Travailler plus pour gagner plus ? Le retour de la rengaine du président adressée aux professeurs mardi à Montpellier (Hérault) réveille mercredi 29 février les affrontements autour du "mammouth", surnom donné par Claude Allègre à l'Education nationale.

• Sarkozy propose l'appât du gain

Nicolas Sarkozy ne porte pas les enseignants dans son cœur. Ses sorties sur La Princesse de Clèves ou le discours du Latran sont là pour le rappeler. D'ailleurs, ils le lui rendent bien. En 2007, 18% d'entre eux avaient voté pour lui au premier tour. A l'époque, c'était considéré comme un bon score pour le candidat de droite. Selon une enquête publiée par Le Monde, ils ne seraient plus que 12,5% à avoir l'intention de lui donner leur suffrage en mai.

Pour appâter l'électorat, le président propose donc principalement son "travailler plus pour gagner plus" : 500 euros net par mois pour les volontaires qui veulent passer huit heures de plus par semaine au collège ou au lycée. Soit passer de 18 à 26 heures en contrepartie de 25% de salaire supplémentaire. "Comment faire quand il n'y a pas d'argent pour embaucher ? Comment faire quand, pour réduire nos déficits, il faut diminuer les effectifs en continuant d'appliquer la règle du un [fonctionnaire non remplacé] sur deux aux collèges et aux lycées ? Il n'y a qu'une seule solution, faire travailler les enseignants plus longtemps en les payant davantage", a-t-il dit.

• Les syndicats répliquent

Ni une ni deux, les syndicats répliquent dans la foulée du discours. "Il y a une duperie et une forme de chantage assez injuste", s'insurge Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, principale fédération de l'éducation. Nicolas Sarkozy "veut faire croire qu'il va donner un coup de pouce aux salaires des enseignants, mais ce n'est pas ce qu'il va faire une fois encore", juge-t-elle, soulignant que "le président de la République avait promis en 2007 une revalorisation du salaire qui n'est pas venue".

Patrick Gonthier, secrétaire général de l'Unsa-Education, pointe que le président est "en décalage avec la réalité parce qu'il y a beaucoup de professeurs qui font 21 ou 22 heures, contraints de faire des heures supplémentaires à cause des suppressions de postes et ils sont au-delà des 25%" de hausse salariale proposée. "La dégradation que les enseignants ont subie ne peut pas être compensée par cette mesure de dernière minute, très improvisée", ajoute-t-il.

Pour Roland Hubert, secrétaire général de Syndicat national de l'enseignement secondaire, il ne s'agit pas d'une revalorisation car la contrepartie proposée par Nicolas Sarkozy n'est pas suffisante. Les professeurs, eux, sont également sceptiques.

( J. Benzina - F. Faure - France 2)

"C'est un marché de dupes qu'on donne aux collègues : 'On va vous payer plus, mais vous allez être dans une spirale d'épuisement professionnel'", renchérit Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-CFDT.

• François Hollande embraye

"Près de 50% de présence supplémentaire payée 25% [de plus], vous en connaissez beaucoup qui vont accepter ce marché de dupes ?", s'est interrogé le candidat socialiste au micro de RTL. C'est "un élément d'équivalence un peu déséquilibré", a-t-il dit par euphémisme, "ce n'est ni raisonnable ni acceptable, ni financièrement supportable".

Il faut dire que François Hollande chouchoute ceux qui devraient voter majoritairement pour lui. Alors que 14 000 postes doivent être supprimés cette année, lui a proposé d'en créer 60 000. Il a d'ailleurs reçu récemment l'étonnant soutien de Luc Ferry, ancien ministre du gouvernement Raffarin.

(Francetv info)

Ce que Nicolas Sarkozy "dit existe déjà", a déclaré l'ex-candidate socialiste Ségolène Royal, "parce qu'il a déjà supprimé 100 000 emplois d'enseignants et de personnel non-enseignant dans l'Education nationale. Donc que se passe-t-il concrètement dans les établissements scolaires ? Les enseignants font des heures supplémentaires déjà pour remplacer leurs collègues qui sont insuffisants puisqu'ils ont disparu avec le non-remplacement d'un enseignant sur deux."

De son côté, sur France Info, Vincent Peillon, responsable éducation dans l'équipe Hollande, est revenu à la charge contre un discours "hors sujet""Toutes les études montrent que les professeurs sont déjà 26 heures dans les établissements et qu'en réalité ils font plus de 39 heures par semaine", a-t-il affirmé.