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Qu’est devenu Rob Lawrie ?

Sébastien Baer a retrouvé cet Anglais qui a tenté de faire passer clandestinement une fillette afghane de Calais en Angleterre en octobre dernier.

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Le Britannique Robert Lawrie a tenté de faire passer clandestinement une fillette afghane de Calais en Angleterre en octobre 2016.
Le Britannique Robert Lawrie a tenté de faire passer clandestinement une fillette afghane de Calais en Angleterre en octobre 2016. (DARREN STAPLES / REUTERS)

Le 14 janvier dernier, Rob Lawrie, 49 ans, comparaît devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer. Cet ancien militaire est jugé pour avoir tenté de faire passer une jeune Afghane de quatre ans en Angleterre. Bouleversé par le sort des migrants, le Britannique avait sorti la fillette de la  "Jungle" de Calais et l’avait cachée dans sa camionnette.

Quand il est jugé par le tribunal ce 14 janvier, Rob Lawrie sait qu’il encoure cinq années de prison et 30.000 euros d’amende. "Je vais vous dire, mon geste n’était pas prémédité. Il n’y avait pas d’argent en jeu. C’était juste une erreur stupide. Mais je ne pouvais pas laisser une fillette de quatre ans là-bas", se défend alors l’ancien militaire.

Le tribunal s’est montré finalement clément. Rob Lawrie, qui risquait cinq années d’emprisonnement, a finalement été condamné à une peine légère, 1.000 euros d’amende. Depuis son procès, l’ancien militaire est parti retourner vivre dans sa maison du nord de l’Angleterre. 

Même si cette affaire à profondément bouleversé sa vie, Rob Lawrie conserve des images positives de son aventure. Cela a été "le procès de la compassion", dit-il aujourd'hui.

Avez-vous été étonné par la réaction des juges et celle de l'opinion publique après cette affaire ? 

La France est probablement devenue mon pays préféré dans le monde maintenant. Je ne m’attendais absolument pas à recevoir autant de soutiens de la part des Français. Des soutiens qui viennent de gens anonymes mais aussi de célébrités. C’est tout simplement phénoménal. Et je reçois encore tous les jours des messages de gens qui me demandent comment ils peuvent m’aider ou qui me disent juste : "Merci pour ce que vous avez fait". Ces encouragements m’ont aidé et continuent à m’aider.

Non seulement je ne m’attendais pas à ce soutien mais j’ai aussi été très surpris d’être condamné à une peine légère. Les trois juges ont estimé que ce que j’avais fait été certes stupide, mais ils m’ont jugé avec compassion. Je m’attendais à une peine de deux ans de prison. Ça a été un soulagement immense.

Regrettez-vous d’avoir agi ainsi ou est-ce que vous referiez la même chose si l’histoire se reproduisait ?

Je vais répondre de deux façons. D’abord, cette affaire a permis d’attirer l’attention sur le drame des enfants réfugiés et je me demande s’il y aurait eu la même prise de conscience si je n’avais pas agi comme j’ai agi. Mais ça a été trop de pression à supporter pour ma famille et ma femme est partie. J’ai aussi perdu tout un tas d’amis de longue date qui ont dit que ce que j’avais fait été mal et illégal et que je devais aller en prison.

Financièrement, cela m’a aussi ruiné. En fait, cela a ruiné ma vie à tous les niveaux. En août dernier, j’avais une famille, beaucoup d’amis et de l’argent à la banque. Et en novembre, je n’avais plus de famille, plus d’amis et plus d’argent. Donc il faut que je recommence tout.

Et est-ce que vous êtes parvenu à tout recommencer ?

C’est un processus dans lequel je suis en ce moment mais c’est très lent et c’est aussi très douloureux. Vous savez, je reçois beaucoup de soutiens sur les réseaux sociaux, c’est sûr, c’est bien. Mais à 3h00 du matin vous êtes seul à réfléchir à votre futur. Ça a été quelque chose de fou qui aurait pu me tuer. Mais vous savez, il faut remonter en selle et ma préoccupation maintenant, c’est d’aider les réfugiés de toutes les façons possibles.

Comment leur venez-vous en aide ?

Je donne beaucoup d’argent pour leur nourriture, pour leurs vêtements, pour leur transport. J’ai aussi financé l’achat d’un minibus pour permettre d’emmener les réfugiés malades à l’hôpital de Dunkerque.

Est-ce que vous n’oubliez pas un peu parfois de vous occuper de vous, de votre propre vie ?

Oui, c’est vrai, j’y pense subitement quand je n’ai plus rien à manger dans le frigo et que j’ai envie de manger. Il faut que je travaille, que je gagne de l’argent. Je vais y penser.

Etes-vous un héros en Grande-Bretagne ?

Je suis allé à Londres avec ma fille la semaine dernière et les gens m’ont reconnu plusieurs fois dans le métro. Souvent, ils m’embrassent, ils me font un grand sourire. Mais à mes yeux, je ne suis pas un héros, je suis juste Rob, qui essaie de venir en aide aux gens qui en ont besoin.

Avez-vous revu la petite Afghane depuis cette affaire ?

Oui, beaucoup de fois. Je vais là-bas souvent et je la revois. Elle est toujours dans la "Jungle". C’est un monde de dingues ! Elle est dans la "Jungle" alors qu’elle a de la famille qui pourrait s’occuper d’elle à Leeds (Angleterre).

Bahar, la petite Afghane a fêté ses cinq ans le mois dernier. L’histoire de son sauvetage pourrait être bientôt adaptée au cinéma. Un producteur américain vient de contacter Rob Lawrie pour acheter les droits.

Le Britannique Robert Lawrie a tenté de faire passer clandestinement une fillette afghane de Calais en Angleterre en octobre 2016.
Le Britannique Robert Lawrie a tenté de faire passer clandestinement une fillette afghane de Calais en Angleterre en octobre 2016. (DARREN STAPLES / REUTERS)