La commune où s'installera le premier centre pour jeunes radicalisés souhaitait plutôt accueillir des réfugiés

Contacté par francetv info, le maire de Beaumont-en-Véron explique comment le centre pour mineurs de sa ville, menacé de fermeture, a été amené à se reconvertir.

Le centre de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire), qui accueille des jeunes en difficulté, le 10 mars 2016.
Le centre de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire), qui accueille des jeunes en difficulté, le 10 mars 2016. (PATRICK GOUPIL / MAXPPP)

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Ne l'appelez pas "centre de déradicalisation" : un centre de prévention, destiné à accueillir des jeunes tentés par un départ en Syrie, devrait voir le jour "avant l'été" à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Un projet qui reste "en construction", a précisé le préfet du département, vendredi 11 mars, lors d'une conférence de presse tenue par des élus locaux. En avril 2015, Manuel Valls avait exprimé le souhait de voir apparaître ce type de structures en France et le centre serait donc le premier de son genre. Bernard Chateau, le maire de Beaumont-en-Véron, explique à francetv info pourquoi sa ville a été choisie, et les conditions qu'il pose au projet.

Francetv info : Votre ville a-t-elle été choisie par le ministère de l'Intérieur ou étiez-vous volontaires ?

Bernard Chateau : Aujourd'hui, le centre de Pontourny accueille des mineurs étrangers, et il est géré par la ville de Paris. En avril dernier, elle a décidé que ce centre serait fermé en juin 2016. Passé le choc, nous nous somme mobilisés avec des élus locaux. Nous sommes d'abord allé voir Anne Hidalgo, mais nous n'avons pas réussi à la convaincre de revenir sur sa décision. On se retrouvait donc avec 45 emplois supprimés.

Alors nous sommes allé voir les ministères de l'Intérieur et de la Justice. Avec l'idée que, dans le contexte de la crise des migrants, nous avions un outil qui pouvait accueillir une cinquantaine de personnes, avec un savoir-faire, des éducateurs spécialisés. Nous nous sommes dit qu'il y avait bien des réfugiés que nous pourrions accueillir.

Comment, d'un centre pour réfugiés, le projet est-il devenu un centre pour des jeunes à risque de radicalisation ?

Un jour, en novembre, le préfet Pierre N'Gahane est venu nous rendre visite. A ce moment-là, il nous a plutôt parlé d'un Epide, un établissement de réinsertion de jeunes en difficulté. Et puis nous avons cru comprendre que le centre n'était finalement pas assez grand pour cela. Dans son esprit, l'idée a certainement cheminé, que ce centre était disponible et que Valls avait dit que le gouvernement devait se charger de trouver des établissements pour accueillir des jeunes à risque de radicalisation.

Ils ont vu l'opportunité d'un centre libre au 30 juin, en bon état, dans lequel il n'y a aucun travaux à faire. Il y a aussi un grand parc : comme on ne va pas bourrer le crane de ces jeunes toute la journée, il faut aussi leur faire faire des activités sportives et culturelles.

Pourquoi ne parlez-vous pas d'un centre de déradicalisation ?

Il faut bannir ce terme. Ce dont nous voulons, c'est un centre de prévention et de réinsertion à la citoyenneté. Le public accueilli ne sera pas des gens passés "de l'autre côté", qui seraient partis à l'étranger. Mais plutôt des jeunes dont le seul tort serait de passer leurs journées sur internet et les réseaux sociaux, à regarder des contenus liés au jihadisme, et qui ont perdu leurs repères et pensent que le paradis sur terre est en Syrie. Mais qui n'auraient aucun casier judiciaire.

Ce seraient des volontaires, âgés de 18 à 30 ans. Ils auront été identifiés par leur famille ou leurs proches via le numéro vert, à qui ils auront fait savoir qu'ils seraient prêts à revenir en arrière, à faire cette démarche, mais qu'ils ont besoin d'aide. Ils signeraient un règlement intérieur, puisque le centre serait ouvert sur l'extérieur. Je veux qu'on nous garantisse bien que ce sera ce public-là, et pas un autre, qui sera accueilli.

La deuxième condition que nous posons est la reprise du personnel restant, sur la base du volontariat. Ils ne pourront pas se charger de l'assistance thérapeutique, car il n'y avait qu'un seul psychothérapeute dans le centre. Mais le préfet s'est engagé à ce que les éducateurs puissent suivre des formations pour être prêts à accueillir un nouveau public.