EN IMAGES. Les claviers étrangers valent-ils mieux que notre bon vieil Azerty ?

Le ministère de la Culture veut établir une nouvelle norme de claviers. Car il juge qu'il est impossible "d’écrire en français correctement avec un clavier commercialisé en France".

Le ministère de la Culture reproche notamment au clavier Azerty de ne pas faciliter l'utilisation de voyelles accentuées.
Le ministère de la Culture reproche notamment au clavier Azerty de ne pas faciliter l'utilisation de voyelles accentuées. (LOIC VENANCE / AFP)
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Le clavier Azerty vit-il ses dernières heures ? Possible. Dans un communiqué publié vendredi 15 janvier, la délégation générale à la langue française et aux langues de France, qui dépend du ministère de la Culture, étrille l'ergonomie des claviers vendus dans tous les commerces de France.

Dans le viseur de la délégation : la grande difficulté à taper un caractère accentué ou un "Ç", l'inaccessibilité des guillemets français (« ») systématiquement remplacés par des "doubles virgules hautes", ou encore le parcours du combattant nécessaire pour inscrire des ligatures, comme le "œ". "Il est presque impossible d’écrire en français correctement avec un clavier commercialisé en France", s'agace le ministère, qui a décidé d'enclencher une mission destinée à établir une nouvelle norme de claviers.

Pour savoir si notre vieil Azerty mérite la pluie de critiques des pouvoirs publics, francetv info a demandé, images à l'appui, à des Français expatriés et à des étrangers vivant en France de nous parler de leur clavier.

Au Québec, c'est le "meilleur des deux mondes"

Les Québécois francophones utilisent un clavier qui plairait sans doute au ministère de la Culture français. L'emplacement des lettres, en Qwerty, est le même que celui des claviers américains. Mais certains caractères quasiment introuvables en France, comme les fameux "doubles chevrons", sont accessibles d'une simple pression de doigt – on les trouve dans la quatrième rangée, à gauche.

"Franchement, c'est le meilleur des deux mondes", explique Julien, qui vit à Montréal depuis trois ans, à francetv info. "Avec la disposition à l'américaine, les chiffres sont accessibles directement sur le haut du clavier, sans devoir appuyer sur la touche 'Maj'. C'est plus pratique quand on travaille sur un ordinateur portable. Et le placement des signes me paraît plus logique : par exemple, pour inscrire une apostrophe, il suffit d'appuyer sur 'Maj' et sur 'virgule'."

Le signe "é" dispose également d'une touche dédiée, qui se transforme en "É" grâce à une pression sur le bouton majuscule. Mais bizarrement, le "è" n'a pas droit à cette faveur, puisqu'il bénéficie du même traitement que l'accent circonflexe : il faut d'abord appuyer sur la touche "accent grave" (sur la troisième rangée, à droite) avant de taper sur le "e". Idem pour la cédille, indépendante du "c" (deuxième rangée, à droite).

En Suisse, un clavier "au carrefour des langues"

Chez nos voisins suisses, la situation est encore différente. Pas d'Azerty ou de Qwerty, mais un emplacement des lettres en Qwertz, comme en Allemagne ou en Autriche. Dans ce pays où les trois langues officielles sont l'allemand, le français et l'italien, le clavier s'adapte pour proposer des caractères utiles à tous. Ainsi, les voyelles accentuées comme le "à", le "é" et le "è" sont situées sur les mêmes touches que l'"umlaut" allemand ("ä", "ö", "ü").

"C'est une bonne norme, qui est au carrefour des langues", s'enthousiasme Agnès, une Française installée en Suisse depuis 2002. "Dans un monde où on utilise de plus en plus l'anglais, j'ai l'impression de garder mon identité française tout en pouvant communiquer très facilement avec tout le monde. J'ai d'ailleurs récemment eu la possibilité d'obtenir un clavier Azerty pour le travail, et j'ai choisi de continuer à utiliser le clavier suisse."

En Israël, jongler entre les alphabets est "un sacré bordel"

Le clavier israélien comporte une difficulté supplémentaire : faire cohabiter l'alphabet hébreu avec les lettres latines, disposées en Qwerty et utilisées quotidiennement sur internet. "Et encore, les binationaux comme moi installent souvent un clavier virtuel en Azerty en plus, c'est un sacré bordel", s'amuse Julien, Franco-Israélien installé à Tel-Aviv.

Pour basculer d'un alphabet à l'autre, il faut appuyer sur une combinaison de touches, généralement "Alt" et "Maj". "Ce n'est pas hyper pratique quand tu passes de l'anglais à l'hébreu, qui s'écrit de droite à gauche, dans un commentaire sur Facebook. Parfois, Windows est un peu perdu et place un point d'exclamation au début de la phrase plutôt qu'à la fin", continue Julien.

En Chine, le clavier "fait perdre l'habitude d'écrire" les sinogrammes

Tristesse : le clavier chinois n'a rien de franchement dépaysant. "Nous utilisons un clavier américain tout à fait classique", sourit Cici Zhang, chargée de communication au centre culturel de Chine à Paris. En fait, les caractères chinois apparaissent une fois que les premières syllabes du mot transposé en phonétique sont tapées à l'aide du clavier à l'alphabet latin. Il suffit ensuite de choisir le mot désiré parmi une liste de propositions.

"C'est très naturel", explique Cici Zhang. "Et c'est d'autant plus pratique que le logiciel de transcription est mis à jour régulièrement pour inclure les néologismes. Le seul inconvénient, c'est que cela fait perdre l'habitude d'écrire" les sinogrammes.

Dans les pays arabes, l'alphabet latin varie selon les pays

Cela ne se voit pas sur l'image ci-dessus, mais comme en Israël, les claviers utilisés dans le monde arabe font cohabiter deux alphabets. "Dans le Maghreb, où le français est utilisé, on trouve souvent des claviers Azerty. Dans le Moyen-Orient, en revanche, les claviers sont en Qwerty", explique Sonia, qui enseigne l'arabe à Paris, à francetv info. On aperçoit ainsi dans le clavier algérien présenté ci-dessus la présence du "e" accentué, du "à" ou du "ç", qui disparaissent au Liban, par exemple.

Pour les francophones qui désirent apprendre la langue, mieux vaut oublier toutes ses habitudes au moment de taper du texte en arabe. L'emplacement des caractères n'a en effet rien de commun avec l'alphabet latin : le "alif", dont le son correspond au "a" français, est situé en plein milieu du clavier, où se trouve la lettre H. Autre particularité : l'utilisation de la touche "Maj". "L'arabe ne comporte pas de majuscule, cette touche permet d'utiliser des voyelles brèves, qui sont placées au-dessus ou au-dessous de certains caractères", détaille Sonia.