A Calais, la police bloque une distribution de repas aux réfugiés par l'Auberge des migrants

L'association estime qu'on lui a interdit toute distribution en dehors d'un créneau horaire, de 18 heures à 20 heures. Mais la préfecture du Pas-de-Calais refuse de parler d'interdiction.

Des bénévoles distribuent des repas à des migrants le 22 mars 2017 à Calais (Pas-de-Calais).
Des bénévoles distribuent des repas à des migrants le 22 mars 2017 à Calais (Pas-de-Calais). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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Violaine JaussentFrance Télévisions

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"On met la pression sur les migrants et sur les bénévoles des associations." François Guennoc, vice-président de L'Auberge des migrants, déplore l'attitude des autorités. Son association d'aide aux réfugiés, basée à Calais (Pas-de-Calais), a l'habitude de distribuer deux fois par jour des repas, 200 à midi et 350 à 18 heures.

Mais mercredi 31 mai, à la mi-journée, il affirme à franceinfo que la police a empêché une équipe de cinq bénévoles de distribuer des repas à une centaine de réfugiés, dans la zone industrielle des Dunes. Contactée par franceinfo, la préfecture du Pas-de-Calais assure pour sa part que la distribution des repas ne fait pas l'objet d'interdiction, mais qu'elle est "encadrée" par la police.

"Nous avons pu distribuer à manger mais pas à boire"

Pourtant, François Guennoc, arrivé sur place à 12h30, explique : "Quand les bénévoles sont arrivés, à midi, la police était sur place et bloquait le point de distribution habituel rue des Verrotières. Ils ont d'abord dit qu'on n'avait pas le droit de distribuer les repas, puis qu'ils voulaient contrôler le poids du véhicule et enfin le chef de la police a déclaré que, sur ordre du préfet, nous n'avions pas le droit de distribuer des repas en dehors du créneau 18 heures-20 heures."

Alexandra Limousin, présente sur les lieux dès midi, relate que la police a fini par peser le camion de L'Auberge des migrants. "Il était un peu trop lourd, car nous avions plus d'eau que d'habitude en raison de la chaleur. Nous avons donc payé une amende de 90 euros et nous avons vidé l'eau des bouteilles", raconte à franceinfo cette femme, bénévole pour cette association depuis un an et demi. Résultat : "Nous avons pu distribuer à manger mais pas à boire. Il a fallu affréter un autre camion." Une situation relayée sur Twitter.

Des distributions "encadrées dans le temps"

Ces contrôles sont fréquents, selon l'association, "toutes les deux ou trois par semaine". "La consigne est de décourager les migrants d'être à Calais. On ne veut pas de point de fixation", estime François Guennoc. "C'est de plus en plus poussé. Tout est fait pour éviter qu'on donne à manger aux migrants. On nous parle systématiquement d'arrêtés, mais on ne les voit jamais", renchérit Alexandra Limousin.

Et pour cause : la préfecture du Pas-de-Calais assure qu'aucune interdiction n'a été prononcée. La mairie de Calais avait pris un arrêté interdisant la distribution des repas à des migrants, mais le tribunal administratif de Lille l'a annulé, le 22 mars. Toutefois, la préfecture reconnaît que "pour assurer le respect de l'ordre public, éviter le renouvellement de points de fixation et éviter tout débordement, [les distributions des repas] sont encadrées dans le temps". Entre 18 heures et 20 heures, comme le disent les associations ? "Tout dépend de l'appréciation de terrain et locale", répond la préfecture sans en dire davantage.

"Où qu'on aille, on aura le même problème"

La situation reste donc floue. La présence de policiers mercredi près de la rue des Verrotières est visiblement liée à une autre opération, "qui consistait à retirer des déchets (tentes, abris) présents dans un bois à proximité de la route de Gravelines". Cette opération, menée mercredi entre 9h30 et 14h15, a abouti à l'interpellation de neuf migrants afghans en raison de leur situation irrégulière, précise la préfecture.

Peu importe pour les bénévoles : ils vont poursuivre leurs distributions de repas de la mi-journée au même endroit, ou ailleurs. "On aura toujours le même problème, où qu'on aille, soupire Alexandra Limousin. Donc on va essayer d'y retourner et on verra ce qu'on nous dit."