Manifestation des VTC : "L'Etat est avec les taxis, mais les clients nous préfèrent"

Mécontents des concessions accordées par le Premier ministre, Manuel Valls, aux taxis, les conducteurs de véhicules de tourisme avec chauffeur sont descendus dans la rue, mercredi, pour faire entendre leur colère. 

Manifestation des VTC, le 3 février dans les rues de Paris. 
Manifestation des VTC, le 3 février dans les rues de Paris.  (MAXPPP)
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Après les taxis, au tour des VTC de faire entendre leurs voix, dans un concert de klaxons organisé dans les rues de Paris, mercredi 3 février. Parmi eux, des chauffeurs spécialisés dans les transports collectifs travaillant avec les plates-formes de réservation de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC).

Ceux que l'on appelle les "Loti", (pour Loi d'orientation des transports intérieurs) estiment notamment avoir fait les frais des concessions du gouvernement faites aux taxis la semaine dernière. Ces chauffeurs, qui ont suivi une formation moins chère et plus courte que les VTC, peuvent transporter des groupes compris entre deux et neuf personnes.

Pour calmer la grogne des taxis, Manuel Valls a annoncé des mesures pour lutter contre l'utilisation détournée des licences de ces Loti par les plates-formes VTC en demandant à ces dernières de ne plus faire appel à ces chauffeurs. 

Francetv info est allé à la rencontre de ces chauffeurs en colère, VTC et Loti, pour comprendre leurs revendications. 

"C'est 20 000 personnes qui vont être renvoyées à Pôle emploi"

Moussa Sacko emploie 20 chauffeurs Loti.
Moussa Sacko emploie 20 chauffeurs Loti. (SIMON GOURMELLET / FRANCETV INFO)

A 33 ans, Moussa Sacko est patron de Sacko driving. Sa petite entreprise de chauffeurs Loti emploie 20 personnes, qui travaillent sur la région parisienne, ainsi qu'en Normandie. Il fustige la méthode du gouvernement, qui a cédé aux taxis, rajoutant des règles sans que sa profession ne soit consultée.

"Si on m'empêche de passer par les plates-formes de réservation en ligne, ce que demande le gouvernement à Uber, je n'ai plus qu'à renvoyer à Pôle emploi des chauffeurs qui ont justement trouvé du travail grâce à ce secteur, se désole-t-il. Chez moi, cela concerne 20 salariés, mais sur toute la France cela représente 20 000 personnes." Il n'arrive pas à comprendre "pourquoi, alors qu'il y a du travail pour tout le monde, on vient nous mettre des bâtons dans les roues ?" 

"Je suis complètement paumé"

Idrissa Wague est chauffeur Loti depuis deux mois. 
Idrissa Wague est chauffeur Loti depuis deux mois.  (SIMON GOURMELLET / FRANCETV INFO)

C'est sans doute le plus jeune chauffeur du cortège. Idrissa Wague a 18 ans et vient tout juste d'obtenir son bac pro poids lourds. Ayant du mal à trouver du travail dans ce secteur, il s'est rabattu sur chauffeur. Cela fait seulement deux mois qu'il conduit pour la société Sako driving, dix heures par jour pour 1 600 euros par mois en moyenne. "Au départ, c'était compliqué, je suis jeune et les clients parisiens sont parfois durs", reconnaît-il. Aujourd'hui, il est "complètement paumé". Si l'entreprise ne peut plus passer par les plates-formes pour recevoir des courses, "on n'a plus de boulot et on n'a plus qu'à rentrer à la maison"

"On est dépassés, moins bien organisés que les taxis"

Evgueni Pepeliaev a peur de devoir licencier ses quatre salariés. 
Evgueni Pepeliaev a peur de devoir licencier ses quatre salariés.  (SIMON GOURMELLET / FRANCETV INFO)

Au volant de son van de luxe, Evgueni Pepeliaev, 40 ans, garde le sourire. Il défile, mais semble résigner. "Nous, les VTC et Loti, on est dépassés. On vient juste de créer nos syndicats, donc on est bien moins organisés que les taxis pour nous faire entendre." Comme en écho à ses propos, le cortège se retrouve bloqué devant le pont Alexandre III, et les manifestants sont incapables de se mettre d'accord sur le lieu où poursuivre le défilé.

Pour ce patron de quatre salariés, cette crise aurait pu facilement être évitée. "Je comprends le problème des taxis et de leurs licences. Ils ont investi pour leur retraite et désormais, tout s'effondre pour eux, reconnaît-il. Mais les pouvoirs publics auraient dû intervenir beaucoup plus tôt pour tenter de trouver un terrain d'entente." La nomination d'un médiateur par Manuel Valls le rassure-t-il ? Pas vraiment. "Il faut un spécialiste, quelqu'un qui comprend parfaitement le secteur et ses spécificités. Il n'y a jamais eu, pour le moment, de personne qualifiée pour parler avec nous", assure-t-il. 

"L'avenir est pour nous"

Sentant le vent tourner, Ferjani Redouan a déjà fait une demande de licence VTC.
Sentant le vent tourner, Ferjani Redouan a déjà fait une demande de licence VTC. (SIMON GOURMELLET / FRANCETV INFO)

Ferjani Redouan est chauffeur Loti et salarié depuis un an sur Paris. Concrètement, il ne touche pas de salaire fixe, mais 33% d'une course. Le reste va à Uber (20%), paye les charges comme la TVA (10%) et est encaissé par son patron, qui lui met à disposition une voiture. Mais le chauffeur de 34 ans a senti le vent tourner. Si on l'empêche de passer par Uber ou une autre plate-forme de réservation, il en est certain, son patron mettra la clé sous la porte. Il a donc déjà fait la demande auprès de la préfecture pour obtenir une licence VTC. "Je ne vais pas acheter ma voiture tout de suite, je préfère attendre que tout cela se décante et que l'on y voit plus clair, tempère-t-il tout en restant confiant. L'avenir est pour nous. L'Etat est avec les taxis, mais les clients nous préfèrent."

"C'est la loi du marché"

Younes Ben est chauffeur VTC depuis six mois seulement, et comme ses collègues, il est inquiet pour son avenir.
Younes Ben est chauffeur VTC depuis six mois seulement, et comme ses collègues, il est inquiet pour son avenir. (SIMON GOURMELLET / FRANCETV INFO)

Younes Ben détonne par son calme. Agé de 53 ans, cela fait seulement six mois qu'il est chauffeur VTC à son compte, "un métier que j'aime", explique-t-il. Avant ? Il a enchaîné les "boulots dans le commerce" et les périodes de chômage. Ce qu'il ne comprend pas, et qui le pousse à manifester, c'est qu'on ne lui a pas demandé son avis. "Après les manifestations des taxis, le gouvernement a pris des décisions qui nous concernent, mais sans nous consulter ? Ce n'est pas normal", souffle-t-il au volant de sa belle berline noire.

Sans s'énerver, à la différence de beaucoup de ses collègues qui battent le pavé, il avoue ne pas accepter l'idée que l'Etat pourrait également aider les chauffeurs de taxi à rembourser leurs licences, dont la valeur a considérablement chuté avec l'arrivée des VTC. "Quand un petit commerçant voit arriver un Auchan près de chez lui, quelqu'un lui rembourse son fond de commerce ? Non. C'est la loi du marché."