Où l'ancien chef de file du Parti socialiste revient par le petite porte. François Hollande a annoncé samedi 14 juillet que la commission sur la moralisation et la rénovation de la vie politique serait présidée par l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin. Ce choix est dénoncé par l'opposition. 

• Quel rôle pour cette commission ? 

Il s'agit d'une commission qui sera chargée faire des propositions pour mettre en œuvre différentes promesses prises par François Hollande durant sa campagne présidentielle. Le président de la République a indiqué que cette commission serait chargée de faire "des propositions pour le non-cumul des mandats -pour que les parlementaires soient pleinement impliqués dans la vie législative-, le financement des campagnes, les modes de scrutin (...) et enfin tout ce qui est charte éthique", conformément aux engagements pris durant sa campagne présidentielle.

Le chef de l'Etat a encore signalé que, s'agissant des modes de scrutin, la commission devrait notamment se pencher sur l'introduction d'une part de proportionnelle aux législatives ou encore sur celui des sénatoriales. Cette commission sera mise en place "dans un délai très court". Elle sera composée de "personnes de toutes sensibilités" et qu'il consulterait "tous les partis politiques" après la remise de ces travaux.

• Le choix de Jospin en question 

Cette commission sera présidée par Lionel Jospin "un homme incontestable pour son intégrité", a précisé le président. François Hollande et Lionel Jospin ont toujours affiché une certaine proximité, quand l'un était à Matignon, l'autre dirigé le PS au service du premier. Et c'est Lionel Jospin qui avait confié les rênes du PS à François Hollande en 1997, après la victoire des socialistes aux législatives anticipées de cette année-là. Retiré de la vie politique depuis son échec au premier tour de l'élection présidentielle 2002, l'ancien Premier ministre a multiplié les déplacements pour afficher son soutien au candidat socialiste pendant la campagne de 2012. Lionel Jospin a participé au dernier meeting du candidat Hollande à Toulouse, il a fêté la victoire du candidat PS le 6 mai place de la Bastille, et deux jours après l'élection de François Hollande, Lionel Jospin s'est affiché au côté du nouveau président à l'occasion des cérémonies du 8-Mai. 

"Moi qui ne vais jamais dans les cérémonies officielles, en tout cas depuis 2002, tout à l'heure j'y serai", expliquait l'ex-Premier ministre, juste avant de participer à la commémoration. Une façon d'"appuyer celui dont il fut l'un des mentors", expliquait alors Le Figaro. Et le quotidien notait qu'à 74 ans, Lionel Jospin représente certes une autorité morale pour le Parti socialiste mais il peine à trouver sa place depuis sa défaite du 21 avril 2002. 

Après l'annonce de sa nomination à la tête de la commission sur la moralisation de la vie politique, le patron des députés UMP, Christian Jacob a ironisé :  "Sortir Jospin du placard pour moderniser la vie politique, on croit rêver !" Toutefois, il a précisé : "Si le président de la République nous invite, bien évidemment nous répondrons favorablement. Quant à participer à une telle commission, il faut voir dans quel cadre ce sera."

• Le précédent Jouyet

Lors de son interview du 14-Juillet, François Hollande a également dû se justifier sur la nomination de Jean-Pierre Jouyet à la tête de la Caisse des dépôts (CDC) en affirmant que c'était "le meilleur à cet endroit-là". Cette nomination a été approuvée mardi par le Parlement, malgré des réserves à gauche comme à droite.

Des élus de gauche lui reprochaient sa présence dans un gouvernement de Nicolas Sarkozy, tandis que des parlementaires de droite se sont publiquement inquiétés d'un problème de déontologie, Jean-Pierre Jouyet ayant supervisé, à la tête de l'AMF, des sociétés cotées filiales de la Caisse des dépôts. Ami de François Hollande depuis l'ENA (1977-80), Jean-Pierre Jouyet a été l'un des ministres d'ouverture de Nicolas Sarkozy, qui l'avait nommé aux Affaires européennes (2007-2008) avant de le placer à la tête de l'AMF, le gendarme français de la Bourse.

La nomination de Jean-Pierre Jouyet a été "très largement approuvée" au Parlement, a rappelé samedi le président, tout en reconnaissant que c'était "un ami". "Je me suis éloigné de lui quand il est devenu ministre" de Nicolas Sarkozy, mais "c'est un citoyen, il a le droit de faire les choix qu'il veut", a-t-il dit.