Au cours du grand duel qui les opposait, mercredi 2 mai, François Hollande comme Nicolas Sarkozy se sont régulièrement arrangés avec la vérité. Le président candidat a cité de nombreux chiffres, pas toujours conformes à la réalité. Le socialiste a beaucoup critiqué son bilan et a évoqué son projet dans les grandes lignes, prêtant moins le flan à un examen chiffré de ses déclarations. FTVi revient sur quelques exemples marquants de ces petits mensonges passés inaperçus... ou pas. 

•  Sarkozy au dîner des donateurs de l'UMP au Bristol

Alors que François Hollande accuse Nicolas Sarkozy d'avoir participé à des collectes de fonds pour l'UMP au Bristol au cours de son quinquennat, le président candidat réfute. "Non, non ! Jamais je ne me suis prêté à cela." Une photo prise à la sortie d'une réunion des donateurs du parti majoritaire dans le luxueux hôtel parisien le 7 décembre 2009 prouve pourtant le contraire. Le site du journal 20 Minutes s'en était également fait l'écho, deux jours plus tard. 

Verdict : Hollande dit vrai

• Hollande accusé d'"une erreur de 100 milliards"

Alors que François Hollande reproche à son adversaire une augmentation de la dette de 600 milliards d'euros depuis le début du quinquennat, Nicolas Sarkozy nie l'accusation en évoquant une augmentation de 500 milliards, rapport de la Cour des comptes à l'appui. "Une erreur de 100 milliards, ça pose question."

Selon l'Insee, la dette française était de 1 223,3 milliards d'euros à la mi-2007 lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, et s'établissait à 1 717,3 milliards à la fin 2011. Soit une augmentation de 494 milliards. 

Verdict :  : Sarkozy dit vrai

• Hollande accusé d'avoir dit : "Une personne riche" gagne "4 000 euros"

Les deux candidats se sont écharpés autour de cette présumée déclaration de François Hollande. "Vous avez défini une personne riche comme gagnant 4 000 euros", lui lance Nicolas Sarkozy, selon le compte-rendu intégral du débat publié par Le Monde.fr"Non, vous savez très bien que ce n'était pas mon expression...", répond le candidat socialiste. Le président candidat insiste :  "Monsieur Hollande, vous qui aimez rassembler et qui avez dit que vous n'aimiez pas les riches alors que le journaliste vous interrogeait en vous disant 'mais qu'est-ce qu'un riche ?'", vous avez répondu que c'était à partir de 4 000 euros." Et François Hollande de marteler : "Non, si vous voulez, la coupure de presse, je l'ai là. Ce n'est pas ce que j'avais dit."

En réalité, le député de Corrèze a bien évoqué ce seuil des 4 000 euros. C'était dans Le Parisien, en janvier 2007, alors qu'il était encore premier secrétaire du PS. Mais à aucun moment il ne l'associe au mot "riche". Voici sa déclaration exacte : "Les impôts augmenteront pour les contribuables qui sont dans les deux plus hautes tranches de l’impôt sur le revenu. (...) Cela ne concerne que les contribuables qui ont un salaire de plus de 4 000 euros net, soit 5 000 euros brut." Nicolas Sarkozy a associé cette phrase avec une autre déclaration de François Hollande en juin 2006 dans "A vous de juger", sur France 2 : "Je n'aime pas les riches."

Verdict : Hollande dit vrai

• L'évolution du chômage depuis 2007 : + 422 000 ou + 1 000 000 ?

Sur les chiffres du chômage, François Hollande affirme que le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté d'un million depuis l'arrivée à l'Elysée de Nicolas Sarkozy. "Les chiffres que vous avez donnés M. Hollande, ils sont faux", lui répond du tac au tac le président sortant. Lui affirme que, selon le Bureau international du travail (BIT), l'augmentation du nombre de chômeurs est de 422 000, "c'est-à-dire une augmentation de 18,7%". 

Qui dit vrai, qui dit faux ? Le site de l'Insee, lorsqu'il s'appuie sur les chiffres du BIT, indique qu'à la fin 2011, il y avait 2 678 000 chômeurs, contre 2 214 000 à la mi-2007, soit 464 000 chômeurs de plus (+22%). Mais François Hollande prend en compte un autre chiffre : le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues. Là, il est passé de 3 632 400 en mai 2007 à 4 920 400 en mars 2012, soit une augmentation de près de 1 300 000.

Verdict : les deux disent vrai

• La France, seul pays épargné par la récession depuis 2009 ?

"Quel est le seul pays qui n'a pas connu un trimestre de récession depuis 2009 ? C'est la France !" se félicite Nicolas Sarkozy. Première observation : en termes économiques, la récession définit en fait deux trimestres consécutifs de croissance négative du produit intérieur brut (PIB). "Un trimestre de récession" ne veut donc, stricto sensu, rien dire.

Par ailleurs, la France n'est pas le seul pays à ne pas avoir connu de récession depuis 2009. Comme le montrent les chiffres de l'OCDE, c'est aussi le cas d'une dizaine d'autres pays de l'OCDE, parmi lesquels l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada ou le Danemark...

Verdict : Sarkozy se trompe

• La France, championne européenne des impôts ?

Nicolas Sarkozy est catégorique : "La France est, avec la Suède, le pays d'Europe qui a les impôts les plus lourds." Les chiffres de l'Union européenne montrent que c'est loin d'être vrai. Si la Suède (avec un taux de prélèvements obligatoires à 46,9%) est deuxième du classement derrière le Danemark (48,1%), la France (41,6%) n'apparaît qu'au septième rang, derrière la Belgique (43,5%),  l'Italie (43,1%), la Finlande (43,1%) et l'Autriche (42,7%). 

Verdict : Sarkozy se trompe

• Le coût des 60 000 postes dans l'éducation = celui de la réforme de l'ISF ?

Détaillant sa proposition de recréer 60 000 postes dans l'Education nationale, François Hollande a assuré que cette mesure coûterait "un peu moins de deux milliards d'euros" à la fin du quinquennat. Un coût qu'il a tenu à comparer avec celui de la réforme de l'ISF adoptée durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui a selon lui coûté deux milliards, concluant : "Moi je défends les enfants de la République, vous vous défendez les plus privilégiés !"

En réalité, selon différents chiffrages avancés ici et là, les 60 000 postes devraient coûter un peu plus de 2,5 milliards d'euros par an, tandis que le manque à gagner de 1,8 milliard d'euros pour l'Etat causé par l'allègement de l'impôt sur la fortune a été intégralement compensé par des recettes nouvelles (suppression du bouclier fiscal, relèvement des droits sur les plus grosses successions...), selon le gouvernement cité sur ce blog du Monde

Verdict : Hollande se trompe

• La France, bonnet d'âne en matière de taux d'encadrement scolaire ? 

Pour Nicolas Sarkozy, "nous avons le taux d'encadrement le plus élevé de l'OCDE". Pour François Hollande, "le taux d'encadrement dans le primaire est le plus bas dans l'OCDE". 

La dernière étude de l'OCDE à ce sujet, publiée en février 2012, donne manifestement raison au candidat socialiste : la France se trouve bel et bien en bas du classement. Dans une note du Conseil d'analyse stratégique, une institution placée auprès des services du Premier ministre, il est d'ailleurs reconnu que "la France présente l'un des taux d'encadrement les plus faibles, tous niveaux et tous établissements confondus (publics et privés) avec seulement 6,1 enseignants pour 100 élèves/étudiants".

Verdict : Hollande dit vrai

• 8 000 éoliennes pour remplacer la centrale de Fessenheim ?

Critiquant la volonté de François Hollande de réduire la part du nucléaire dans l'énergie produite en France de 75 à 50%, et de fermer en 2017 la centrale de Fessenheim, Nicolas Sarkozy assure que fermer Fessenheim reviendrait à installer, en contrepartie, 8 000 éoliennes en Alsace.

Sachant qu'une éolienne produit en moyenne 4,4 millions de kWh par an, et que la centrale de Fessenheim produit dans le même temps, selon EDF, 10 milliards de kWh, il faudrait - si l'on applique le calcul simplifié de Nicolas Sarkozy - environ 2 273 éoliennes, et non 8 000, pour combler la fermeture de la centrale. A noter qu'en moyenne, 500 éoliennes sont mises en service en France chaque année.

Verdict : Sarkozy se trompe 

• Hollande veut-il la fermeture des centre de rétention ?

"Les centres de rétention, est-ce qu'on les garde ?", demande Nicolas Sarkozy. "Les centres de rétention sont nécessaires, ils existent partout", répond François Hollande. "Pourtant vous écrivez qu'ils doivent 'devenir l’exception' et vous venez de dire qu’on les garde. Vous venez de vous contredire", réplique le président candidat.  

(Francetv info)

Le 25 avril, le candidat socialiste a en effet répondu à l’interpellation de France terre d’asile dans une lettre publiée sur le site de l'association. Il écrit exactement : "Je souhaite plus globalement que la rétention redevienne l'exception et non un instrument banal de procédure. Je souhaite que soient privilégiées les alternatives à I'enfermement."

Hollande ne dit pas autre chose dans la suite du débat, puisqu’il revient sur la nécessité de privilégier l’assignation à résidence. Il "n'a jamais proposé la disparition des centres de rétention", a réagi jeudi France terre d'asile.

Verdict : Hollande dit vrai