosité reprend le dessus à l'évocation des événements de samedi. "Je suis revenu d'un tour en scooter et j'entends gueuler dehors. Je vois alors une manifestation, mais je rentre chez moi. Là, le gamin me dit : 'Ils arrivent'.  Je réponds 'Je sais'. Mais il me dit : 'Non, mais ils arrivent sur nous'."

"Je sors avec mon téléphone pour appeler la police, mais la police était là", continue le Calaisien. "Et là, d'un coup, les 'antifas' [les militants d'extrême gauche antifascistes] ont poussé les réfugiés vers ma clôture." Il s'agit du début des violences, selon le père de famille : "Je voulais parler avec eux donc je suis sorti sur le trottoir, mais ça a commencé à jeter des briques, des pneus, à s'engueuler. J'ai pris des briques dans la figure et le corps, un bout de bâton en bois sur le bras." L'homme n'est pas allé consulter, car il se dit robuste, mais avoue s'être fait une frayeur : "On a eu peur qu'ils cassent tout donc on est rentré un peu."

Quelques heures en garde à vue pour le père

Mais pourquoi le fils de la famille a-t-il sorti une carabine comme le montrent les images ? "Le gamin a sorti le fusil pour leur faire peur", explique son père. "J'ai voulu les faire reculer", confirme l'intéressé. "J'étais à la barrière avec mon père et ils ont commencé à passer au-dessus des poubelles et de la clôture." Un geste qui lui a valu d'être interrogé au poste de police, pendant que son père passait quelques heures en garde à vue. Une arrestation qui suscite l'indignation des amis présents dans la cour.

Les deux hommes assurent que l'arme n'était pas chargée et qu'il s'agissait d'une carabine à air comprimé, "un truc à billes airsoft". Ils ne regrettent pas leur geste, estimant qu'ils se trouvaient en état de légitime défense. "On n'a fait ni provocation, ni insulte", jure le père. Comment expliquer alors l'animosité des manifestants ? "Ils ont peut-être reconnu qu'on était tout le temps aux manifestations des Calaisiens en colère et tout ça", s'interroge le père. Les Calaisiens en colère sont un collectif d'habitants, officiellement apolitique mais dont certains membres se revendiquent de l'extrême droite. "Pour moi, la solution, c'est qu'ils s'en aillent ou au pire qu'ils restent dans la 'jungle'. Ils ont des aides de tous les côtés, ils ont le droit à plus que nous", s'agace finalement le père.

"J'ai des copains arabes, je ne suis pas raciste"

Mais la famille Lambert se défend de tout extrémisme. "C'est des conneries, tout ça. La politique, je m'en fous. De toute façon, ils sont tous pareils", lâche le fils. "J'ai des copains arabes, hein, je ne suis pas raciste. J'ai même fait partie d'une association qui redistribuait du pain à Sangatte [ancien centre d'accueil pour les réfugiés, détruit en 2002]", se défend de son côté le père. "Mais le problème, c'est les 'antifas'. C'est eux qui poussent les réfugiés à foutre le bordel... Ceux de Sangate, on ne les entendait pas."

Mais cette image de simples Calaisiens victimes de la violence migratoire cache-t-elle une autre réalité ? La famille Lambert serait connue pour ses accointances avec des mouvements d'extrême droite, affirme ce blog tenu par des militants antifascistes. Le leader d'un groupuscule d'extrême droite nommé "Sauvons Calais" a d'ailleurs apporté son soutien à la famille sur sa page Facebook.

[Mise à jour, jeudi 28 janvier. Le jeune Calaisien, qui a pointé un fusil sur les manifestants, sera finalement poursuivi, indique mercredi La Voix Du Nord. L'arme factice présentée dans un premier temps aux enquêteurs n'était visiblement pas la bonne. L’arme brandie serait finalement un fusil de chasse non déclaré en préfecture.]

* Le nom de la famille a été modifié.

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(MATTHIEU BOISSEAU - DOMINIQUE MASSE / FRANCETV INFO)