Dans leurs clips officiels, en meeting, en déplacement, sur les plateaux télés, les candidats à la présidentielle cherchent à maîtriser leur image. Mais il reste des petits gestes, un mouvement de mains, une position, des crispations des muscles du visage, et tout parle. Stephen Bunard, spécialiste du langage corporel et coach en communication, le rappelle : il n’est "ni psychologue, ni partisan" mais sur son blog, il analyse le sens caché de la gestuelle des politiques en lice pour l’élection. Et décode pour FTVi les traits les plus fréquents des cinq principaux candidats.

• Jean-Luc Mélenchon a la "lèvre de chien"

Le visage : "Ce qui est intéressant, chez Jean-Luc Mélenchon, c’est sa bouche. Elle est souvent légèrement remontée sur la droite. C’est ce qu’on appelle 'une lèvre de chien'. Elle est synonyme d’agressivité et de mépris par rapport à ce que l’on dit ou par rapport à son interlocuteur. A gauche, sa bouche est descendante, ce qui dénote une certaine amertume."

Les gestes : "Il a des gestes très élevés, qui s’inscrivent souvent au-dessus des épaules, ce qui est caractéristique des autocrates, des gens un peu autoritaires, mais surtout des idéologues. Cela donne un effet un peu excessif. Cela peut inquiéter l’interlocuteur mais ses gestes collent très bien avec son discours, qui est radical, fort."

(FTVi)

• Marine Le Pen use des codes de la séduction

Le visage : "Marine Le Pen use des codes inconscients de séduction. Elle avance le buste par exemple vers l’autre et surtout, elle présente plus souvent son profil gauche à ses interlocuteurs. Quand on veut séduire l’autre, on le regarde avec le cerveau droit, celui du lien à l’autre, donc avec l’œil gauche. Tandis que l'autre côté est plus dans l’analyse. Il s’agit de faire rentrer l’autre dans sa propre bulle. Second détail, c’est que souvent, elle a des petits plissements d’yeux involontaires. Ce sont les muscles des paupières qui remontent et cela se produit quand on est dans l’émotion, l’envie de convaincre."

Les gestes : "Ses gestes sont élevés aussi mais ils restent au niveau du thorax, dépassent rarement les épaules. Ses deux mains participent : la droite qui représente la construction du discours et la gauche qui est celle de la spontanéité. Il y a peu de contacts entre ses deux mains, ce qui trahit un discours assumé ou bien rodé. Toute idéologie mise à part, c'est la meilleure communicante avec son corps."

(FTVi)

• François Bayrou ne cligne jamais des yeux

Le visage : "L'attitude corporelle générale de François Bayrou lui donne un aspect sincère et en accord avec son discours. Mais deux choses très marquantes la brouillent : il cligne très peu des yeux et hausse rarement les sourcils. Or on cligne des yeux en moyenne 12 fois par minute ainsi que quand on enregistre une information. Du coup, cela donne l’impression qu’il n’est pas présent consciemment. De même, on hausse les sourcils quand on veut attirer l’attention sur quelque chose d’important. Le fait qu’il le fasse très peu donne l’impression, à son interlocuteur, que rien ne compte dans son discours. En fait, c’est certainement une conséquence de l’hypercontrôle qu’a dû exercer sur lui cet ancien bègue."  

Les gestes : "Ses mains restent dans les mêmes hauteurs, assez basses, et la main gauche, de la spontanéité, est un peu moins utilisée que la main droite. Il fait souvent un geste où il joint tous ses doigts, un peu comme une bourse, ce qui renforce l’engagement personnel. Et il a les poignets ascendants, au-dessus de ses mains, ce qui est un code des dominants."

(FTVi)

François Hollande et la langue de vipère

Le visage : "François Hollande est peu expressif par nature et par exemple son rythme vocal très haché montre qu’il est très attentif à tout contrôler. On voit parfois sa paupière gauche cligner quand il parle de quelque chose qui le touche, une langue qui sort un peu comme une langue de vipère quand il dit qu’il ne veut pas parler de Nicolas Sarkozy par exemple."

Les gestes : "Comme pour le visage, tout est très contrôlé. On note l’omniprésence de la main droite, celle de l’accompagnement du discours, et la rareté de la main gauche, celle de la spontanéité. Ce qui est aussi intéressant, c’est par exemple cette position des deux mains parallèles, côte à côte, comme s’il tenait un gros paquet. Elle signifie un aspect égalitaire entre la personne qui s’exprime et son interlocuteur ou le sujet qu’il évoque. L’autre point saillant, c’est son travail pour singer François Mitterrand. Mais ça, finalement, maintenant qu'il y a les télés en continu, les archives sur internet, ça se voit et ça marche moins bien."

• Nicolas Sarkozy et les épaules pour être à la hauteur

Le visage : "Toujours sans idéologie, c’est le plus intéressant à regarder car il est très expressif. Il ne refoule rien et n’a pas de complexes face aux messages inconscients de son corps. Et quand on est lisible, on est perçu comme sincère. Cela lui a beaucoup servi en 2007. Sur le visage, il exprime souvent les codes du dominant et notamment le sourcil droit levé quand il n’est pas content ou qu’il veut mettre quelqu’un à distance. Il a aussi parfois la 'bouche en huître', avec les lèvres rentrées à l’intérieur, qui dénote la maîtrise du discours."

Les gestes : "Les mouvements d’épaules soulignent une envie d’être à la hauteur de l’échange, d’être dans le match. L’épaule droite, c’est le désir de 'performer', mais ce geste se retrouve aussi lorsque l’on ment puisque que dans ce cas, on veut 'performer', faire croire quelque chose. Le soulèvement de l’épaule gauche correspond plus à un défi personnel. De plus, il touche beaucoup les gens. Il touche plus qu’il n’est touché. Il s'agit d'un geste de dominant car, quand je touche quelqu’un, je montre que je suis le chef. Enfin, ses conseillers en communication ont dû lui dire de mimer ce qu’il dit. Or ces gestes figuratifs sont contre-performants car ils sont faits pour inciter l’autre à se figurer quelque chose qui n’existe que dans l’esprit de celui qui parle. Selon la durée, l’amplitude et la fréquence, cela donne l’impression de fabriquer du mensonge." 

(FTVi)