Calais : la nuit, les grenades lacrymogènes de la police pleuvent sur la "jungle"

Depuis quelques jours, les affrontements sont de plus en plus tendus entre la police et les candidats au passage clandestin vers l'Angleterre.

Capture d'écran de la vidéo mise en ligne par le collectif Calais Migrant Solidarity, créé par le groupe No Border.
Capture d'écran de la vidéo mise en ligne par le collectif Calais Migrant Solidarity, créé par le groupe No Border. (CALAIS MIGRANT SOLIDARITY / YOUTUBE)
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France Télévisions

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Des fusées éclairent le ciel sombre de Calais. En retombant, les grenades laissent échapper leur gaz lacrymogène entre les baraques de fortune. Ce genre de scènes, les migrants vivant dans la "jungle" de Calais y sont habitués. Mais depuis quelques jours, les affrontements sont de plus en plus tendus entre la police et les candidats au passage clandestin vers l'Angleterre.

Sur une vidéo diffusée par le collectif, Calais Migrant Solidarity, créé par le groupe anticapitaliste et anti-frontières No Border, on voit clairement les munitions des forces de l'ordre s'abattre sur le camp de migrants le plus célèbre de France. De jeunes gens, la tête recouverte, tentent d'éviter les grenades. Et parfois, de les renvoyer en direction de la police. Les images ont été tournées dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 janvier, ainsi que la nuit suivante.

"C'est la vie quotidienne à Calais"

Sur son site internet, le collectif détaille le contexte dans lequel ces affrontements ont éclaté. "Le 6 janvier, à minuit, des réfugiés ont créé un embouteillage sur la rocade grâce à des barres de métal", espérant ainsi monter à l'arrière des camions, explique le collectif. A la suite de cette action, les policiers ont, selon la même source, lancé "un grand nombre de grenades lacrymogènes (...) en bombardant des zones éloignées du camp ainsi que l’entrée de la jungle, où des personnes étaient rassemblées". "La volonté d'une punition collective est évidente", souligne le texte.

Après avoir vu les images, Christian Salomé, président de l'association L'Auberge des migrants, remarque que ce type de situation "n'a rien d'exceptionnel" : "Cela arrive souvent. Ça fait plusieurs mois que des femmes et des enfants se plaignent de respirer des gaz lacrymogènes. Malheureusement, c'est la vie quotidienne à Calais", affirme-t-il, interrogé par francetv info.

A notre demande, la préfète du Pas-de-Calais a accepté de commenter ces images. Elle insiste sur la nécessité de "regarder les choses des deux côtés". "Tous les jours, des CRS sont [légèrement] blessés à cause de jets de pierres", déplore Fabienne Buccio, "alors que leur mission est de protéger les usagers de la route, mais aussi les migrants" en les empêchant d'atteindre la rocade où circulent les camions qui rejoignent le tunnel sous la Manche ou le port.

Eloigner les migrants de la rocade

"L'endroit où ont été tournées ces images ne se trouve pas du tout au milieu du camp, mais à l'une de ses entrées. Environ 500 migrants, sous diverses influences, se sont installés ici, alors que le reste du camp [qui en compte 4 000 au total] se trouve à plusieurs centaines de mètres", explique la préfète. Jugeant cette situation "dangereuse", elle a demandé ce vendredi aux associations de faire en sorte que le campement s'éloigne d'une centaine de mètres de la rocade. Et promet même que les migrants présents dans cette partie de la "jungle" seront prioritaires pour intégrer le centre d'accueil de 1 500 places qui ouvrira ses portes lundi.

Pour le directeur des opérations en France de Médecins du monde, Jean-François Corty, ces incidents entre migrants et policiers sont le signe de l'échec des pouvoirs publics à gérer la problématique des migrants. "Ils veulent partir et tout ce qu'on leur propose, c'est de rester là, à vivre dans des conditions inacceptables, dans un cocktail de violence et d'insalubrité, observe-t-il. Inévitablement, ça se règle à coups de lacrymogènes."