Grève des taxis : sept choses vues ou entendues au rassemblement de la porte Maillot à Paris

La porte Maillot s'est transformée, mardi, en camp retranché pour les taxis qui protestent contre la concurrence jugée déloyale des VTC.

Une pancarte hostile à Uber sur la vitre arrière d'un taxi, à Paris, le 26 janvier 2016. 
Une pancarte hostile à Uber sur la vitre arrière d'un taxi, à Paris, le 26 janvier 2016.  (CITIZENSIDE / AFP)
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Les taxis ont manifesté une nouvelle fois, mardi 26 janvier, leur mécontentement face à la concurrence des VTC, les véhicules de tourisme avec chauffeurs, qu'ils jugent déloyale. Des cortèges partis des aéroports d'Orly et Roissy avaient rendez-vous pour un grand rassemblement porte Maillot, à la limite des 16e et 17e arrondissements de Paris. Francetv info s'est rendu sur place.

1Le périphérique parisien pris d'assaut dès l'aube

Certains sont arrivés dès 4h30 du matin à la porte Maillot pour prendre possession des lieux. A 8 heures, ils sont déjà nombreux à exprimer leur colère devant le palais des Congrès. Progressivement, les manifestants se massent sur la barrière qui domine le périphérique parisien afin d'encourager la dizaine de taxis qui organise un début de blocage. "Et ramenez de la caillasse", hurle un jeune taxi à l'adresse de ses collègues.

Des pneus sont alors envoyés par-dessus la barrière. Sur le périphérique, un petit groupe de personnes installe des barrières de métal et met le feu aux pneumatiques. Une initiative qui va entraîner une réaction des forces de l'ordre. Les CRS lancent la charge pour déloger les manifestants. Ils procèdent à plusieurs interpellations. Puis avec l'aide des pompiers, ils éteignent le feu et libèrent la chaussée.

2Des Espagnols qui vendent des casquettes

Une délégation espagnole a fait le déplacement et tient à la faire savoir. Chants, cris, drapeaux levés bien haut... Les taxis de Madrid, Barcelone, Valence, Séville ou encore Majorque ont emporté le prix de l'ambiance. Pour financer leur long voyage jusqu'à Paris, ils proposent à la vente pulls, polos, tee-shirts et casquettes.

Ils sont venus soutenir leurs collègues français, en se disant qu'ils pourraient subir le même sort. Ismaël, un chauffeur barcelonais, explique que manifester à Paris, c'est une manière pour lui de défendre l'Europe contre les multinationales (comme Uber) qui tentent d'investir l'Union européenne. Il est parti en voiture de la capitale catalane lundi à 7 heures du matin et se dit prêt à rester à Paris le temps qu'il faudra.

3Des merguez et une ambiance de camping sauvage

Plus la journée avance et plus la porte Maillot se transforme en camp de fortune. Certains taxis prévoient de rester un moment sur place et gardent des forces en se reposant régulièrement au chaud, dans leur voiture. D'autres, plus aventureux, s'installent carrément sur un matelas par terre.

Dès 11 heures, des stands proposent des brochettes, des saucisses, des merguez. L'odeur se répand sur la place. L'ambiance est alors détendue. On rigole, on papote, on commente l'annonce de Manuel Valls qui accepte de recevoir une délégation de taxis peu après midi.

4Un ras-le-bol général contre les politiques

Le geste de Manuel Valls, qui était réclamé par de nombreux manifestants, n'efface pas la rancœur affichée contre la classe politique. La cible privilégiée des taxis reste Emmanuel Macron. Insultes, appels à sa démission... Le ministre de l'Economie est accusé d'avoir laissé la profession se débrouiller avec la concurrence sauvage et déloyale des VTC. "Macronisation + Uberisation = Précarisation", calcule une banderole. "Monsieur Macron, vous assistez passivement au génocide des taxis", ose un autre écriteau.

"C'est un millionnaire Macron, il ne connaît rien à la France d'en bas", lâche avec amertume un chauffeur de taxi. Ce dernier, entouré de quatre ou cinq collègues, avance alors sa solution politique : "Marine Le Pen, elle défend les artisans, les indépendants. Même si son programme économique est un peu faible, elle nous prend en compte." L'approbation est générale dans le groupe. Dans ce contexte, pas sûr que la visite de Bertrand Pancher, député UDI de la Meuse, suffise à réconcilier les taxis avec les partis politiques traditionnels. "Il est de droite ? C'est à cause d'eux qu'on est dans la merde", s'énerve un chauffeur. 

5Des médias pointés du doigt

Outre les politiques, les médias se trouvent aussi dans le viseur des manifestants. Ceux-ci accusent les journalistes de donner systématiquement une mauvaise image de leur profession, en ne parlant que des faits de violence. Les journalistes de BFMTV sont ainsi régulièrement pris à partie. "BFM menteur, on ne veut pas de vous aussi", crient plusieurs manifestants lors de l'intervention du député Bertrand Pancher.

6Une volonté d'en découdre avec les forces de l'ordre

Au fil de la journée, nombre de manifestants ne cachent plus leur volonté d'en découdre avec les forces de l'ordre comme avec le pouvoir politique. Pour beaucoup, il s'agit de la grève de la dernière chance. Une nervosité qui se ressent au rythme des pétards, des jets de fumigène, des insultes proférées et des heurts avec les forces de l'ordre.

Peu avant midi, des petits groupes de manifestants se décident à prendre la route de Matignon pour accentuer la pression au moment où le Premier ministre doit rencontrer une délégation de taxis. Mais les CRS réagissent vite en bloquant les accès au métro et aux principales rues menant à l'Hôtel Matignon. S'en suit une altercation de quelques minutes où des manifestants tentent de forcer le barrage, parfois avec violence. Les CRS vont les faire reculer en usant notamment de bombes au poivre.

7Des manifestants prêts à poursuivre la grève

Vers 15 heures, le résutat de la discussion avec Manuel Valls arrive aux oreilles des manifestants. Le Premier ministre propose une concertation et la nomination d'un médiateur. Des annonces qui ne satisfont nullement les grévistes présents porte Maillot, qui ne s'estiment par ailleurs pas représentés par les syndicats présents à Matignon. "On ne veut pas d'un nouveau Thévenoud", lance un manifestant. "La médiation, c'est juste nous faire tourner en rond", ajoute un autre.

Les taxis annoncent donc qu'ils continuent la grève et l'occupation de la porte Maillot. "On va rester là, on est déterminés", hurle au mégaphone un porte-parole sous les applaudissements de ses confrères. "On a plus rien à perdre, on va aller jusqu'au bout", glisse un autre taxi. Cette détermination n'est pas du goût du préfet de police, qui a appelé en début de soirée à la dispersion des manifestants.