Un an après les faits, l'affaire du meurtre d'une jeune joggeuse de 17 ans, Marie-Jeanne, connaît des suites vendredi 8 juin : le principal suspect a mis en examen pour "homicide volontaire" et écroué à la prison du Pontet, près d'Avignon (Vaucluse). Selon une source proche du dossier, le jeune homme reconnaît sa responsabilité dans le meurtre, a révélé France Bleu Drôme Ardèche.

Ce marginal de 20 ans, Anthony Draoui, avait été interpellé en Espagne jeudi soir puis conduit en France.

• Qu'a dit le suspect aux enquêteurs ?  

Selon France Bleu Drôme Ardèche, le suspect a reconnu vendredi soir avoir vécu pendant un mois sur la colline où Marie-Jeanne a été tuée. "Le soir des faits, il n'avait pas mangé depuis longtemps", poursuit l'article, indiquant "qu'il était dans un état second". Refusant d'évoquer l'agression, qu'il a qualifiée de "quelque chose de trop douloureux pour lui", il a indiqué être revenu passer quelques jours en Ardèche cette semaine pour tenter de renouer avec des proches, poursuit France Bleu. Il a été interpellé au moment où il repartait à Barcelone, où il vivait dans la rue depuis un an.

• Comment le suspect a-t-il été arrêté ? 

"[Anthony Draoui] a été contrôlé dans le train France-Espagne où il se faisait passer pour un Russe", selon une source judiciaire. Mais "les Espagnols ont eu un doute, comme il ne parlait pas russe", a-t-elle ajouté. Ils l'ont alors remis aux forces de l'ordre françaises qui l'ont conduit vendredi matin à la gendarmerie de Cerbère (Pyrénées-Orientales). 

• Que s'est-il passé en juin 2011 ?

Le corps d'une jeune fille de 17 ans partie faire son jogging avait été retrouvé carbonisé à Tournon-sur-Rhône, en Ardèche, le 21 juin 2011. Le jour même, un jeune marginal de 19 ans, Anthony Draoui, avait été arrêté dans la Drôme après avoir agressé une coiffeuse de Saint-Rambert-d'Albon (Drôme), puis relâché à l'issue de sa garde à vue.

Or, il était considéré comme un "témoin important" dans l'enquête sur la mort de la joggeuse, son ADN ayant été relevé sur les lunettes de la lycéenne, retrouvées à proximité du corps. Quand la correspondance de son ADN avec celui retrouvé sur la scène du crime avait été connue, le garçon s'était volatilisé. Il était en fait reparti à Barcelone, "où il vivait dans la rue depuis un an", selon France Bleu Drôme Ardèche.

• Que sait-on du suspect ?

Le principal suspect de l'affaire a grandi dans une famille instable, avec un père absent et une mère toxicomane, selon Le Parisienqui a dressé son portrait en septembre 2011. Très tôt, il est suivi par un juge pour enfants. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir affaire à la justice à plusieurs reprises pour des faits de violences, indique le journal. Les enquêteurs le décrivent d'ailleurs comme "incontrôlable, dangereux, violent et impulsif".

En 2007, il prend pour cible un handicapé et lui vole 80% de sa pension. "Il m'a mis un couteau sous la gorge, a menacé de m'étouffer avec un sac plastique, confie la victime au Parisien, ajoutant que le jeune homme "portait tout le temps de grands couteaux le long de sa jambe".

• Pourquoi fuyait-il l'Espagne au moment de son arrestation ?

Selon Le Parisien, le suspect avait déjà été interpellé en mars dernier, à Barcelone, par la police espagnole. Sans papiers, il s’était alors déjà fait passer pour un ressortissant russe, et avait reçu un avis d’expulsion. 

• Quel résultat après une année d'enquête ? 

Pour le père de la victime, Jean-Philippe Meyer, le manque d'avancées dans la recherche du suspect était insupportable, rapporte Le Figaro. Il "menait sa propre investigation quitte à prendre des risques, raconte le quotidien. Il a ainsi rencontré la mère du suspect, qui a ensuite porté plainte contre lui. Il a fréquenté le milieu des marginaux pour obtenir des renseignements sur la possible localisation de Draoui."  Lundi, le père de Marie-Jeanne avait promis, dans Le Parisien (article payant), "un coup d'éclat" à l'occasion du premier anniversaire de la disparition de sa fille. 

A Tournon-sur-Rhône, l'arrestation d'Anthony Draoui a été accueillie comme un "soulagement", selon le maire de la commune, Frédéric Sausset. "Symboliquement, quand on est sur une date anniversaire d'un évènement aussi tragique, on peut espérer que cette affaire va être maintenant explicitée, et jugée. On va pouvoir savoir", a-t-il réagi.