Les "services chargés du déneigement ont été pris au dépourvu", a expliqué le Premier ministre François Fillon, en déplacement à Moscou.

Ségolène Royal a réclamé vendredi des "excuses publiques" de François Fillon pour sa mise en cause de Météo France. "Ce n'est pas une pagaille à laquelle nous avons assisté c'est un chaos", a-t-elle déclaré sur RMC

Si elle était à la tête de l'Etat, Ségolène Royal "demanderait au Premier ministre des excuses publiques pour avoir négligé ses responsabilités et pour avoir fait des déclarations faisant porter la responsabilité de son incompétence à des services publics".

"N'être même pas revenu de Moscou pour s'occuper des Français qui souffrent, c'est le contraire de l'idée que je me fais de la responsabilité politique", a fait valoir la candidate à la candidature présidentielle du PS.

Le gouvernement s'est défendu jeudi d'avoir mal géré la situation provoquée par les chutes de neige qui ont paralysé Paris et l'Ile-de-France mercredi en fin de journée, jusqu'au lendemain matin.

"Météo France n'avait pas prévu cet épisode neigeux, en tout cas pas son intensité puisque les prévisions étaient de trois centimètres et qu'il est tombé, je crois, 12 centimètres sur Paris même, et 20 centimètres sur certaines régions de la
banlieue", a déclaré François Fillon à Moscou lors d'une conférence de presse.

"Nous ne ferons pas de commentaires", a déclaré une porte-parole de Météo France. De son côté, le premier syndicat de l'organisme, le SPASMET, a vivement réagi: "Météo France a fait son travail comme pour la tempête Xynthia, comme pour les évènements du Vaucluse cet été. Et chaque fois, c'est bien facile de taper sur Météo France". Dès mardi après-midi, la société publique avait diffusé une alerte orange pour l'Ile-de-France, valable jusqu'à 22h00 mercredi, prévenant que les chutes de neige pourraient atteindre "une dizaine de centimètres".

Le secrétaire d'Etat aux Transports parle d'une crise "bien légère"
Thierry Mariani, a estimé vendredi sur Europe 1 que la crise provoquée par les intempéries en Ile-de-France avait été une crise "pardonnez-moi, bien légère".
"La météo avait bien prévu ces chutes de neige, simplement l'intensité de ces chutes de neige a été supérieure à ce qui avait été annoncé", a t-il détaillé, ajoutant : "ce n'est pas un détail quand vous avez 7 cm de neige ou 12 cm de neige qui tombent, le volume est complément différent".

"Météo France a fait son travail, la chronologie était correctement prévue, mais l'intensité était différente", a-t-il jugé.

M. Mariani a redit qu'il réunissait vendredi à son ministère les principaux acteurs de cette crise "afin de comprendre comment on en est arrivé là" et "pour en tirer les enseignements", avant d'ajouter : "il y a des moments où l'Etat ne peut pas tout faire".

"Il faut dire à nos concitoyens que par moments la nature est la plus forte et que les services de l'Etat, malgré leur bonne volonté, quand il tombe une quantité importante de neige, il y a un moment où effectivement, c'est difficile", avait déjà déclaré le secrétaire d'Etat Mariani de Moscou où il accompagnait le Premier ministre jeudi.

Comme on lui demandait pourquoi ne pas avoir renoncé au voyage en Russie en constatant l'ampleur des chutes de neige mercredi à la mi-journée à Paris, il a affirmé : "c'est très difficile de descendre d'un avion quand il est sur le tarmac". Prévu vers 13h00, le décollage de l'avion gouvernemental vers Moscou avait été retardé de plus de trois heures à cause des intempéries.

De nombreux automobilistes et routiers, coincés pendant des heures mercredi et jeudi, ont dénoncé un défaut ou une insuffisance de salage, l'absence d'information et d'assistance.

Polémique
La polémique porte notamment sur la gestion du déneigement des routes et sur l'éventuel manque d'anticipation des pouvoirs publics après la diffusion des alertes météo. Force Ouvrière a imputé ce "beau gâchis" au "démantèlement des services de l'Etat". La CGT-Equipement a fustigé une "réduction continue et massive des effectifs et des moyens des services publics de l'Equipement".

Après avoir jugé "impossible" mercredi à 16h30 que des milliers de personnes puissent se retrouver bloquées par la neige et réfuté le terme de "pagaille", le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux avait nié jeudi matin avoir minimisé les difficultés. Il a souligné que les 11 cm de neige tombés la veille étaient un "phénomène majeur", pas vu en Ile-de France "depuis 23 ans".

Selon Brice Hortefeux, environ un millier d'automobilistes, bloqués par la neige, ont passé la nuit dans leur voiture, dont 400 sur la seule N118. "Rien à voir avec les 60.000" immobilisés en janvier 2003 sur l'A10 au péage de Saint-Arnoult (Yvelines), a-t-il assuré.

Reste que l'Ile-de-France a vécu le pire scénario depuis cette nuit du 4 au 5 janvier 2003. Le gouvernement assure que le dispositif d'hébergement déployé par les pouvoirs publics a permis d'accueillir environ 3300 personnes. Cependant, la mairie de Vélizy (Yvelines) a fait état de 7000 à 8000 personnes hébergées en urgence sur cette seule commune. Des milliers d'autres ont dormi sur leur lieu de travail - jusqu'à 2800 au Technocentre Renault de Guyancourt (Yvelines).

De nombreux automobilistes et routiers ont dénoncé un défaut ou une insuffisance de salage ou encore l'absence d'information. "Lorsque Hortefeux déclare à16h30 qu'il n'y a pas de pagaille, c'est faux. (...) Je me suis retrouvé bloqué sur l'A86 vers 15h30", témoigne Didier, qui a mis 14 heures pour faire 21 kilomètres.

FO : "Qui casse le service public engendre la pagaille"
"Qui casse le service public engendre la pagaille", déclare FO dans un communiqué dénonçant la "restructuration continuelle" du ministère chargé des Transports et de l'Energie.

Pour la fédération de l'Equipement du syndicat, le démantèlement des anciens services de l'Etat en Ile-de-France et "le placement de la sécurité routière sous la tutelle du ministre de l'Intérieur est un beau gâchis". La CGT-Equipement dénonce elle aussi une "réduction continue" des effectifs et des moyens des services publics de l'Equipement. Dans un communiqué, le syndicat souligne "l'incapacité d'intervention" des services de déneigement et la "mobilisation illusoire" de 5000 gendarmes et policiers par le ministre de l'Intérieur.

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