A Calais, les migrants de la "jungle" attendent l'évacuation en continuant de rêver du Royaume-Uni

La préfecture du Pas-de-Calais maintient qu'il n'y aura pas d'évacuation forcée de la jungle. En attendant, elle encourage les migrants à rejoindre des centres d'accueil.

Un migrant dans la "jungle" de Calais, le 23 février 2016.
Un migrant dans la "jungle" de Calais, le 23 février 2016. (MAXPPP)
Envoyée spéciale à Calais,France Télévisions

Mis à jour le
publié le

Farhad attend assis sur une chaise, bonnet vissé jusqu'aux sourcils. Comme lui, dans ce grand conteneur transformé en salle commune, six autres jeunes hommes patientent. Tous sont Afghans. Ils habitaient jusqu'ici dans la "jungle" de Calais, un vaste bidonville boueux et insalubre, installé non loin du port de Calais et de l'entrée du tunnel sous la Manche, et où séjournent actuellement entre 3 000 et 4 000 migrants. Ce soir, les sept jeunes hommes espèrent dormir au chaud, dans un vrai lit, et non plus dans un abri de fortune exposé aux vents et à la pluie.

Mais pour ça, Farhad, 18 ans, doit d'abord obtenir une place dans le Centre d'accueil provisoire (CAP). Financé par l'Etat, il se dresse depuis janvier à deux pas des centaines de tentes montées par les migrants dans la jungle. Entre les deux camps, un simple grillage. "J'ai des amis qui vivent au centre depuis quelques jours, raconte Farhad, le survêtement maculé de boue. Ils m'ont dit qu'ici, ce serait un peu mieux que dans la jungle, alors j'ai décidé de venir. Je pense que je serai un peu plus en sécurité."

"Ce n'est pas humain de vivre dans ces conditions"

Mais il ne reste plus que 220 places libres dans les grands conteneurs blancs aménagés du CAP. Depuis l'annonce de l'évacuation imminente de la moitié sud de la jungle par les forces de l'ordre, près de 300 migrants ont déjà choisi de rejoindre ces petits appartements. L'évacuation, elle, est pour l'instant suspendue à une décision du tribunal administratif de Lille, attendue mercredi 24 ou jeudi 25 février.

Voir la vidéo
FRANCE 3

La plupart des migrants ne sont toutefois "pas inquiets", selon Christian Salomé, de l'association l'Auberge des migrants. "Ils ont déjà dû fuir leur pays, en laissant leur famille, rappelle-t-il. Alors s'ils doivent reprendre leur sac à dos et repartir sur les routes, ils le feront. Mais à moins qu'on les force à bouger, ils resteront dans la jungle."

Farhad, lui, a déjà passé deux mois dans le froid et la boue du camp de migrants. "Evacuer la jungle, d'un côté, c'est une bonne chose : ce n'est pas humain de vivre dans ces conditions, reconnaît-il. Mais on ne sait pas où on va nous emmener."

Nous, ce que nous voulons, c'est rester ici et essayer de monter dans un camion pour rejoindre le Royaume-Uni.

Farhad, migrant afghan

à francetv info

Le Royaume-Uni, "un pays riche, où l'on peut trouver du travail"

Comme beaucoup d'autres migrants de la jungle, le jeune Afghan essaye chaque jour de passer la frontière, sauf ces dernières 48 heures. "J'étais trop fatigué, avec l'hiver", explique Farhad en serrant les mains. Sur les lits superposés du CAP, il pourra récupérer un peu. Avant de recommencer, inlassablement, de tenter de traverser la Manche. "Je me donne un an pour y arriver, sourit-il, plein d'espoir. Après, j'essaierai d'aller dans un autre pays de l'Europe."

La France ? Farhad refuse d'y rester. "Si je voulais vivre ici, je ne serais pas dans la jungle depuis deux mois ! Je serais déjà à Paris ou dans un centre [d'accueil et d'orientation] ailleurs en France, en train de faire une demande d'asile." 

La vie en France est trop difficile. Les Français ne veulent pas de nous

Farhad, migrant afghan

à francetv info

Comme beaucoup de jeunes, Farhad concentre donc tous ses espoirs sur le Royaume-Uni, "un pays riche, où l'on peut trouver du travail". "D'ailleurs dans la jungle, presque tous les bénévoles sont britanniques", remarque-t-il.

Des migrants dans la "jungle" de Calais, le 23 février 2016.
Des migrants dans la "jungle" de Calais, le 23 février 2016. (MAXPPP)

La petite file de migrants qui doit passer à l'accueil administratif du CAP avance un peu. Chacun doit se présenter, puis écouter le règlement du centre, traduit dans sa langue d'origine. Une fois le règlement signé, leur empreinte est enregistrée au poste de sécurité. Elle leur permettra, avec un code, d'entrer et sortir du CAP comme bon leur semble.

Avec une mise en garde, toutefois : si un migrant quitte le centre pendant plus de 48 heures, sans donner de nouvelles, son empreinte sera supprimée du fichier et sa place allouée à quelqu'un d'autre. Farhad, lui, ne désespère pas de se retrouver dans cette situation un jour. Mais seulement si cela signifie qu'il est enfin arrivé au Royaume-Uni, caché dans un poids lourd.