Alors que la campagne des législatives s'achève vendredi 15 juin à minuit, FTVi se penche sur les enjeux du second tour de l'élection. Et répond aux dix questions-clés du scrutin.

1. Le PS aura-t-il la majorité absolue ?

Au vu des résultats du premier tour, une victoire de la gauche aux législatives semble quasi certaine. La gauche parlementaire (PS, PRG, MRC, EELV et Front de gauche) a recueilli 46,7% des voix, quand la droite parlementaire n'a obtenu que 34,6% des suffrages.

Toute la question est désormais de savoir combien de sièges comptera le groupe socialiste dimanche soir. Rue de Solférino, l'objectif est d'en obtenir au moins 289, afin de bénéficier d'une majorité absolue. Les socialistes n'auraient alors pas besoin du soutien des écologistes et des communistes pour faire adopter leurs lois, et auraient les mains totalement libres pour gouverner. La partie semble jouable : selon une projection de l'institut Ifop (PDF) publiée jeudi, le PS devrait obtenir entre 298 et 331 sièges.

2. Quel sera le poids des écologistes et des communistes ?

Question directement liée à la précédente : celle du nombre de sièges qu'obtiendra Europe Ecologie - Les Verts d'une part, et le Front de gauche de l'autre. Si la tendance du premier tour se confirme, l'équilibre entre ces deux partis pourrait bien s'inverser : pour la première fois, les écologistes pourraient avoir suffisamment de députés pour former un groupe autonome (avec les avantages que cela implique : temps de parole, secrétariat de groupe...) ; à l'inverse, les communistes pourraient, pour la première fois également, ne pas être suffisamment nombreux et se retrouver isolés à la gauche de l'hémicycle.

3. Le FN aura-t-il des députés ?

Autre enjeu majeur de ce second tour : le retour ou non du Front national au Palais Bourbon, pour la première fois depuis 1988. Dimanche, le FN aura 59 candidats, dont 28 dans des triangulaires. Les principaux espoirs se nomment Marine Le Pen (Pas-de-Calais), Gilbert Collard (Gard), Marion Maréchal-Le Pen (Vaucluse), Florian Philippot (Moselle) et Valérie Laupies (Bouches-du-Rhône).

Pour le FN, ces législatives représentent toutefois déjà un succès dans la mesure où elles ont permis, selon les mots de Marine Le Pen dans Le Télégramme, de faire "imploser le mur anti-FN" qui prévalait jusqu'à présent à l'UMP. Car la séquence électorale qui s'achève a révélé qu'entre les deux partis, la frontière était bel et bien de plus en plus poreuse.

4. L'UMP arrivera-t-elle à imposer une improbable cohabitation ?

L'autre enjeu principal à droite concerne évidemment l'UMP. Bien que la droite parlementaire ait réalisé dimanche son plus faible score sous la Ve République à un premier tour d'élections législatives, le patron de l'UMP, Jean-François Copé, veut croire que "tout reste possible" pour le second tour. Quelques cadres du parti espèrent notamment que "l'affaire du tweet" de Valérie Trierweiler au sujet de Ségolène Royal aura une influence sur l'élection. Selon deux sources UMP différentes, citées par des journalistes du Parisien et de Libération, l'incident pourrait coûtait 20 à 30 sièges au PS.

5. Ségolène Royal sera-t-elle battue à La Rochelle ?

Ségolène Royal, justement, pourrait bien perdre sa bataille de La Rochelle et, du même coup, celle de la présidence de l'Assemblée qu'elle espère décrocher. Imposée par le PS dans la première circonscription de Charente-Maritime, elle doit faire face à la résistance d'Olivier Falorni, dissident socialiste arrivé deuxième au premier tour, aujourd'hui soutenu... par une partie de l'UMP ! Résultat : selon un sondage Ifop, Falorni l'emporterait avec 58%.

Un tel résultat constituerait un violent revers pour l'ancienne candidate PS à la présidentielle, déjà très affectée en octobre par sa très nette défaite à la primaire socialiste.

6. François Bayrou va-t-il parvenir à conserver son siège ?

Autre cas individuel, qui fera l'objet d'une attention toute particulière dimanche soir : celui de François Bayrou, qui risque fort de perdre son siège acquis à Pau (Pyrénées-Atlantiques) en 1988. Au premier tour, le député centriste a recueilli seulement 23,63% des voix, soit 11 points de moins que la candidate socialiste Nathalie Chabanne (34,9%), et à peine plus que l'UMP Eric Saubatte (21,72%). Ce dernier ayant décidé de se maintenir, en raison du soutien apporté par François Bayrou à François Hollande dans l'entre-deux tours de la présidentielle, on voit mal comment le président du MoDem pourrait sortir vainqueur de cette triangulaire meurtrière.

7. Fillon, Copé, Bertrand, NKM... Quels scores pour les ténors de l'UMP ?

A droite, outre le nombre de sièges que l'UMP et ses alliés obtiendront dimanche soir, le second tour revêt un enjeu particulier pour plusieurs ténors de la majorité, dont les ambitions personnelles pour la présidence du parti en fin d'année et surtout pour la présidence de la République en 2017 sont de notoriété publique.

Si François Fillon n'a pas réussi à s'imposer dès le premier tour dans une circonscription parisienne pourtant très à droite, sa victoire ne fait aucun doute. Mais quel score réalisera l'ancien Premier ministre ? A Meaux (Seine-et-Marne), Jean-François Copé a réussi à éviter une triangulaire avec le FN et devrait l'emporter sans problème. Même configuration pour Xavier Bertrand dans sa ville de Saint-Quentin (Aisne), même si le résultat devrait être plus serré. L'issue est en revanche plus incertaine pour Nathalie Kosciusko-Morizet à Longjumeau (Essonne), où le FN soutient le candidat PS pour faire tomber l'ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy.

8. Y aura-t-il des ministres battus et donc contraints de démissionner ?

Jean-Marc Ayrault a prévenu ses ministres dès leur nomination, mi-mai : tout membre du gouvernement qui serait battu aux législatives devrait immédiatement démissionner. Aujourd'hui, seule Marie-Arlette Carlotti semble menacée. La ministre déléguée en charge des Personnes handicapées est arrivée légèrement en tête dans la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône (34,43%), devant le député UMP sortant Renaud Muselier (32,45%). Tout va donc dépendre du report des voix du FN (16,27%).

9. Quelles conséquences sur le premier remaniement gouvernemental ?

A l'issue des législatives, François Hollande et Jean-Marc Ayrault procéderont à leur tout premier remaniement. Il devrait intervenir jeudi 21 juin, au retour du chef de l'Etat du sommet mondial sur l'environnement. Contrairement au premier remaniement du gouvernement Fillon de juin 2007 - lors duquel onze secrétaires d'Etat avaient fait leur entrée -, aucun changement majeur ne devrait intervenir.

Principale préoccupation de François Hollande : l'intégration d'un ou deux communistes. "L'idée est de faire de la place à d'autres formations politiques, et notamment à certains communistes qui souhaiteraient participer au gouvernement", explique l'un de ses proches dans Libération. Officiellement, le PCF s'y oppose toujours. Robert Hue, ancien numéro un du parti et soutien de la première heure de François Hollande, semble le candidat le plus sérieux, d'autant qu'il n'est plus membre du Parti communiste depuis 2008. "Le fait qu'on fasse entrer la sensibilité communiste au gouvernement, ça peut être dans l'air du temps, sans que ce soit forcément le PCF", confie l'intéressé dans les colonnes de Libé.

10. Combien de femmes et de personnes issues de la diversité seront élues ?

A chaque nouvelle législature, la proportion de femmes grandit. De 42 en 1993, le nombre de député-es est passé à 73 en 1997, 77 en 2002 et 116 en 2007. Nul doute que le chiffre de femmes élues dimanche sera regardé de près, même s'il faudra encore attendre pour voir autant de député-s que de député-es dans l'hémicycle. Par ailleurs - c'est une certitude et ce sera une première -, des députés "issus de la diversité" feront leur entrée à l'Assemblée. Selon Libération, ils pourraient être une petite dizaine, tous à gauche. Verdict dimanche soir.